
Le garde des Sceaux a demandé « la plus grande fermeté » au procureur. Les préfets interdiront « quand il le faut » certains rassemblements, « par tous moyens ». Ceux qui appellent à la rue n'ont, dit-il, qu'un but : « abîmer la République et voler le débat ». Personne, à Paris, n'a parlé de détenus politiques ni de traquenard judiciaire. Là-bas, cela s'appelle la République.
Changeons seulement la date et le lieu. Abidjan, 11 octobre 2025. Le préfet a interdit la marche du Front commun. La veille, sa porte-parole, Me Habiba Touré, signe un communiqué d'une ligne : « La marche du 11 octobre 2025 aura bel et bien lieu. » Dès le 12, les mêmes appellent à manifester chaque jour, à bloquer, à occuper. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, à Avagou, près de Jacqueville, des hommes lancent des cocktails Molotov contre la chambre de transfert de gaz de Foxtrot. Selon le parquet, les sept interpellés ont reconnu leur objectif : enflammer la plateforme en mer de Vridi et semer la terreur pour empêcher le vote du 25 octobre. Le 28, le procureur signale des armes de guerre chez des individus se présentant comme membres du service d'ordre du PPA-CI. Bilan du Conseil national de sécurité : onze morts, dont un gendarme.
Ici aussi, la justice a fait ce que Macron réclame à Paris. Trente-six mois pour les attroupements interdits, et huit relaxés le 21 octobre, parce qu'un juge sait distinguer le passant du casseur. Les sept de Jacqueville devant la section antiterroriste. Puis les responsables : Blaise Lasm et Nestor Dahi, écroués avant même le scrutin ; Damana Pickass, interpellé le 4 novembre pour appels à l'insurrection ; Justin Koné Katinan, écroué le 11 septembre 2026 pour actes terroristes et participation à un mouvement insurrectionnel ; Me Habiba Touré, sous mandat d'arrêt ; Sébastien Dano Djédjé, mis en examen le 12 octobre ; cinq cadres convoqués à la section antiterroriste jusqu'au 23 octobre.
À chaque convocation, le PPA-CI ressort le même lexique. « Traquenard judiciaire » pour Katinan. « Instrumentalisation de l'institution judiciaire » pour Pickass. « Décapitation méthodique » dans la déclaration du 15 octobre. « Détenus politiques » pour tout le monde, y compris ceux à qui le parquet reproche des cocktails Molotov et des armes de guerre.
Un État de droit n'est pas un État où l'on ne poursuit personne. C'est un État où la même loi s'applique à tous et où le juge, et non le parti, dit qui est coupable. Ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre. La phrase est d'Emmanuel Macron et vaut à Abidjan comme à Paris. L'État de droit ne change pas avec la latitude, et nos insurgés d'octobre devront s'y faire.
Yacouba DOUMBIA