Économie

Un expert pétrolier attribue la hausse à la pompe à la structure des marchés à terme

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© Droits réservés Le pays vise 200 000 barils par jour à l'horizon 2030
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La hausse des prix du carburant à la pompe en Côte d'Ivoire trouve son origine dans la structure actuelle des marchés pétroliers à terme, où les cargaisons livrables dans les mois à venir se paient plus cher que celles disponibles immédiatement, a affirmé samedi Serge Dioman Parfait, expert international en industrie pétrolière et énergie, au cours d'un entretien téléphonique.

Le marché mondial évolue en situation de « contango », une configuration dans laquelle les prix pour livraison différée dépassent les prix au comptant, selon ce spécialiste. « On n'achète pas les intrants des produits pétroliers au jour le jour. On les achète sur un marché à terme, c'est-à-dire qu'on les achète pour qu'ils soient livrés dans le futur », a-t-il expliqué.

Les tendances annonçaient déjà presque une guerre mondiale 

Cette configuration s'est installée avec la crise du détroit d'Ormuz, dont la quasi-fermeture depuis février a fait bondir les cours mondiaux. « Au moment où se passait la guerre, les tendances annonçaient déjà presque une guerre mondiale. Les prix étaient très hauts, et il fallait acheter les intrants à ces prix-là à ce moment-là », a rappelé l'expert. Les volumes acquis au plus fort de la tension continuent d'alimenter aujourd'hui la consommation nationale, a-t-il poursuivi. « Ce sont ces intrants que nous utilisons encore, même si la guerre n'est plus à son paroxysme. Mais on a acheté à un prix élevé, et cela influe toujours sur les coûts ». 

Que les gens contribuent un peu 

Serge Dioman Parfait a par ailleurs souligné l'ampleur de l'amortisseur budgétaire mis en place par les autorités avant l'ajustement. « Pendant des mois, le gouvernement a essayé de bloquer les prix. Mais à un moment donné, il faut lâcher. Que les gens contribuent un peu », a-t-il déclaré, précisant que la part supportée par les consommateurs demeure inférieure au coût réel de la fourniture.

On ne parle pas du même type de gasoil 

 L'expert a également mis en garde contre les comparaisons établies avec les pays voisins, régulièrement citées dans le débat public ivoirien. « Lorsqu'on fait la comparaison, on ne compare pas que les prix. On compare aussi la qualité des produits », a-t-il indiqué. « On ne compare pas les produits finis pétroliers d'un pays à un autre, parce que les spécifications ne sont pas les mêmes. Quand les gens parlent de gasoil au Burkina Faso ou au Mali, je ne sais pas s'ils ont conscience qu'on ne parle pas du même type de gasoil », a-t-il ajouté. Ces observations interviennent après l'entrée en vigueur, le 1er août, du nouveau barème appliqué à la pompe. Le litre de super sans plomb est passé de 875 à 905 FCFA, soit une progression de 30 francs, et celui du gasoil de 700 à 725 FCFA, en hausse de 25 francs.

Les autorités ont chiffré les prix de vérité, ceux qui reflètent le coût réel de mise à disposition, à 1 120 FCFA le litre pour le super et 894 FCFA pour le gasoil. L'effort budgétaire consenti par l'État pour contenir l'écart avoisine 200 milliards de FCFA à fin août 2026. Le baril, coté à 71 dollars en février, avait atteint 144 dollars en avril avant de refluer autour de 90 dollars le 30 juillet, un niveau qui reste supérieur de près d'un tiers à celui d'avant-crise.

La Côte d'Ivoire produit actuellement 65 000 barils par jour. Le pays vise 200 000 barils par jour à l'horizon 2030 et 500 000 en 2035, grâce à la mise en exploitation progressive des gisements Baleine et Calao.

Yacouba DOUMBIA