Santé

Reportage / La cigarette, ce moyen de réconfort qui détruit la jeunesse

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© B.B Cédric Kouakou a débuté la consommation de la cigarette dès l’adolescence
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La cigarette fait partie des addictions que bon nombre de jeunes connaissent dans leur vie. Entre réconfort et dépendance, incursion dans le quotidien d’un fumeur actif depuis une dizaine d’année, le lundi 11 mai 2026 à 14h37.

Cédric Kouakou est vigile dans une villa cossue de Cocody Cité des Arts à Abidjan. Il n’est pas habillé de cette tenue jaune-gris habituelle des vigiles qu’on connait. Il est vêtu d’un tee-shirt gris et d’un pantalon Jean’s noir. Il porte des dreads d’un look d’artiste musicien. Assis dans une guerite d’environ deux mètres carrés, il prend sa pitance quotidienne. Une pitance différente de celle du commun des mortels. Il tient dans la main droite, une cigarette qu’il prend le temps de consumer tout en réfléchissant. Une fumée nauséabonde se dégage dans l’air.

Je ne compte pas les cigarettes que je consomme dans la journée 

Les yeux rivés sur le mur, il est plongé dans une réflexion profonde. Il a en face de lui, un gobelet en matière plastique, de couleur marron, qui lui sert de cendrier. A l’intérieur, se trouvent plusieurs mégots de cigarette enfuis qu’il a fini de consommer. Cette cigarette qu’il est en train de fumer est la énième de la journée. « Je ne compte pas les cigarettes que je consomme dans la journée. Quand je me réveille le matin, j’achète au moins pour quatre cents francs CFA. C’est environ huit tiges de cigarettes. Je peux les fumer jusqu’à environ treize heures ou quatorze heures. Après cela, je vais acheter encore six cigarettes à trois cents francs CFA pour terminer la journée. Dans la soirée, si j’en ai trop acheté, au moins quatre, pour deux cents francs CFA. Je les fume avant d’aller me coucher. Je dépense neuf cents francs CFA par jour dans la cigarette. Ce qui équivaut à dix-huit cigarettes. Environ l’équivalent d’un paquet», confie -t- il.

Gouffre de l’addiction à la cigarette

Cédric Kouakou a débuté la consommation de cigarette, à l’âge de seize ans. Il était encore au collège en classe de troisième. Il s’est adonné à la cigarette, quand les déboires financiers de ses parents ont commencé. « J’ai traversé beaucoup de difficultés quand j’étais au collège. La cigarette était un réconfort pour moi. Je n’avais plus de soutien financier. Je dépendais de moi-même. Arrivée au lycée, c’était pareil. Mes parents payaient juste l’inscription. Je faisais de petits boulots pour subvenir à mes besoins. J’ai essayé le BTS, je n’ai pas été admis. J’ai vu qu’il y avait trop de dépenses à faire. C’est ce qui a fait que j’ai abandonné les études. Je suis quelqu’un de très colérique. La cigarette m‘aide à me détendre. Quand je fume, je retrouve mon calme. C’est ce qui fait que je fume beaucoup », précise-t-il.

J’ai commencé à fumer un peu plus tôt 

A vingt cinq ans, Cédric Kouakou dit rencontrer des problèmes de respiration. « Souvent j’ai quelques douleurs au niveau des poumons. Et ensuite ça passe. Ma respiration est parfois entrecoupée. Les fumeurs et les non-fumeurs n’ont pas la même manière de respirer. Nous sommes plus étouffés que les personnes qui ne fument pas. Le matin dès que je me réveille, j’ai une envie de fumer la cigarette. La première bouffée perturbe ma respiration », explique -t- il avec un air de tristesse. S’il dépense jusqu’à neuf cents francs CFA par jour, ce qui équivaut à trente-six mille francs CFA par mois, Cédric Kouakou estime qu’il arrive à supporter les frais pécuniaires pour assouvir son addiction à la cigarette. Il notifie d’ailleurs, que le montant alloué à sa consommation de cigarette, est prévu dans son budget de dépense mensuelle. « Je ne calcule pas mes finances. Les dépenses font partie du quotidien. Que ce soit la nourriture, la cigarette ou n’importe quel besoin, cela fait partie des dépenses. Je ne calcule pas tout ça. Tant que je peux, je le fais », insiste -t-il avec un air de fierté.

Cédric Kouakou déclare que sa famille a su très tôt qu’il consomme la cigarette. Du fait de l’odeur de la nicotine qui reste sur lui, après avoir consommé une tige de cigarette. « J’ai commencé à fumer un peu plus tôt. C’est pourquoi je n’ai pas voulu vous dire ça depuis à l’entame de notre conversation. C’est ce qui a fait qu’ils ont su dès le début quand j’ai commencé à fumer. Ils se sont imposés à ce que je fume. Mais avec le temps, ils ont vu que cela ne change rien. Tant que je n’ai pas moi-même décidé d’arrêter de fumer. Mais ils continuent de me conseiller. Je sais qu’un jour, je vais arrêter tout cela », affirme -t- il avec fermeté.

En moins d’une dizaine de minute, Cédric Kouakou termine sa cigarette entamée à 14h37. Il tire le dernier coup avec délectation. En se forçant même de ralentir la fumée qui sort de la bouche. Il prend le temps d’éteindre le mégot en l’enfouissant dans le gobelet qui lui sert de cendrier.

Bema Bakayoko