
Ces unités industrielles représentent plus de 150 000 tonnes de capacité annuelle de transformation, un volume considérable pour la stratégie nationale de transformation locale du cajou.
Un programme fragilisé depuis son lancement
Le programme CCA–BNI a été lancé il y a environ quatre ans par le Conseil Coton-Anacarde (CCA) et le Conseil interministériel afin de soutenir la transformation locale du cajou. À son lancement, quatorze transformateurs nationaux participaient à cette dynamique industrielle. À l’origine, le dispositif reposait sur un simple descriptif de fonctionnement entre les différentes parties. Mais au fil du temps, de nombreuses difficultés sont apparues dans la mise en œuvre du programme, notamment des problèmes de coordination entre les acteurs et surtout des retards répétés dans la mise en place des financements par la BNI.
Les trois premières années, ces financements ont été accordés très tardivement, souvent en avril ou en mai, alors que la campagne cajou touchait déjà à sa fin et que l’essentiel de l’approvisionnement en noix était déjà réalisé.
Ces retards ont fortement fragilisé les entreprises concernées. Plusieurs transformateurs ont été contraints de cesser leurs activités et aujourd’hui ils ne sont plus que six.
Les six entreprises encore actives dans le programme — IVORY CASHEW NUTS, SITA SA, SOBERY, FOODS’CO, NORD CAJOU et COPRODIGO — participent depuis quatre ans à ce dispositif et représentent à elles seules plus de 70 000 tonnes de capacité annuelle de transformation.
Cette année encore, alors que la campagne a ouvert le 9 février, les transformateurs concernés n’avaient toujours pas obtenu, au mois de mars, le renouvellement de leurs lignes de financement par la BNI.
Une convention cadre toujours non appliquée
Face aux difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du programme, le Conseil interministériel des matières premières et le Conseil Coton-Anacarde (CCA) ont décidé en 2024 d’instaurer une convention cadre tripartite d’approvisionnement et de financement d’une durée de trois ans afin de fixer clairement les règles, les responsabilités et les obligations de chaque partie. L’objectif de cette convention est notamment de fixer des règles claires afin d’éviter, entre autres, les retards de financement qui fragilisent depuis plusieurs années les transformateurs nationaux.
Validée par le Conseil interministériel il y a plus d’un an, cette convention prévoit que la BNI mette en place les lignes de financement annuelles des transformateurs au plus tard deux mois avant le début de chaque campagne cajou.
Cependant, si le Conseil Coton-Anacarde a signé cette convention cadre, la BNI refuse toujours d’y apposer sa signature, empêchant ainsi son entrée en vigueur.
D’autres transformateurs exclus du dispositif
En parallèle, plusieurs autres transformateurs nationaux restent totalement exclus du dispositif : STNC, IVOIRE ANACARDE-BOZY, TINC, CABEL, AFRIQUE AGRI INDUSTRIE et AFRICAJOU.
Ces entreprises représentent près de 80 000 tonnes de capacité annuelle de transformation et doivent se débrouiller par leurs propres moyens pour accéder à la matière première.
Un enjeu pour la transformation locale
Le programme CCA–BNI avait été conçu pour soutenir les transformateurs nationaux et favoriser l’émergence de champions industriels ivoiriens dans la filière cajou. Aujourd’hui, plus de 150 000 tonnes de capacité industrielle nationale sont directement affectées par les dysfonctionnements de ce mécanisme, alors même que ces investissements avaient été réalisés pour accompagner la stratégie d’industrialisation du pays.Pour plusieurs acteurs du secteur, le programme CCA–BNI reste en lui-même une initiative pertinente pour soutenir la transformation locale du cajou. Toutefois, sans la mise en place effective de la convention cadre tripartite qui doit en fixer les règles de fonctionnement, ce dispositif peine à fonctionner correctement et risque de fragiliser davantage les transformateurs nationaux. Dans les faits, certaines entreprises qui ont réussi à mobiliser des financements auprès d’autres partenaires, dans l’attente des financements tardifs de la BNI en fin de campagne, ont néanmoins pu bénéficier du programme et augmenter fortement leurs volumes de transformation.
Dans ce contexte, la résolution rapide de cette situation apparaît désormais essentielle afin de préserver les investissements réalisés et relancer durablement la transformation locale du cajou en Côte d’Ivoire.
Contacté par téléphone ce lundi 09 mars 2026, le service de communication de la BNI a affirmé suivre ce dossier de près depuis plusieurs mois. Selon notre interlocuteur, l'absence de réaction officielle de la direction générale témoigne d'une situation sous contrôle : « Si la gravité des faits était avérée, le Directeur Général se serait déjà exprimé lors d'une conférence de presse. Des journaux ont déjà écrit sur la situation », a-t-il soutenu.
Venance KOKORA
