Société

Ferkessédougou : Beda Sika Jacques ou le sacrifice au service de l'enseignement !

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À Ferkessédougou, le départ à la retraite de Beda Sika Jacques marque la fin d'un parcours hors du commun.

Après trente-deux années passées dans la même localité, cet enseignant d'arts plastiques laisse derrière lui bien plus qu'une carrière administrative. Celle de l'image d'un éducateur qui a fait du service, de la fidélité et du sacrifice les fondements de son engagement. 

Affecté dans la capitale du Tchologo en 1994 pour son premier poste, il aurait pu, comme de nombreux fonctionnaires, solliciter une mutation vers une autre région. Il a pourtant choisi de s'enraciner durablement à Ferkessédougou, où il s'est progressivement intégré à la vie de la communauté. « J'ai trouvé ici une famille. Ferké m'a accueilli comme l'un des siens et j'ai estimé naturel de lui rendre ce qu'elle m'a offert », explique-t-il pour justifier cette fidélité exceptionnelle.

Son engagement prend une dimension particulière lors de la crise politico-militaire de 2002. Alors que le système éducatif est fortement perturbé dans le nord du pays, Beda Sika Jacques fait partie des enseignants volontaires qui œuvrent à la réouverture progressive des établissements, notamment du Lycée moderne de Ferkessédougou. Face au manque d'encadreurs, il ne se limite plus aux arts plastiques et dispense également des cours de français, de philosophie ainsi que d'Éducation civique et morale, aujourd'hui EDHC, afin d'éviter une rupture dans la formation des élèves.

Au-delà de la salle de classe, son action sociale impressionne tout autant. Conscient des difficultés de nombreuses familles, il prend en charge les frais de scolarité de plusieurs élèves, leur fournit des fournitures scolaires et héberge certains jeunes dont les parents résident loin de Ferkessédougou. Une conviction guide chacune de ses initiatives. « Un enfant ne devrait jamais abandonner l'école parce que sa famille manque de moyens », répète-t-il régulièrement.

Son sens du devoir lui vaut également d'occuper, pendant plus d'une décennie, les fonctions de chef de secrétariat des examens du BEPC et du Baccalauréat, contribuant avec rigueur au bon déroulement de ces échéances nationales. Même lors de la crise postélectorale de 2010, l'enseignant refuse de quitter son poste. Pour lui, préserver l'école revient à protéger l'avenir de toute une génération.

Le parcours de Beda Sika Jacques a d'ailleurs été salué par le journaliste André Silver Konan, qui souligne le caractère singulier de son choix de vie. « En général en Côte d'Ivoire, la sédentarisation se fait du Nord au Sud. Le doyen Beda Sika Jacques est l'un des rares Ivoiriens qui a appliqué cette sédentarisation à rebours... Toute sa vie de fonctionnaire, il l'a passée à Ferké. De la rébellion de 2002 à la crise postélectorale de 2010, en passant par les événements de 2020.

Tout Ferké l'a adopté comme un fils parce qu'il s'y sent comme chez lui », a-t-il indiqué. Aujourd'hui retraité, Beda Sika Jacques a choisi de rester vivre dans cette ville devenue la sienne. Son histoire restera celle d'un homme qui a préféré servir plutôt que partir, transmettre plutôt que renoncer, faisant de l'enseignement une véritable mission au service de toute une communauté.