
Le constat est effrayant : depuis vendredi 31 juillet, l’eau qui coule dans les robinets d’Agboville, de Grand-Morié, d’Attobrou et des villages de Yapo a pris une couleur étrange. Elle est devenue boueuse, et surtout très toxique.
D’où vient le problème ? De l’orpaillage clandestin en amont, dans le Moronou, là où le fleuve Agbo prend sa source. C’est cette rivière qui alimente toute la zone en eau potable. « Depuis vendredi, on a vu la couleur de l’eau changer complètement. Les images des drones des Eaux et Forêts sont sans appel : l’eau contient du cyanure, elle n’est pas potable », lance le préfet, visiblement remonté.
Et il y a de quoi être en colère. L’État a investi des sommes énormes pour améliorer l’accès à l’eau dans la région. « Près de 5 000 km de canalisations ont été posés. Le prix de l’abonnement est passé de 163 000 à 10 000 FCFA. On a déjà plus de 7 000 nouveaux abonnés. Au total, c’est presque 50 milliards de FCFA injectés, dont 27 milliards pour Agboville seule. Mais malgré tous ces efforts, l’orpaillage illégal continue de tout gâcher », déplore-t-il.
Les résultats des analyses de l’ONEP donnent froid dans le dos. Soro Nahoua, chef de l’antenne régionale, détaille : « Le taux de turbidité est de 850, alors que la norme est de 5 unités. On est à 170 fois la limite. On retrouve du mercure et du cyanure, des métaux qui causent des cancers et des problèmes respiratoires. »
Le danger est immédiat pour la santé. « Boire cette eau peut provoquer la typhoïde ou le choléra. Et si les gens se rabattent sur les puits avec la montée des eaux du fleuve, on risque une épidémie de maladies hydriques », prévient-il.
En attendant les résultats du LANADA, les consignes sont claires : Ne plus boire l’eau du robinet, utiliser de l’eau en bouteille ou des forages privés, traiter systématiquement l’eau des puits et les camions-citernes vont être déployés pour le ravitaillement
Une nouvelle opération de survol par drones est prévue pour repérer et démanteler les sites clandestins. Agboville a déjà vécu ce cauchemar en 2024, avec un mois entier sans eau potable à cause de la même pollution.