Économie

Interview

Dr Tidiane Ouattara (DG de l'Agence spatiale de Côte d’Ivoire) : « L'espace n'est pas pour les nantis »

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Directeur général de l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire, Dr Tidiane Ouattara a dédicacé ses trois ouvrages le jeudi 24 septembre 2026 au Parc des expositions d'Abidjan, en marge de la première édition de l’Africa Space Expo (ASPEX). Des ambitions spatiales de la Côte d’Ivoire en passant par la vision du président de la République pour accélérer le développement local, ainsi que les différentes phases de la mise en œuvre effective de la politique spatiale ivoirienne, Dr Tidiane Ouattara nous dit tout. Dans un langage accessible. 

En marge de l’Africa Space Expo (ASPEX) qui se tient du 24 au 26 septembre 2026 au Parc des expositions d’Abidjan, vous faites la dédicace, ce jeudi, de vos trois ouvrages parus récemment aux éditions Mouna. Quelles ont été vos sources d'inspiration pour réaliser un tel exploit en si peu de temps ? 

Effectivement, je viens de publier trois ouvrages qui sont ‘’L'ambition spatiale africaine : performance et durabilité des programmes’’, ‘’L'Afrique à l'ère spatiale : souveraineté, développement socioéconomique et sécurité’’ et ‘’Gouvernance de l'espace en Afrique : modèles, défis et perspectives d'avenir’’. 

Pour répondre à votre question, je dirai mon travail a été guidé par ma passion pour l'espace. Quand vous êtes passionné, l'inspiration arrive. Cependant, il faut dire que ces livres, je ne les ai pas écrits en un mois ou en deux mois. C'est un ramassis d'idées depuis plusieurs années. Et la décision de les éditer est venue après que j'ai été nommé Directeur général de l'Agence spatiale de Côte d'Ivoire. Avant de quitter la scène africaine pour venir sur la scène nationale, j'ai pensé qu'il était mieux et bien de laisser des traces. Et justement, c’est l’une des raisons pour lesquelles j'ai écrit ces livres pour laisser un patrimoine. A travers ces livres, ce sont des mémoires que je partage. Leur avantage est qu’ils sont accessibles à tout le monde. Ils se lisent comme des romans. Ça contribue à la vulgarisation. 

« L'espace n'est pas pour les nantis »

Quel est le message essentiel que vous voulez faire passer à travers ces trois livres ? 

Le premier message, c'est que, voyez-vous, je suis né à l'intérieur du pays et issu de famille très pauvre. Comme pour dire que l'espace n'est pas pour les nantis. L'espace appartient à tout le monde. Le deuxième message que je voulais laisser, c’est qu’on n'a pas le choix. On vit et on subit l'espace. Les journalistes que vous êtes, nous tous, tous ceux qui utilisent les médias sociaux, c'est l'espace. La télécommunication par satellite. Donc l'espace régente notre vie aujourd'hui. A travers ces ouvrages, je fais passer un message à tout le monde pour dire que l'espace est accessible. E c'est vraiment ça qui est le grand message. L'espace est au service de tout le monde.  

« On vit et on subit l'espace »

On retrouve des thématiques comme la souveraineté, la gouvernance et la performance à long terme dans vos ouvrages. Selon vous, y a-t-il urgence pour l'Afrique d’embarquer maintenant dans le train de la révolution spatiale mondiale ? 

Il n'y a pas d'urgence. Il y a une nécessité. Et la nécessité, c'est la formation. Il faut que nos jeunes gens soient formés, qu'ils sachent d'abord de quoi il s'agit. Et ensuite, comment ça se fait. Et, en le sachant, ils deviennent des piliers du développement socio-économique. Comme je l'ai dit, on n'a plus le choix. L'espace est en nous. On ne le sait pas. C'est comme une maladie qui est en nous, qu'on ne découvre pas, qu'on découvre plus tard. Alors, on sera obligé de prendre le bateau. Mais pourquoi ne pas le prendre maintenant ? La nécessité, c'est la formation.

