
Pour les pays en développement, et particulièrement, pour les économies africaines, ce conflit pourrait être le déclencheur d’un troisième choc pétrolier dont les conséquences seraient potentiellement dévastatrices. Depuis quelques années déjà, l’économie mondiale évolue sur une ligne de crête. Elle sort à peine d’une succession de crises qui ont profondément ébranlé les équilibres économiques. D’abord, la pandémie de la COVID-19, entre novembre 2019 et mai 2023, qui a paralysé la production mondiale, perturbé les chaînes d’approvisionnement et plongé plusieurs économies dans la récession. Ensuite, la guerre russo-ukrainienne déclenchée le 24 février 2022, qui a bouleversé les marchés énergétiques et alimentaires en provoquant une inflation généralisée.
Aujourd’hui, à peine remis de ces turbulences, le monde se retrouve confronté à un nouveau foyer d’instabilité au Moyen-Orient, région qui demeure le coeur énergétique de la planète. L’histoire économique récente nous enseigne que les crises au Moyen-Orient ont souvent des conséquences majeures sur le prix de l’énergie. Le premier choc pétrolier, déclenché en 1973 à la suite de la guerre du Kippour, avait entraîné une hausse spectaculaire du prix du pétrole entre 1973 et 1974. Le monde avait alors découvert à quel point son économie dépendait de l’or noir. Quelques années plus tard, en 1979, la révolution iranienne, suivie de la guerre Iran-Irak, provoquait un second choc pétrolier.
Le Proche et Moyen Orient : le ventre mou de la planète ?
entraînant une panique généralisée sur les marchés internationaux et un ralentissement brutal de l’économie mondiale. Les conséquences de ce second choc avaient été particulièrement douloureuses pour les pays en développement. Inflation galopante, politiques d’austérité imposées par les institutions financières internationales, montée du chômage : autant de facteurs qui ont profondément marqué les économies du Sud. En Côte d’Ivoire, ce contexte international défavorable avait contribué à l’effondrement des prix du café et du cacao, les deux mamelles de l’économie nationale. Ce retournement brutal avait porté un coup d’arrêt à ce que l’on appelait alors le miracle économique ivoirien.
Quarante ans plus tard, l’histoire est sur le point de se répéter avec les mêmes acteurs. Le Moyen-Orient est de nouveau en feu. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite plus de 20 % du pétrole mondial, ainsi qu’une part importante du gaz naturel liquéfié, est aujourd’hui menacé de paralysie. Une fermeture prolongée de ce corridor stratégique aurait des conséquences immédiates sur l’offre mondiale de pétrole et, par ricochet, sur les prix de l’énergie. La question n’est plus de savoir si les prix vont monter, mais jusqu’à quel niveau et pendant combien de temps. Dans ce contexte, l’inquiétude est particulièrement grande pour les économies en développement. L’augmentation du prix du pétrole renchérit le coût du transport, de l’électricité et de la production industrielle. Elle alimente l’inflation et fragilise les finances publiques.
Crise régionale, conséquences mondiales
Pour des pays encore engagés dans des politiques d’investissement et de transformation économique, un choc énergétique brutal peut rapidement compromettre les perspectives de croissance. Au moment où la Côte d'Ivoire amorce son second miracle, voici que de gros nuages noirs s'amoncellent dans le ciel des relations internationales et le pays ne peut évidemment pas se considérer à l’abri de ces turbulences. Certes, la robustesse de son économie lui a permis de résister relativement bien aux effets de la pandémie de la COVID 19 et aux secousses provoquées par la guerre en Ukraine. Mais nul pays ne peut totalement se protéger d’un choc pétrolier majeur. Face à cette nouvelle donne, il serait illusoire de céder au déni ou de faire la politique de l’autruche. Individuellement comme collectivement, les États et surtout les populations doivent se préparer à affronter des temps potentiellement difficiles.
Cela peut signifier l’adoption de mesures d’ajustement, des réformes économiques ou des politiques de rationalisation des dépenses. Le contexte régional ajoute d’ailleurs une dimension supplémentaire à ces incertitudes. L’avancée du djihadisme dans le Sahel, le retour d’un discours panafricaniste radical et les tensions géopolitiques croissantes sur le continent constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser davantage les équilibres politiques et économiques. L’heure est donc à la lucidité et à la responsabilité. Le monde entre peut-être dans une nouvelle phase de turbulences économiques majeures. Dans un tel contexte, la solidité des institutions, la discipline économique et la cohésion nationale seront les meilleurs remparts pour affronter les tempêtes qui pourraient s’annoncer. L’histoire nous a déjà appris que les chocs pétroliers ne sont jamais sans conséquences. Malheureusement, l’histoire est en train de se répéter au Moyen-Orient. Pendant combien de temps durera cette autre guerre ? Seul le gendarme du monde Donald Trump et son lieutenant Benjamin Netanyahou pourront nous le dire.