Économie

Campagne 2026-2027 : Le prix du cacao bord champ pourrait s'établir autour de 1000 FCFA

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À la veille de l'ouverture de la campagne principale, ce 1er septembre, le gouvernement arbitre le prix qui sera payé aux planteurs. Après près de 280 milliards F CFA de subventions consenties sur la campagne écoulée et des ventes anticipées conclues au creux du marché, un prix de vérité se dessine. Avec une certitude : le revenu du producteur restera garanti et sécurisé.

Rachat du stock invendu de 100 000 tonnes à 2 800 FCFA le kilogramme, soutien du prix de la petite campagne malgré des cours dégradés : pour tenir ses engagements envers les planteurs durant la campagne 2025-2026, l'État a déboursé près de 280 milliards de FCFA de subventions, selon les données gouvernementales. C'est fort de ce bilan que le gouvernement s'apprête à annoncer le prix bord champ de la campagne principale 2026-2027, qui s'ouvre ce 1er septembre, un mois plus tôt que par le passé.

Le contexte est connu. À l'ouverture de la campagne 2025-2026, le producteur ivoirien avait touché 2 800 FCFA le kilogramme, un record. Puis les cours mondiaux ont décroché brutalement de leurs sommets historiques, obligeant à ramener le prix à 1 200 FCFA en mars. À aucun moment, pourtant, l'État n'a laissé un planteur avec ses fèves sur les bras : chaque kilogramme livré a été payé au prix annoncé, quitte à puiser dans les caisses publiques.

Des fèves déjà vendues au creux du marché

Pour la campagne qui s'ouvre, la marge de manœuvre se lit dans les contrats déjà signés. Le Conseil du Café-Cacao doit vendre par anticipation près de 80 % de la récolte prévisionnelle avant de fixer une rémunération ferme aux producteurs. Or ces ventes, portant sur plus de 1,1 million de tonnes, ont été réalisées entre mars et juin, dans une période de cours déprimés. Résultat : les fèves de la prochaine récolte ont été cédées à des niveaux qui valorisent le kilogramme autour de 1 200 FCFA. Une fois retranchés les coûts de mise en marché et les charges de la filière, le prix bord champ pourrait s'établir autour de 1000 FCFA le kilogramme, selon plusieurs sources proches du dossier.

Ce ne serait pas un prix de confort, mais un prix de vérité : celui que les ventes déjà réalisées permettent de payer intégralement, régulièrement, sans retour aux subventions qui ont tant coûté au contribuable. L'analyse des cours mondiaux conduite par le gouvernement plaide pour cette prudence : promettre au-delà de ce que le marché donne oblige tôt ou tard l'État à combler la différence à coups de milliards. Le mécanisme n'est d'ailleurs pas figé : si les ventes à venir se concluent à de meilleurs niveaux, une révision à la hausse reste possible lors des prochains rendez-vous de la filière.

Vigilance aux frontières

Un prix prudent aiguisera en revanche l'appétit des trafiquants. Les acteurs de la filière redoutent que les exportations du Ghana, du Liberia et de la Guinée doublent à la faveur de la sortie frauduleuse de l'or brun ivoirien. Le danger n'est pas théorique : chaque tonne qui passe clandestinement la frontière échappe au circuit officiel, celui-là même qui finance le prix garanti et les soutiens aux producteurs. La vigilance devra donc être maximale aux frontières est et ouest du pays.

Le planteur, lui, dispose désormais d'un bouclier : la carte du producteur, dont l'utilisation devient obligatoire pour toute transaction ce 1er septembre, avec la généralisation du Système national de traçabilité. Dotée d'une puce bancaire, elle sécurise le versement du prix garanti directement entre les mains du producteur et met fin aux paiements en espèces au bord champ. À fin mai, plus de 900 000 cartes avaient été retirées sur environ 1,2 million de producteurs recensés. C'est aussi une arme contre la fraude : chaque kilogramme tracé est un kilogramme payé au juste prix.

Les planteurs peuvent donc aborder l'annonce avec sérénité. Quel que soit le niveau retenu, le prix proclamé sera un prix payé, comme la campagne écoulée l'a démontré jusqu'à 280 milliards de FCFA. Et si le redressement du marché se confirme, le producteur en recueillera les fruits dès les prochains ajustements.

Yacouba DOUMBIA