Ensuite, c'est de mettre en place les fondamentaux. A savoir les textes. Parce que si je vous demande, si un satellite tombe en Côte d'Ivoire aujourd'hui, qui va payer ? Qui allons-nous poursuivre ? Comment on va le poursuivre ? Ce n’est pas évidemment que vous ayez les réponses. Vous savez qu'il y a beaucoup d'institutions en Côte d'Ivoire qui font de l'espace. Comment on travaille ensemble pour ne pas que les gens se marchent dessus, mais que les ressources soient bien utilisées. Et comment faire ensemble, en sorte que les jeunes soient impliqués, qu'il y ait beaucoup de création d'emplois ? Mais avec le temps, il faut qu'il y ait beaucoup de compagnies privées ici, ce qui est synonyme de création d'emplois et de richesses.

Est-ce que, quelque part, la Côte d'Ivoire n'a pas pris un grand retard dans ce domaine-là ? 

Je disais sur une chaîne que je n'aime pas le terme retard. Peut-être que le scientifique que je suis, j'ai une autre conception du mot retard. On parle de retard quand vous commencez ensemble. Mais lorsque vous commencez après tout le monde, moi, je dis que nous venons d'arriver. Il y a des pionniers. Mais prenons notre temps pour nous préparer. Sinon, on va mal aborder la chose si on n'est pas bien préparé. Et puis, être en retard par rapport à qui ? On a un retard par rapport à personne ici. Par contre, on doit se poser cette question fondamentale qui est, est-ce qu'on saisit l'opportunité du numérique ? C'est cela qui doit être notre grande question. Et c'est en cela qu'on doit se former, se mobiliser prioritairement.  

« Pour la Côte d'Ivoire, il faut d'abord faire les états généraux de l'espace »

De façon concrète et pratique, comment la Côte d’Ivoire devrait procéder pour mettre en œuvre toute cette politique ? 

C’est bien ce que j'ai écrit dans un de mes livres, ‘’L'Afrique à l'ère spatiale : souveraineté, développement socioéconomique et sécurité’’. Vous allez voir que je ne parle que de la politique et de la stratégie spatiales. La vision est une chose. La politique et la stratégie sont deux autres choses. Pour la Côte d'Ivoire, il faut d'abord faire les états généraux de l'espace. Avant de faire quoi que ce soit, il faut faire l'état des lieux. On saura dès lors qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on ne fait pas. Et ensemble, on va décider où on va. C'est ça, la politique. La politique, c'est une échelle plus basse de la vision. On dit, on veut aller ici, on veut aller là. Et la stratégie nous dit comment y aller. On fera tout ça ensemble.

Dans l'Agence spatiale de Côte d'Ivoire, on va rassembler les Ivoiriens. Vous serez surpris. Des journalistes en passant par les fermiers et bien d’autres travailleurs de tous les secteurs économiques, tous sont importants parce qu’utilisateurs. Chacun ainsi exprimer clairement ses besoins. C'est comme ça qu'on bâtit des priorités. Mais ces priorités ne seront pas différentes de celles du PND 2026-2030. Nous, on vient en tant qu'espace pour apporter les données, les informations et les infrastructures. 

« Dans l'Agence spatiale de Côte d'Ivoire, on va rassembler les Ivoiriens »

Quel est votre sentiment sur cette première édition de l’Africa Space Expo (ASPEX) qui se présente comme le plus grand événement continental du business spatial ? 

C'est une première édition. Et je l'ai dit, la Côte d'Ivoire arrive. Avec la volonté de notre président de la République de faire une grande Côte d'Ivoire. Ce n'est pas un slogan. Vous allez voir dans ces articulations, le numérique, on parle des start-ups, on parle d'agences spatiales. Imaginez, quelques années en arrière, il n'y avait pas tout ça. C'est le constat que vous devez faire. Donc, il y a un mouvement. Et ce mouvement-là, c'est nous, les techniciens, et vous les journalistes, de traduire ça en action. Parce que si vous ne nous accompagnez pas pour la vulgarisation, ça va être difficile. 

Philip KLA