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Projet d'investisseurs à la Fifa : L'UEFA menace « à l'unanimité » d'un boycott des Coupes du monde

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C'est un véritable coup de semonce. Réunies en visioconférence jeudi 30 juillet, les 55 fédérations membres de l'UEFA ont fait front commun face au projet de la Fifa d'ouvrir son capital à des investisseurs privés.

Dans un communiqué, l'instance européenne affirme « rejeter unanimement et sans équivoque » cette proposition, et prévient : si elle se concrétise, aucune sélection européenne ne participera aux compétitions de la Fifa. « Aucune équipe nationale de l'UEFA ne participera à aucune compétition de la Fifa tant que ces propositions resteront d'actualité », ont ainsi prévenu les 55 membres. Une menace qui concerne notamment les Coupes du monde, la prochaine échéance majeure étant le Mondial féminin prévu au Brésil en 2027.

« La Coupe du monde ne peut pas être considérée comme un produit d'investissement. Elle fait partie du plus grand héritage sportif du football. Elle a été construite au fil des générations par les joueurs, les équipes nationales et les supporters de tous les continents. Aucune partie de celle-ci ne devrait jamais être cédée à des investisseurs privés. La Coupe du monde n'est pas à vendre », insiste l'UEFA.

Pour la confédération européenne, l'ouverture du capital de la Fifa serait une rupture irréversible. « À partir du moment où des investisseurs externes acquièrent des participations dans les compétitions de la Fifa, le football change à jamais. Le rendement commercial devient une obligation permanente. Les attentes des investisseurs deviennent une pression quotidienne », estime-t-elle.

Le projet a été annoncé mardi 28 juillet par Gianni Infantino, sans concertation préalable avec les fédérations et confédérations. Le président de la Fifa veut créer une société dédiée à la gestion des activités commerciales, la Fifa Forward Enterprise (FFE), et céder jusqu'à 20 % de son capital à des investisseurs extérieurs. L'objectif affiché : récolter au moins 10 milliards de dollars pour financer le développement du football.

Cette annonce avait déjà suscité la colère de l'UEFA mercredi 29 juillet, et au-delà, de nombreuses associations à travers le monde. Beaucoup dénoncent une marchandisation du football, sur fond de soupçons de conflit d'intérêts visant Gianni Infantino. Le patron du football mondial a tenté de calmer le jeu, assurant qu'il s'agit d'« une opportunité, mais pas une obligation », inscrite « dans le cadre d'un processus démocratique ».

L'UEFA n'a pas mâché ses mots en réponse. « Il est irresponsable et indéfendable qu'une proposition avec un tel impact sur le football ait été conçue en secret », a-t-elle lancé jeudi, avant d'ajouter : « Ce n'est pas une "décision démocratique", mais la gouvernance par la peur. » En cause notamment : le délai imposé aux 211 fédérations, qui doivent se prononcer avant le 19 septembre, selon une lettre du président de la Fifa révélée par plusieurs médias.

Le soutien est venu aussi de Bruxelles. Dans un message publié sur X, le commissaire européen chargé des Sports, Glenn Micallef, a salué la prise de position de l'UEFA et apporté son soutien « plein et entier », se disant « fier de voir les fédérations de football européennes montrer la voie en matière de gouvernance, rester fermes sur leurs principes et défendre l'intégrité du jeu ».

De son côté, la Concacaf, qui regroupe 41 fédérations d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, a formellement rejeté le projet à l'issue d'une réunion de ses membres. Elle dénonce « l'absence de procédure régulière », « le délai artificiellement court imposé » et le fait qu'aucun organe de gouvernance compétent de la Fifa n'ait examiné ni approuvé la proposition. « L'avenir du football – et son plus grand atout – doit rester entre les mains de notre famille du football », réaffirme-t-elle.

L'AFC, la confédération asiatique, a elle aussi regretté que ce projet ait été rendu public sans consultation préalable de ses membres, sans toutefois se prononcer sur le fond. La Confédération africaine de football s'est voulue plus mesurée, appelant simplement ses associations à « examiner » et « évaluer » le projet.

Pour aller de l'avant, la Fifa souhaite obtenir le soutien de la majorité de ses 211 fédérations membres, ainsi que l'aval de son Conseil, principal organe décisionnel de l'instance. Reste à savoir si la menace européenne suffira à faire reculer Infantino.