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Sécurité et cadre de vie

À Bouaké, la mairie ouvre un second front

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Après la salubrité, devenue la marque de fabrique de son mandat, Amadou Koné engage la commune aux côtés des forces de l'ordre dans la lutte contre les trafics de stupéfiants. Le maire de Bouaké annonce dans la foulée un autre chantier : une stratégie municipale contre l'incivisme des conducteurs de deux et trois-roues.

Trois années de balais, de pelles et d'engins de curage. Depuis septembre 2023, le « grand ménage » du dernier samedi du mois est devenu à Bouaké un rendez-vous que le premier magistrat de la commune ouvre lui-même, matériel en main. La méthode a valu à la deuxième ville du pays le Prix national d'excellence 2025 de l'initiative d'assainissement et de salubrité. Elle vient de trouver son prolongement sur un terrain autrement plus sensible. « Après la lutte contre l'insalubrité et en relation avec les forces de l'ordre, la Mairie passe à l'offensive dans la lutte contre les trafics de drogues à Bouaké », a écrit Amadou Koné, en saluant le travail des unités de la Police nationale engagées dans la cité. Le ministre des Transports et des Affaires maritimes, également député-maire de Bouaké, ajoute avoir « instruit les services » à l'effet de lui proposer une stratégie contre l'incivisme des conducteurs de deux et trois-roues dans la commune.

Un appui municipal à une bataille déjà engagée

L'annonce ne tombe pas dans un désert. Depuis le lancement de l'opération Épervier XI, l'antenne régionale de la Direction de la police des stupéfiants et des drogues (DPSD) de Bouaké enchaîne les descentes dans les quartiers réputés pour abriter la vente et la consommation de produits prohibés. En juin, les services du commissaire Soro Djiguiba annonçaient la saisie de près de dix tonnes de médicaments de qualité inférieure ou falsifiés, de sept kilogrammes de cannabis et de dizaines de doses d'héroïne, ainsi que la destruction de trois fumoirs à Dar-es-Salam, Kennedy et Air-France. Une part importante des comprimés récupérés servait à la fabrication du cocktail que les jeunes consommateurs appellent le « Kadhafi ». Six personnes avaient été interpellées au terme de la même séquence, et deux autres à Brobo, en juillet, après des dénonciations signalant des ventes de stupéfiants à la gare routière, à portée d'élèves en vacances.

Bouaké nouveau 

Ce que change l'entrée en scène de la mairie, c'est la logistique et la continuité. Une opération de police démantèle un fumoir ; elle ne referme pas le terrain vague, ne restaure pas l'éclairage de la ruelle, ne déloge pas les épaves et les bâtiments abandonnés où le trafic se réinstalle quinze jours plus tard. Ce travail-là relève de la commune, qui a d'ailleurs commencé à s'en donner les moyens : dix motos électriques ont été remises à la police municipale en mars, avec 315 poubelles pour les services techniques, dans le cadre du programme « Bouaké Nouveau ». La sécurité de proximité et la lutte contre l'insalubrité, expliquait alors le maire, sont les deux conditions d'un même cadre de vie.

La jeunesse en ligne de mire

Le 17 août, à la cérémonie de salut aux couleurs nationales de l'Hôtel de Ville, Amadou Koné avait déjà donné le ton devant ses adjoints et les conseillers municipaux. Il les avait invités à une présence plus soutenue sur le terrain et les avait interpellés sur leur rôle dans la lutte contre la consommation et le trafic des produits illicites, un phénomène qui touche d'abord les jeunes. La protection de la jeunesse, avait-il insisté, engage l'avenir de la commune. L'argument porte dans une ville universitaire et carrefour, où convergent les flux du centre et du nord du pays, et où la circulation des médicaments falsifiés s'est greffée sur celle du cannabis. Reste la question que la seule répression ne tranchera pas : celle de la prise en charge. Démanteler les points de vente met les consommateurs à la rue sans les soigner. Une stratégie municipale complète devra dire ce qu'elle prévoit en matière de prévention en milieu scolaire, de repérage et d'orientation des jeunes dépendants vers les structures de soins.

Le prochain chantier : les deux et trois-roues

L'autre instruction du maire vise un désordre que tout Bouakéen connaît. Motos-taxis, tricycles de livraison et engins particuliers ont pris une place considérable dans la mobilité de la cité, avec leur lot de circulation à contresens, de feux grillés, de conducteurs sans casque ni papiers et de trottoirs occupés. Les services municipaux doivent proposer une réponse. La demande a une résonance particulière : elle émane d'un maire qui se trouve être le ministre des Transports. Le dossier ne se réglera pas par la seule sanction. Il suppose une identification des exploitants, un cadre pour les organiser, des aires de stationnement, une signalisation lisible et un travail de sensibilisation dans la durée. Amadou Koné en a lui-même posé le principe en juillet, après l'effondrement meurtrier d'un fromager centenaire à Nimbo, quand il évoquait la nécessité de corriger « le désordre urbain qui s'est installé pendant de nombreuses années ».

De la propreté à la sécurité, la continuité est réelle. Elle sera jugée sur les mêmes critères que le grand ménage : la régularité, et la capacité de la commune à tenir le terrain une fois les caméras parties.

Yacouba DOUMBIA