
Dans la province de l’Ituri, au nord-est de la RDC, les médecins qui combattent Ebola doivent jongler entre le manque de matériel et des violences directes contre les centres de soins. Rien que ces derniers jours, au moins trois incidents ont été signalés. Par exemple, entre le 22 et le 24 mai, l’hôpital général de référence de Mongbwalu,une zone durement touchée ,a été visé deux fois. Selon Richard Lokodu, le directeur médical, des inconnus ont mis le feu le 23 mai à des tentes d’isolement installées par Médecins Sans Frontières. Résultat ,18 patients, malades ou suspects d’Ebola, ont pris la fuite. Parmi eux, un cas confirmé positif au virus est toujours en cavale, ce qui fait craindre une propagation dans la communauté, souligne le médecin.
Le lendemain, rebelote, l’hôpital a été attaqué quatre fois de suite, cette fois par des jeunes mobilisés par les proches d’un chef religieux chrétien mort d’Ebola. Sept autres patients en ont profité pour s’enfuir, avant que la police et l’armée ne rétablissent l’ordre.
D’après le docteur Lokodu, les assaillants voulaient récupérer les corps des victimes pour des enterrements traditionnels. Problème : les autorités sanitaires rappellent que les défunts d’Ebola restent très contagieux après la mort, et que des enterrements non sécurisés sont l’un des principaux moyens de transmission du virus. Lors de cette deuxième attaque, un patient suspecté d’Ebola, dans un état critique avec des saignements, est mort en tentant de s’enfuir.
Cette situation rappelle les violences de l’épidémie d’Ebola de 2018 à 2020 dans l’est de la RDC, où plus de 25 soignants avaient été tués. Déjà à l’époque, des centres de traitement étaient pris pour cible par des groupes armés ou des habitants convaincus que l’épidémie était une invention. Aujourd’hui, plusieurs observateurs expliquent cette méfiance par les tensions sociales et un sentiment d’abandon dans des régions usées par des décennies de conflits et de crises humanitaires.
Côté chiffres, l’Organisation mondiale de la santé a qualifié cette flambée du variant Bundibugyo d’Ebola d’urgence de santé publique mondiale. Son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a annoncé plus de 900 cas suspects recensés, dont 101 confirmés. Le 25 mai, l’OMS signalait aussi 220 décès suspects liés à l’épidémie, en reconnaissant que le retard dans la détection des cas oblige les équipes à « courir après le virus ». Partie de l’Ituri, l’épidémie s’est étendue au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, y compris dans des zones contrôlées par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, avant d’atteindre l’Ouganda voisin. Les autorités ougandaises ont annoncé le 25 mai deux nouveaux cas confirmés, portant à sept le total des infections dans le pays.