
Pour la Haute Cour de Mombasa, il n'y a plus de doute possible. Les preuves présentées tout au long du procès établissent clairement la responsabilité des 30 accusés dans ces meurtres liés au jeûne extrême, cette pratique mortifère prônée par Paul Mackenzie, le gourou de l'Église internationale de la Bonne Nouvelle. Il faut dire que l'horreur dépasse l'entendement. Les 191 victimes faisaient partie des quelque 430 corps exhumés de fosses communes creusées sur le domaine même du pasteur, dans le comté de Kilifi, sur la côte kényane.
La plupart, en fait, seraient mortes de faim, lentement, après des jours de jeûne. Pour d'autres, des enfants surtout, l'autopsie a révélé l'impensable : ils auraient été étranglés, étouffés. Dans sa décision, la juge a d'ailleurs levé le voile sur une véritable machine. Pas un groupe de fidèles égarés, non. Une organisation structurée, avec sa hiérarchie, ses chefs, ses exécutants, où chaque membre appliquait à la lettre les directives du chef religieux. Un procès fleuve, qui a duré plus de deux ans. Plus de 130 témoins se sont succédé à la barre pour raconter l'indicible. Mais la défense, elle, ne lâche rien. Elle conteste ce verdict. L'avocat de Paul Mackenzie et de ses coaccusés, Me Lawrence Obonyo, estime que la cour n'a pas suffisamment pesé les éléments présentés par ses clients. Il a déjà annoncé son intention de faire appel. Un dernier sursaut. Le prononcé des peines, lui, est fixé au 6 novembre 2026. Certes, le meurtre est passible de la peine capitale au Kenya. Sauf que le pays applique un moratoire sur les exécutions depuis des années. Concrètement, les accusés risquent donc la réclusion à perpétuité, une vie entière derrière les barreaux.
Cette affaire, que tout le Kenya appelle désormais le massacre de Shakahola, a glacé le sang du pays. Elle a rouvert, brutalement, un débat que beaucoup préféraient éviter : comment contrôler ces groupes religieux qui poussent comme des champignons, et comment mettre un terme à ces dérives spirituelles qui virent au cauchemar ?