
D’entrée, le ministre a rappelé que la Tabaski dépasse le cadre religieux. Elle incarne, selon lui, "le sacrifice, la solidarité, le partage, la responsabilité et l’engagement au service du bien commun". Autant de valeurs qui, aujourd’hui plus que jamais, doivent inspirer l’action collective.
Cependant, derrière la ferveur spirituelle se cache un défi bien concret : l’approvisionnement en bétail. Chaque année, la demande explose, atteignant près de 350 000 têtes, dont 120 000 rien qu’à Abidjan. Or, la quasi-totalité des moutons provient des pays sahéliens, eux-mêmes fragilisés par l’insécurité et les perturbations logistiques. Résultat : une tension sur les prix et une difficulté croissante pour les familles.
Face à cette situation, le gouvernement a mis en place le TESAM, un cadre de concertation multisectoriel. Grâce à ce mécanisme, de nouveaux corridors d’importation ont été ouverts, notamment en Mauritanie. Mais au-delà des importations, le ministre insiste : "Notre véritable réponse durable se trouve chez nous, dans le mouton local."
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le cheptel national est passé de 2,26 millions de têtes en 2020 à 2,73 millions en 2025, soit une progression de 20 %. Pourtant, le mouton ivoirien reste sous-valorisé, souvent jugé trop petit. Une perception que le ministre souhaite voir évoluer, en soulignant que "choisir le mouton local, c’est soutenir nos éleveurs, préserver les emplois ruraux et affirmer notre souveraineté alimentaire".
C’est là que le COSIM entre en jeu. Pour Sidi Touré, aucune politique publique ne peut réussir sans l’adhésion des consciences. Il appelle donc les imams à légitimer le mouton local, sensibiliser les fidèles, relayer le message dans les mosquées et contribuer à la discipline sur les marchés.
Prenant la parole , Cheick Aïma Ousmane Diakité, président du COSIM, a répondu avec gravité : "Les conditions du sacrifice sont claires : âge, santé et conformité religieuse, pas nécessairement la taille." Il a rappelé qu’autrefois, les sacrifices se faisaient avec les moutons locaux, et qu’il est temps de renouer avec cette tradition.
Au-delà de l’aspect religieux, le président du COSIM a insisté sur l’impact économique : acheter local, c’est créer de l’emploi et renforcer les revenus des éleveurs ivoiriens. Il a assuré que les imams relaieront ce message à travers sermons, prêches et émissions, afin de convaincre progressivement les fidèles. Enfin, Cheick Diakité a souligné que la Tabaski, en Côte d’Ivoire, dépasse les frontières confessionnelles : "Les fêtes des uns sont les fêtes de tous." Musulmans et non-musulmans participent à cette célébration, preuve de la cohésion nationale.
