
Ancien footballeur, ancien entraineur et aujourd’hui dirigeant sportif. Qui est réellement Souleymane Cissé ?
Je suis tout simplement un enfant du pays qui est parti en Europe très tôt, qui a fait ses armes dans le football et qui était promu à un bel avenir. Malheureusement, brisé par la blessure. Mais qui a réussi dans le football, dans la gouvernance. J’ai été entraîneur, directeur sportif, directeur technique et président de club en Côte d’Ivoire. Entre deux ballons à Yopougon, j’ai réussi à créer un club ici en Côte d’Ivoire qui est arrivé à la première division en ayant franchi tous les paliers depuis la D3. Je suis aujourd'hui candidat à la présidence de la Fédération ivoirienne de football.
« Je suis aujourd'hui candidat à la présidence de la Fédération ivoirienne de football »
D’où est parti votre carrière de football ?
J’ai vu Stephen Keshi en étant tout petit à la télévision. On disait de lui que ce n’était qu’un homme noir qui est parti en Europe avec un sac en main. Et qui voulait jouer au football et il a réussi. Voilà comment mon rêve est né. Je suis parti très tôt en préformation en Europe. Puis, j’ai suivi une formation.

J’ai été professionnel d’abord et ensuite, international ivoirien. Je me suis blessé très tôt et je suis parti vers la gouvernance en retournant à l’université pour apprendre l’économie du sport, l’industrialisation du sport et aussi le volet fédéral où j’ai passé tous mes diplômes pour devenir entraîneur. J’ai réussi à mettre les deux compétences ensemble pour émerger dans la gouvernance du football. Notamment, en étant entraîneur, directeur technique, directeur sportif et président de club.
« Si on n’a pas un cerveau qui est bien disposé, on ne peut pas jouer au football »
Vous êtes présent au Salon international du livre d’Abidjan (SILA) en tant qu’auteur. Votre œuvre ‘’Souleymane Cissé : Le foot que nous méritons’’ vient d’être publiée par les éditions Kaïlcedra. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire une telle œuvre ?
Généralement, dans la conscience populaire, les gens ont tendance à dire que le footballeur n’a rien dans la tête mais plutôt dans les jambes. Or, le footballeur est bien plus que cela. Il faut savoir que pour jouer au football, il faut avoir un bon esprit et un savoir-faire. Le footballeur est en train de résoudre des problèmes tout le temps. Il faut savoir que sur le terrain, ce sont des problèmes qui se présentent régulièrement par l’adversaire, l’environnement et le mouvement du ballon. C’est une forte pression temporaire et spatiale. Si on n’a pas un cerveau qui est bien disposé, on ne peut pas jouer au football. Il faut aussi anticiper les problèmes à venir pour pouvoir les résoudre. Il faut appréhender la concurrence. Il faut savoir vivre dans un environnement qui est parfois hostile. Parce qu'il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus. Tout cela fait du footballeur quelqu’un de riche.

Mais malheureusement, le footballeur ne se raconte pas. Nous n’avons pas pris l’habitude de raconter notre vie. Si bien que nous sommes méconnus. C’est pourquoi écrire laisse des traces. Je voulais laisser des traces. Je voulais inviter les jeunes footballeurs à venir et à croire en ce qu’ils font. C’est intéressant. Le footballeur qu’on voit à la télé, il y a toute une histoire derrière. Il y a des angoisses. Il y a des cassures, des joies et aussi des déceptions.
« Nous n’avons pas pris l’habitude de raconter notre vie. Si bien que nous sommes méconnus »

