Édito

Les 80 ans du PDCI : Le courrier de la discorde et l’avenir de l’alliance

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Le PDCI RDA a célébré avec faste en fin de semaine dernière, le 80e anniversaire de son existence. Dans la vie d’une organisation, huit décennies symbolisent l’âge d’or parce que sur le continent africain, rares sont les partis politiques qui peuvent se targuer d’avoir cette longévité. Le doyen des partis politiques en Côte d’Ivoire pouvait donc légitimement sabler le champagne pour ces 80 hivernages.

Malheureusement, les festivités ont été parasité par une rocambolesque affaire de courrier entre le PDCI RDA et son ancien allié du Front commun. Tout est parti du PPA-CI qui, la main sur le cœur et l’indignation en bandoulière, a affirmé n’avoir jamais été invité aux festivités des 80 ans. Mieux, un communiqué au ton offensif a été diffusé pour dénoncer un procès d’intention.

La riposte du vieux parti ne s’est pas fait attendre : accusé de réception à l’appui, le PDCI-RDA a répliqué, balayant ainsi d’un revers de la main la posture victimaire de son allié. Et comme cela arrive très souvent en Côte d’Ivoire, le banal est devenu spectaculaire. Plateaux télé, panels sur les réseaux sociaux, ce feuilleton du courrier s’est imposé comme le sujet du moment. Certains analystes y ont même vu les prémices d’une rupture si ce ne l’est déjà.

Incident épistolaire, conséquence prévisible

Même si un peu plus tard, la Direction du PPA-CI s’est rebiffée pour rassurer son allié qu’il sera aux autres étapes des festivités, ce courrier de la discorde a eu le mérite de remettre au goût du jour la question de la cohérence dans la démarche de l’ancien parti au pouvoir et surtout ses rapports avec ses alliés. Mais à y voir de près, cette affaire n’a rien d’anecdotique. Elle révèle, une fois de plus, une constante dans le logiciel politique de Laurent Gbagbo : l’art consommé du double jeu. Hier, Charles Blé Goudé en a fait les frais. Accusé de n’avoir entrepris aucune démarche pour rencontrer son ancien mentor, il a dû sortir les preuves de son courrier pour rétablir la vérité. Même scénario avec Ahoua Don Mello.

Accusé de n’avoir pas informé la direction du PPA-CI pour son projet présidentiel d’octobre 2025, celui-ci a dû mettre sur la place publique son courrier adressé au camarade Laurent Gbagbo afin de mettre à nu la supercherie. Depuis 1990, l’histoire se répète avec une régularité troublante. Après avoir lancé ce qu’il convient d’appeler « L’Appel de Korhogo » où l’opposition avait décidé de boycotter l’élection présidentielle de 1990, Laurent Gbagbo a fait voler en éclats la Coalition de la gauche démocratique en se présentant à cette élection contre Félix Houphouët Boigny. Ensuite ce fut le tour du Front républicain en 1995 où le même Laurent Gbagbo s’est joué d’Alassane Ouattara et du RDR en engageant, en catimini, des discussions avec le régime Bédié.

PDCI RDA : ne pas se laisser berner à 80 ans

Après le coup d’Etat de 1999, Gbagbo laissera tomber le masque de la roublardise en manipulant le régime militaire contre le RDR. Quand Alassane Ouattara a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2000, c’est encore Gbagbo Laurent qui a battu le rappel des « Tout sauf Ouattara » pour s’opposer énergiquement à la candidature d’un supposé étranger en Côte d’Ivoire. La suite de cette affaire, on la connait. Ouattara a été exclu.

L’on a compris alors que la non-candidature de Gbagbo en 1995 n’était pas en solidarité à Ouattara, mais plutôt l’expression d’un opportunisme politique. Après le plan commun de 2000, le leader de la junte a été à son tour roulé dans la fameuse farine du président du PPA-CI. Après les passes d’armes verbales qu’il y a eu entre Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo et le quiproquo des législatives de décembre 2025, l’on peut déduire que cette affaire de courrier n’est que le signe visible de la dislocation d’une alliance dont le compte à rebours est sérieusement entamé. Depuis 1990, il y a une règle d’or que tous les acteurs politiques connaissent désormais : Quand Laurent Gbagbo vous tend la main, dans le dos, il tient solidairement dans l’autre main, une bonne quantité de sa légendaire farine. A 80 ans, le PDCI RDA est en train d’en faire l’amer constat

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