Économie

Cacao : le prix du jour et le prix promis

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Un tableau tourne sur WhatsApp et Facebook : six drapeaux, six prix, trois médailles. Le Brésil en or à 3 380 francs le kilo et, tout en bas, la Côte d'Ivoire à 1 200 francs, avec un cadenas et un mot inventé, « planchéifié ». Message implicite : le premier producteur mondial serait le plus mauvais payeur de la planète cacao.

Le tableau compare un prix du jour à un prix promis. Dans les pays du podium, le planteur vend au cours du jour et personne ne lui garantit rien. Les 3 380 francs du Brésil sont ceux d'un matin où la tonne dépasse 6 000 dollars à New York ; en mars, elle valait moitié moins, et la colonne aussi. Le Ghana, seul autre pays à garantir un prix, n'a pas encore fixé celui de sa nouvelle campagne. On photographie un jour de beau temps et on le présente comme le climat.

Chez nous, le prix est promis avant que la première cabosse ne soit fendue. Le Conseil du Café-Cacao vend par anticipation aux exportateurs, des mois avant la récolte, environ 80 % des tonnages attendus. La moyenne de ces ventes donne le prix de référence, dont au moins 60 % reviennent au planteur, le reste allant au fret, aux exportateurs et aux taxes. Ce prix est garanti toute la campagne et opposable à tout acheteur.

Cette année, tout tient au calendrier. Le Conseil a vendu plus de 1,1 million de tonnes entre mars et juin, quand la tonne valait entre 2 100 et 3 800 livres à Londres ; elle en vaut plus de 4 700 aujourd'hui. Les 1 200 francs reconduits mardi par le ministre Bruno Nabagné Koné reflètent la moyenne de ces ventes, pas la cote du 1er septembre. Le gouvernement a retenu le bas de la fourchette proposée, après une campagne à près de 280 milliards de subventions. Si les cours tiennent, ils serviront de base au prix de mars.

Mais la médaille a un revers. En octobre 2025, l'État a promis 2 800 francs sur la foi de ventes conclues au plus haut. Le marché s'est ensuit

e effondré, jusqu'à moins de 3 000 dollars la tonne en février. Les exportateurs ont freiné leurs achats ; 100 000 tonnes sont restées dans les villages, et l'État les a rachetées au prix promis. Ailleurs, le prix a suivi la chute, sans coussin ; le Ghana lui-même a baissé le sien de près de 30 % en pleine campagne. Le planteur ivoirien, lui, a touché ses 2 800 francs jusqu'au dernier jour de février.

Ce n'est pas une lubie du régime actuel : depuis l'indépendance, la Côte d'Ivoire a choisi de promettre un prix à ses planteurs. La libéralisation de 2000 à 2011, sous la Refondation, a donné un « prix indicatif » sans garantie, des planteurs payés autour de 40 % du prix CAF (on a acheté le kilo du cacao ici à moins de 400 Fcfa) et, en juin 2008, une vingtaine de dirigeants de la filière arrêtés pour détournements. La réforme de 2011 a rétabli le prix garanti, ce que le tableau appelle « planchéifié ». Un plancher est fait pour empêcher de tomber.

La déception des planteurs est légitime ; le tableau, lui, ne l'est pas. La stabilisation a ses coûts : vendue trop tôt, une récolte manque la hausse. La libéralisation a les siens : un prix superbe les bons jours, rien les mauvais. Ni Abidjan ni Brasilia ne fixent le cours de Londres ; tout le monde le subit. Reste à savoir qui porte le risque quand le marché se retourne : le planteur seul, ou la filière. Ceux qui rêvent du prix du Brésil devront aussi vouloir ses jours de pluie.

Yacouba DOUMBIA