De façon concrète, dans cet ouvrage, c’est votre parcours que vous racontez ou plutôt le parcours du footballeur en général ?
C’est un peu les deux. C’est mon attachement profond, à ma région et à ma famille. Je suis d’une famille d’imams. Et du côté maternel, je suis issu d’une famille de guerriers. Mon enfance a été difficile financièrement. Mais très riche en valeur. Je raconte cela et aussi, mon parcours de professionnel sportif de haut niveau. Puis mon parcours de gouvernant qui a plutôt été fructueux. Et ensuite, ma vision pour le football ivoirien.
« Didier Drogba et Yaya Touré, ce sont des monuments »
Les préfaces de l’ouvrage sont cosignées par Didier Drogba et Yaya Touré. Avec une telle ‘’affiche’’, n’êtes-vous pas en train de faire savoir insidieusement que vous avez de solides attaches dans le milieu du football ivoirien ?
Didier Drogba et Yaya Touré, ce sont des monuments. Ce sont des personnalités connues par tout le monde. Ils sont une sorte de fierté nationale. Oui, j’ai des attaches avec eux dans le football. Nous avons la même passion et la même trajectoire de carrière. La mienne a dévié. La leur est allée au bout. C’est vraiment beaucoup de gratitude, qu’ils aient signé la préface de mon livre.
« La candidature de Didier Drogba à la présidence de la FIF a été une grosse incompréhension »
Vous êtes un ancien footballeur à l’instar de Didier Drogba dont l’ambition pour la présidence de la FIF n’est pas allée à son terme. Ne craignez-vous pas qu’après le dépôt effectif de votre candidature dans la course à la succession à Idriss, on vous reproche à vous aussi de ne pas ‘’maitriser les rouages’’ ?
La candidature de Didier Drogba à la présidence de la FIF a été une grosse incompréhension. Les parcours sont aussi faits parfois de coup d’arrêt. Mais, il faut savoir que Didier Drogba a vraiment l’envie de participer à l’émergence du football en Côte d'Ivoire. Il y a eu beaucoup de malentendus et d’incompréhensions. Maintenant, c’est du passé. Je pense qu’il a vraiment tourné la page.
Les dirigeants actuels du football devraient tourner la page. C’est un monument. Il peut apporter beaucoup au football ivoirien et il a la possibilité de le faire. Il a la volonté encore de s’investir. Mais cette fois-ci, c’est moi qui suis le candidat. Il veut vraiment apporter beaucoup au pays. Il faut que les Ivoiriens, notamment, les présidents de clubs, lui tendent la main pour pouvoir profiter de Didier Drogba, de son savoir ainsi que de ses relations. C’est très important, parce que c’est quelqu'un de très important pour le football ivoirien.
Bénéficiez-vous du soutien de Didier Drogba dans votre ambition de briguer la présidence de la FIF ?
Didier Drogba c’est mon frère et mon sang.
« Ma candidature à la présidence de la FIF n’est pas dirigée contre Idriss Diallo ni contre personne »
Etes-vous convaincu de pouvoir battre le président actuel de la FIF dont le bilan d’exercice semble être largement positif ?
Bilan positif ? Chacun se prononcera du côté qu’il voudra. Ma candidature à la présidence de la FIF n’est pas dirigée contre Idriss Diallo ni contre personne. Ma candidature est pour mon pays. Il faut que les gens perçoivent cette nuance. Je viens pour apporter beaucoup à mon pays. Et je pense que notre football a besoin de mon expertise. Je peux vous garantir que le football en Côte d’Ivoire avance. Mais j’estime pour ma part, qu’on avance en rampant. Alors qu’on peut se mettre debout, courir et accélérer.
« Je pense que notre football a besoin de mon expertise »
Avez-vous vraiment conscience que, comme le disent les dirigeants de clubs, pour pouvoir présider aux destinées de la FIF, il faut ‘’connaître les rouages’’ ?
Il faut être novice pour ne pas savoir ce qu’il se passe dans le football ivoirien. J’ai une ambition pour mon pays. La Côte d'Ivoire mérite un football d’une grandeur à l’instar des pays européens. Je viens de cette école. C’est là-bas que j’ai prospéré. Et j’ai mis des projets en place qui ont réussi. J’ai réalisé mon premier projet en Côte d'Ivoire qui a réussi. Je pense être la personne qui peut porter une nouvelle ambition pour le football ivoirien. Pour les rouages, il y a certains rouages pour lesquels je ne veux pas rentrer et qui ne m’intéressent pas. Ce qui m’intéresse, c’est le développement du football en Côte d’Ivoire.
« Je pense être la personne qui peut porter une nouvelle ambition pour le football ivoirien »
Et si au soir de l’élection, vous n’êtes pas élu président de la FIF ?
On en tirera les leçons. Je suis très confiant. Je suis préparé pour cela. Je pense avoir les arguments pour convaincre les présidents de club. Ils verront vraiment que le football a envie d’évoluer et pour qu’ils puissent enfin arrêter de tendre la main. C’est triste mais c’est la vérité. Ce n’est pas comme ça que je vois le football ivoirien. Les présidents de clubs sont en souffrance. Il faut qu’on arrive enfin à les développer. Et qu’ils aient les moyens de développer leurs clubs.
« Je suis très confiant »
Que souhaitez-vous, avec toutes vos ambitions, qu’on retienne de Souleymane Cissé ?
Souleymane Cissé, c’est quelqu’un d’ambitieux pour son pays, qui est honnête et sincère. C’est quelqu'un qui ne s’engage pas dans les sentiers sans avoir la productivité d’aller au bout. Je suis arrivé à maturité pour pouvoir donner à mon pays ce qui est son droit de ma part. Mon pays a le droit que je donne le maximum de moi-même. Et ce que j’ai, ne doit pas rester lettre morte. Ça doit servir à mon pays. Je me battrai pour que mon devoir soit mené.
Philip KLA