Économie

Lutte contre l'orpaillage illégal : La traque contre les orpailleurs s'intensifie

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Trois cent quatre dragues détruites sur un seul tronçon du fleuve Comoé, à Nassian. Cinquante-six autres à Bassawa, vingt-neuf à Aboisso, dix sur le Sassandra, huit à Okrouyo. Trente-deux personnes interpellées. En une semaine, la gendarmerie nationale a frappé d'Issia à Nassian, de Soubré à Odienné. Cela ne suffira pourtant pas tant que la répression s'arrêtera aux hommes des puits.

Du lundi 17 au mercredi 19 août 2026, les éléments de l'escadron de gendarmerie mobile de Dabakala et l'équipe nautique du Groupement spécial de lutte contre l'orpaillage illégal (GS-LOI) ont détruit 304 dragues sur le fleuve Comoé, aux encablures des villages de Toupé et d'Awahikro, dans la souspréfecture de Nassian. Sur le même tronçon ont également été réduits en pièces 572 concasseurs, 796 tapis de lavage, 361 tuyaux d'aspiration, 385 bidons de 25 litres et 545 bassines. Le chiffre dit à lui seul ce que le pays affronte. Trois cents engins alignés sur une portion de fleuve, ce ne sont pas des chercheurs d'or à la battée. C'est une flotte.

Ce n'est pas l'unique coup de filet de la semaine

Le lundi 17 août, à Pierrekro, souspréfecture de Namané, département d'Issia, l'escadron de gendarmerie mobile de Daloa et la brigade d'Issia ont interpellé 27 personnes et détruit 15 concasseurs, 21 motopompes et 1 100 mètres de tuyaux de raccordement. Le même jour, un détachement de l'escadron et de la brigade de Soubré mettait hors d'usage 10 dragues sur un affluent du Sassandra, près du barrage hydroélectrique de Gribo-Popoli.

Le mardi 18 août, toujours sur le Comoé mais plus au sud, dans le secteur Gbagba-Sirakoro-Assouadié, sous-préfecture de Bassawa, 56 dragues, 112 concasseurs et 225 tapis de rétention ont été détruits. Le mercredi 19 août, de 10 h 10 à 19 h 45, un détachement de l'escadron de Soubré et de la brigade d'Okrouyo, aux ordres du chef d'escadron Ouattara Abdoulaye, est intervenu sur le Sassandra à Mabéhiri 2. Huit dragues et 39 tapis de rétention y ont été détruits, en bonne collaboration avec les pêcheurs bozo installés sur le fleuve, précise le compte rendu de l'unité. Le même mouvement a porté sur Aboisso, avec 29 dragues, 57 concasseurs et 54 motopompes détruits, et l'interception en patrouille d'un véhicule chargé de matériel destiné aux sites clandestins. À Zievasso, près d'Odienné, deux sites ont été démantelés et cinq personnes interpellées.

Six régions, sept localités, une même semaine. Un bilan qui ne fait pas reculer le fléau

La gendarmerie a rendu public le lundi 17 août le tableau de bord de ses sept premiers mois : 953 opérations, 1 114 sites déguerpis, 1 531 interpellations. Réuni le 23 juillet au palais présidentiel sous la présidence d'Alassane Ouattara, le Conseil national de sécurité avait, lui, additionné cinq années d'efforts, plus de 8 500 sites déguerpis depuis 2021 et 4 474 personnes déférées, dont 65 % d'étrangers.

Dans le même communiqué, l'instance constatait la « persistance, voire l'extension » de l'activité. Voilà le nœud. On détruit, on interpelle, on défère, et l'activité repart, souvent quelques jours après le départ des gendarmes. Ce n'est pas un problème de zèle sur le terrain. C'est un problème de cible.

Le mineur ne tient pas la caisse

Les ordres de grandeur disent pourquoi. L'ONG SWISSAID ne recense que 329 kilogrammes de production artisanale déclarée en Côte d'Ivoire en 2022, mais retient une estimation de 30 à 40 tonnes par an pour la production non déclarée au début des années 2020, dont une quantité comparable quitterait le pays clandestinement, via le Burkina Faso et le Mali. Avec un cours de l'once proche de 4 370 dollars le 18 août, ce volume représente théoriquement entre 4,2 et 5,6 milliards de dollars de métal.

Cet argent ne dort pas dans les poches des jeunes gens que la gendarmerie sort des puits. Une étude publiée en 2026 par des chercheurs de l'Université Félix Houphouët-Boigny, menée dans la Nawa entre 2022 et 2025, décrit une hiérarchie de chantier : des travailleurs placés sous l'autorité d'un responsable qui gère les machines, assure l'approvisionnement du site et récupère l'or produit. Ni le propriétaire ni le financier ne sont sur place quand arrivent les gendarmes.

La chaîne des complicités

Entre le financier et le mineur, il y a des relais. Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, l'a reconnu sans détour : un orpailleur clandestin ne s'installe pas dans un village sans passer par les détenteurs locaux des droits sur la terre. Il y a plus gênant. Les chercheurs de l'Université Félix HouphouëtBoigny rapportent avoir assisté à un contrôle au cours duquel des agents chargés de la répression ont d'abord réclamé un million de FCFA par machine, avant qu'un arrangement soit négocié avec le propriétaire. Après paiement, l'exploitation a repris. Quand la répression devient négociable, elle cesse d'arrêter l'activité : elle en augmente simplement le coût.

Quand le voisinage choisit son camp

Le contre-exemple existe. À Mabéhiri 2, ce sont les pêcheurs bozo du Sassandra qui ont accompagné les gendarmes dans la destruction des huit dragues. Ceux qui vivent du fleuve n'ont aucun intérêt à le voir mourir. L'État a fini par en tirer la leçon. Le ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie a lancé ce mois-ci une campagne de signalement, « Ne soyons pas complices par notre silence », relayée par le Centre d'information et de communication gouvernementale. Trois canaux sont ouverts : le 101, le 07 03 94 47 48 et la plateforme participationcitoyenne.gouv.ci. Un site d'orpaillage clandestin ne se dissimule pas : il s'entend, il se voit, il empeste. Ceux qui vivent à côté savent.

Taper plus fort, taper plus haut

Trois cent quatre dragues ne tombent pas du ciel. Elles ont été achetées, transportées jusqu'au fleuve, assemblées, alimentées en carburant. Autant de traces, autant de factures, autant de noms. Le véhicule intercepté à Aboisso avec son chargement le rappelle : la logistique clandestine emprunte des routes bien réelles, et ces routes ont des propriétaires. Trois chantiers s'imposent. Poursuivre les propriétaires de machines, les préfinanceurs et les acheteurs d'or, et pas seulement les manœuvres. Sanctionner les agents publics et les autorités locales convaincus de complicité.

Accélérer la traçabilité de l'or, avec l'appui du partenariat lancé en 2025 avec la Banque mondiale et le World Gold Council. Reste la dimension régionale. L'or extrait dans le nord-est traverse la frontière, se mêle à la production voisine et acquiert une nouvelle origine dans les centres internationaux de négoce. Une cartographie publiée en 2025 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime estime que le JNIM tire des ressources de l'orpaillage artisanal dans certaines parties de la zone frontalière ivoiro-burkinabè. Que 304 dragues aient prospéré à Nassian, à une centaine de kilomètres de cette frontière, ne relève plus du seul dossier environnemental. La gendarmerie fait son travail, et elle le paie. Il faut maintenant que la justice et l'administration fassent le leur, plus haut dans la chaîne.