Économie

Autosuffisance alimentaire : La Côte d'Ivoire s'inspire du modèle égyptien

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Le poisson occupe une place centrale dans le quotidien et l’identité culinaire de la Côte d’Ivoire. Il constitue la toute première source de protéines animales pour la population.

Pourtant, derrière cet engouement, se cache un défi de taille, puisque la production locale ne suffit plus à nourrir le pays. Pour combler ce fossé, Abidjan a décidé de regarder au-delà de ses frontières et de s'inspirer d’une véritable Success Story continentale. Après avoir sollicité l'expertise du Brésil pour moderniser sa filière viande, la Côte d’Ivoire se tourne désormais vers le savoir-faire de l’Égypte pour opérer sa révolution aquacole.

Une alliance stratégique entre Abidjan et Le Caire

C'est au cœur de la capitale égyptienne que les bases de cette nouvelle ambition ont été jetées. Le ministère ivoirien des Ressources animales et halieutiques a officialisé un protocole d’accord historique avec l’Autorité générale égyptienne pour le développement des ressources halieutiques.

Ce partenariat ne se résume pas à une simple signature sur un document officiel. Il s'agit d'une feuille de route ambitieuse destinée à intensifier la coopération dans les domaines de la pêche, de l’aquaculture et de la protection du milieu marin.

Le modèle égyptien, une réussite inspirante pour le tilapia

Le choix de l’Égypte est loin d'être le fruit du hasard. En l'espace d'une décennie, le pays des pharaons s'est imposé comme le géant incontesté de la production halieutique en Afrique. Selon les données du Département américain de l'agriculture, la production égyptienne a bondi de 35% en quelques années, passant de 1,48 million de tonnes en 2014 à un volume impressionnant de 2 millions de tonnes en 2023. La véritable prouesse de ce modèle réside dans sa structure. L’aquaculture porte à elle seule 80% de cette offre globale, soit 1,57 million de tonnes.

Cette performance repose sur un cercle vertueux associant des investissements privés massifs, des infrastructures de transformation modernes et un contrôle sanitaire rigoureux tout au long de la chaîne de valeur. Cette expertise est une mine d'or pour la Côte d’Ivoire car les deux pays partagent une préférence de consommation commune : le tilapia. Depuis près de trente ans, l’Égypte peaufine l’amélioration génétique de cette espèce, optimise les bonnes pratiques d’élevage et pousse la recherche sur les maladies avec l'appui de WorldFish, un organisme mondial de recherche sur l’innovation aquacole. La Côte d'Ivoire pourra également s'approprier des technologies égyptiennes de pointe, comme les systèmes innovants de recyclage de l’eau et l'utilisation d'aliments extrudés.

L'urgence de répondre à une demande galopante

Pour les autorités ivoiriennes, l'enjeu de ce partenariat est avant tout économique et social. Le diagnostic actuel est sans appel. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture indique que la Côte d’Ivoire a consommé 534 000 tonnes de poisson en 2023, alors que sa production nationale stagnait à seulement 92 000 tonnes.

Ce déséquilibre oblige le pays à dépendre massivement des importations, ce qui pèse lourdement sur les finances publiques. Face à cette situation, le gouvernement a propulsé l’aquaculture au rang de priorité nationale. Le Programme stratégique de transformation de l’aquaculture, dévoilé en janvier 2022, affiche un objectif : porter la contribution de ce secteur à environ 500 000 T par an à l’horizon 2030.

Des investissements massifs

Pour traduire cette vision dans la réalité des producteurs, des projets concrets voient le jour. C'est le cas à San Pédro avec le récent lancement du Projet de Développement des Chaînes de Valeur Compétitives de l’Aquaculture et de la Pêche Durable. Déployé sur cinq ans et doté d’un budget de 19 milliards FCFA, ce projet bénéficie du soutien de la BAD, qui le cofinance à hauteur de 85%. Ce programme ne se contente pas de moderniser les installations, il ambitionne de restructurer en profondeur la gouvernance des pêches. En dynamisant l’aquaculture et en rendant les circuits de distribution plus compétitifs, cette initiative prévoit d'impacter positivement la vie de 700 000 personnes, directement ou indirectement. Grâce à l'appui technique de l'Égypte et à ces investissements structurants, la Côte d'Ivoire pose les jalons d'une souveraineté alimentaire durable.