
À l'origine de cette détresse, les importantes eaux de ruissellement consécutives aux travaux de bitumage réalisés de Bingerville jusqu'à l'entrée du village. Si cette route a amélioré la circulation sur cet axe, elle a également profondément modifié l'écoulement des eaux de pluie, provoquant une érosion spectaculaire qui menace désormais l'existence même d'Elokato.
Aujourd'hui, un immense ravin progresse inexorablement vers l'unique voie d'accès au village. Plus inquiétant encore, il ne resterait plus qu'une petite dizaine de mètres avant qu'il n'atteigne le cimetière et ne coupe définitivement cette route. Un scénario catastrophe pour cette localité qui ne dispose que d'une seule entrée... et de cette même voie comme unique sortie. Si celle-ci venait à disparaître, Elokato deviendrait une véritable île, complètement isolée du reste du département.
C'est pour alerter les autorités et l'ensemble des bonnes volontés que la chefferie traditionnelle a convié la presse, mercredi 24 juin 2026. Le message est sans détour : il y a urgence à agir avant qu'il ne soit trop tard. À l'entrée du village, le constat est alarmant. Là où circulaient autrefois les véhicules, s'étend désormais un profond ravin creusé par la violence des eaux de ruissellement. Quelques buses disposées en guise de protection témoignent de la progression constante de l'érosion, sans véritable moyen de l'arrêter.

« Avant, ce n'était qu'un petit trou. Aujourd'hui, regardez ce qu'il est devenu. Chaque pluie l'agrandit un peu plus », déplore Agoua Daniel, directeur de cabinet du chef du village. Selon lui, le phénomène s'accélère au fil des saisons pluvieuses et menace directement le principal accès de la localité.
La situation est d'autant plus préoccupante que le village se retrouve désormais coincé entre ce ravin grandissant et ses principales infrastructures sociales. L'école primaire, le centre de santé et plusieurs habitations sont directement exposés. En clair , c'est par cette unique voie que les enfants passent pour se rendre à l'école. C'est également par cette même voie que les populations, les femmes enceintes et les nourrissent passent pour se rendre au centre de santé.
À chaque forte pluie, les eaux dévalent vers Elokato, envahissant les rues, les concessions et parfois même l'église du village. Certaines familles voient régulièrement leurs maisons inondées, tandis que les déplacements deviennent extrêmement difficiles. Pendant les périodes de pluie, les véhicules refusent souvent de s'aventurer dans le village.

Les habitants sont alors contraints de poursuivre leur trajet à pied ou à moto, malgré les risques. Les malades peinent à rejoindre le centre de santé et les élèves rencontrent d'importantes difficultés pour se rendre à l'école. « Quand il pleut, nos enfants ont beaucoup de mal à aller à l'école. Les malades souffrent aussi. Nous demandons simplement qu'on nous vienne en aide », implore Agoua Marie-Claire, présidente des femmes d'Elokato.
Même son de cloche chez les jeunes. « Il arrive que nous accompagnions les enfants pour traverser cette route en toute sécurité. Certains chauffeurs refusent désormais d'entrer dans le village. Nous sommes obligés de marcher ou de prendre des motos pour rentrer chez nous », explique Marius Romuald, vice-président de l'association de la jeunesse d'Elokato.
Au sein de la chefferie, l'inquiétude est devenue permanente. Simon Pierre, chef de cabinet chargé du secrétariat et du protocole du doyen du village, reconnaît que chaque apparition de nuages est désormais source d'angoisse.

« Nous sommes heureux de votre présence parce que nous espérons que vous serez notre relais. Aujourd'hui, nous ne sommes plus sereins. Quand les nuages apparaissent, tout le village s'inquiète. Dès qu'il pleut, nous craignons le pire », confie-t-il. Pour lui, le temps presse. « Ce ravin avance sans s'arrêter. Nous le regardons progresser sans pouvoir intervenir. Nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés pour qu'une solution soit trouvée avant qu'il ne soit trop tard », insiste-t-il.
La peur est devenue le quotidien des habitants. Certains racontent ne plus dormir les nuits de fortes pluies, redoutant que la route ne s'effondre davantage avant le lever du jour. Chaque averse accentue les dégâts et rapproche un peu plus le village de l'isolement total. Les populations ne réclament ni faveur ni privilège. Elles demandent simplement des travaux urgents d'assainissement, de canalisation des eaux de ruissellement et de stabilisation du ravin afin de préserver cette unique route qui représente le cordon ombilical d'Elokato avec le reste du pays.

Pour les habitants, il ne s'agit plus seulement de protéger une route. C'est l'avenir de tout un village qui est en jeu. Plus de 3 000 personnes vivent aujourd'hui avec la crainte permanente de voir disparaître leur seul accès au monde extérieur. Si aucune intervention n'est engagée dans les plus brefs délais, Elokato pourrait connaître un sort dramatique dont les conséquences humaines, sociales et économiques seraient considérables.
Le cri d'alarme lancé par la chefferie sonne ainsi comme un ultime appel à la mobilisation des autorités avant que ce ravin ne transforme définitivement ce paisible village en une localité totalement coupée du reste de la Côte d'Ivoire. Les regards sont désormais tournés vers le Président de la République, Alassane Ouattara, du Premier ministre, Robert Beugré Mambé et mêmes les personnes de bonnes volontés à leur venir en aide.