Culture

L’actrice Bienvenue Koffi se déchaîne : « On ne vit pas de ce qu’on fait »

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Le malaise couvait depuis longtemps dans le milieu du cinéma ivoirien. Il a éclaté au grand jour le mardi 24 février 2026, lorsque l’actrice Bienvenue Koffi a poussé un cri du cœur retentissant à la suite d’une scène devenue virale.

Il s'agit de celle de l’acteur et comédien ivoirien, Fortuné Akakpo, accosté dans la rue par des passants, entre admiration et gêne. Cette sortie médiatique intervient quelques jours seulement après la publication d’une vidéo par le célèbre influenceur Apoutchou National.

 Dans cette séquence largement relayée sur les réseaux sociaux, l’influenceur a décidé d’apporter une aide financière et matérielle à Fortuné Akakpo, figure emblématique du cinéma ivoirien, dont la situation précaire a ému de nombreux internautes. C’est dans ce contexte que Bienvenue Koffi a décidé de briser le silence.

Dans une déclaration poignante, l’actrice n’a pas mâché ses mots. « Fortuné, l’une des icônes du cinéma ivoirien et africain, se faire accoster dans la rue… franchement, c’était à la fois un moment plaisant et gênant », a-t-elle laissé entendre. Cette intervention dépasse le simple cas de Fortuné. Et pour cause, elle y dresse un constat accablant sur les conditions de vie des acteurs en Côte d’Ivoire. « On ne vit pas de ce qu’on fait, et cela commence par les producteurs, à travers les cachets qu’ils versent aux acteurs et actrices », affirme-t-elle.

Pour elle, les paiements des tournages sont souvent dérisoires. « À quel moment peut-on investir ? À quel moment peut-on vivre dignement ? », interroge-t-elle. Non sans citer son propre parcours pour illustrer la situation. Dans la série télévisée "Faut pas fâcher", elle a affirmé avoir été payée 20 000 FCFA par épisode. Une somme à partir de laquelle elle devait financer elle-même ses tenues, son maquillage, ses chaussures et son transport. 

Le contraste est saisissant. Car adulés à l’écran, reconnus dans la rue, invités à des événements, les acteurs ivoiriens donnent l’image de la réussite. Pourtant, selon Bienvenue Koffi, cette reconnaissance publique ne se traduit pas en sécurité financière. « Quand on sort, on est des stars dehors. Mais est-ce que vous connaissez nos réalités ? »

Elle pointe également du doigt un déséquilibre dans la répartition des revenus au sein de l’industrie, accusant certains producteurs de concentrer les bénéfices. « Les producteurs ont tout l’argent du monde, mais ils ne veulent pas bien payer les artistes que nous sommes. Donc, ce sont seulement eux qui doivent réussir ? », a-t-elle expliqué. 

Au-delà des producteurs, l’actrice évoque aussi le manque de soutien institutionnel. Dépôts de courriers dans les ministères, projets sans réponse, absence d’assurance maladie, inexistence de véritables mécanismes de protection sociale : le tableau est sombre.

Elle dénonce également l’hypocrisie de certains internautes qui critiquent les appels à l’aide des artistes, estimant qu’ils sont déjà privilégiés parce qu’ils passent à la télévision. « Quand la mort frappe, vous êtes les premiers à remplir les réseaux sociaux de RIP. Mais quand il faut payer 5 000 FCFA pour venir nous soutenir à un spectacle, on ne vous voit pas », a-t-elle déclaré. 

Pour Bienvenue Koffi, Fortuné Akakpo n’est pas un cas isolé. D’autres figures du cinéma ivoirien, parfois très respectées, vivraient dans des conditions similaires, mais n’oseraient pas en parler par honte. Le geste d’Apoutchou National aura donc eu le mérite d’ouvrir un débat national sur la condition des artistes en Côte d’Ivoire. Mais pour l’actrice, l’émotion suscitée sur les réseaux sociaux ne suffit pas.

Son coup de gueule résonne aujourd’hui comme un appel à une réforme structurelle du secteur. C'est-à-dire avoir meilleure rémunération, contrats plus équitables, protection sociale, reconnaissance institutionnelle. L’affaire « Fortuné accosté dans la rue » aura peut-être marqué un tournant. Car derrière l’indignation et la viralité, une question demeure : comment un pays peut-il célébrer ses icônes à l’écran, tout en les laissant vivre dans la précarité hors champ ?

Un geste salué par certains, mais qui a également mis en lumière une réalité plus profonde et plus dérangeante. C'est-à-dire la précarité persistante des acteurs ivoiriens, même les plus expérimentés. Fortuné Akakpo n’est pas un inconnu. Avec plusieurs décennies d’expérience dans le secteur du cinéma, il fait partie de ces visages qui ont marqué des générations de téléspectateurs. De productions locales en séries populaires, son talent et sa constance ont contribué à façonner l’identité du cinéma ivoirien moderne.