Édito

La guerre au moyen-orient et l’ombre d’un troisième choc pétrolier

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Le Moyen et le Proche-Orient sont en feu ! Au petit matin du 5 mars 2026, le monde s’est réveillé avec une nouvelle inquiétante : l’embrasement ouvert entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Au-delà des considérations militaires et géopolitiques, ce conflit met à rude épreuve l’ordre international fondé sur le mul­tilatéralisme et fait planer une menace grave sur l’écono­mie mondiale.

Pour les pays en développement, et particulièrement, pour les économies africaines, ce conflit pourrait être le déclencheur d’un troisième choc pétrolier dont les conséquences seraient potentiellement dévasta­trices. Depuis quelques années déjà, l’économie mondiale évolue sur une ligne de crête. Elle sort à peine d’une suc­cession de crises qui ont profondément ébranlé les équi­libres économiques. D’abord, la pandémie de la COVID-19, entre novembre 2019 et mai 2023, qui a para­lysé la production mondiale, perturbé les chaînes d’appro­visionnement et plongé plusieurs économies dans la récession. Ensuite, la guerre russo-ukrainienne déclenchée le 24 février 2022, qui a bouleversé les marchés énergé­tiques et alimentaires en provoquant une inflation généra­lisée.

Aujourd’hui, à peine remis de ces turbulences, le monde se retrouve confronté à un nouveau foyer d’insta­bilité au Moyen-Orient, région qui demeure le coeur éner­gétique de la planète. L’histoire économique récente nous enseigne que les crises au Moyen-Orient ont souvent des conséquences majeures sur le prix de l’énergie. Le premier choc pétrolier, déclenché en 1973 à la suite de la guerre du Kippour, avait entraîné une hausse spectaculaire du prix du pétrole entre 1973 et 1974. Le monde avait alors décou­vert à quel point son économie dépendait de l’or noir. Quelques années plus tard, en 1979, la révolution ira­nienne, suivie de la guerre Iran-Irak, provoquait un second choc pétrolier.

Le Proche et Moyen Orient : le ventre mou de la planète ?

entraî­nant une panique généralisée sur les marchés internatio­naux et un ralentissement brutal de l’économie mondiale. Les conséquences de ce second choc avaient été parti­culièrement douloureuses pour les pays en développe­ment. Inflation galopante, politiques d’austérité imposées par les institutions financières internationales, montée du chômage : autant de facteurs qui ont profondément mar­qué les économies du Sud. En Côte d’Ivoire, ce contexte international défavorable avait contribué à l’effondre­ment des prix du café et du cacao, les deux mamelles de l’économie nationale. Ce retournement brutal avait porté un coup d’arrêt à ce que l’on appelait alors le miracle économique ivoirien.

Quarante ans plus tard, l’histoire est sur le point de se répéter avec les mêmes acteurs. Le Moyen-Orient est de nouveau en feu. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite plus de 20 % du pétrole mondial, ainsi qu’une part importante du gaz naturel liquéfié, est au­jourd’hui menacé de paralysie. Une fermeture prolongée de ce corridor stratégique aurait des conséquences immé­diates sur l’offre mondiale de pétrole et, par ricochet, sur les prix de l’énergie. La question n’est plus de savoir si les prix vont monter, mais jusqu’à quel niveau et pendant combien de temps. Dans ce contexte, l’inquiétude est particulièrement grande pour les économies en déve­loppement. L’augmentation du prix du pétrole ren­chérit le coût du transport, de l’électricité et de la production industrielle. Elle alimente l’inflation et fragi­lise les finances publiques.

Crise régionale, conséquences mondiales

Pour des pays encore engagés dans des politiques d’in­vestissement et de transformation économique, un choc énergétique brutal peut rapidement compromettre les perspectives de croissance. Au moment où la Côte d'Ivoire amorce son second miracle, voici que de gros nuages noirs s'amoncellent dans le ciel des relations internationales et le pays ne peut évidemment pas se considérer à l’abri de ces turbulences. Certes, la robustesse de son économie lui a permis de résister relativement bien aux effets de la pandémie de la COVID 19 et aux secousses provoquées par la guerre en Ukraine. Mais nul pays ne peut totalement se protéger d’un choc pétrolier majeur. Face à cette nou­velle donne, il serait illusoire de céder au déni ou de faire la politique de l’autruche. Individuellement comme collec­tivement, les États et surtout les populations doivent se pré­parer à affronter des temps potentiellement difficiles.

Cela peut signifier l’adoption de mesures d’ajustement, des ré­formes économiques ou des politiques de rationalisation des dépenses. Le contexte régional ajoute d’ailleurs une dimension supplémentaire à ces incertitudes. L’avancée du djihadisme dans le Sahel, le retour d’un discours pana­fricaniste radical et les tensions géopolitiques croissantes sur le continent constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser davantage les équilibres politiques et écono­miques. L’heure est donc à la lucidité et à la responsabilité. Le monde entre peut-être dans une nouvelle phase de tur­bulences économiques majeures. Dans un tel contexte, la solidité des institutions, la discipline économique et la co­hésion nationale seront les meilleurs remparts pour affronter les tempêtes qui pourraient s’annoncer. L’histoire nous a déjà appris que les chocs pétroliers ne sont jamais sans conséquences. Malheureusement, l’histoire est en train de se répéter au Moyen-Orient. Pendant combien de temps durera cette autre guerre ? Seul le gendarme du monde Donald Trump et son lieutenant Benjamin Netanyahou pourront nous le dire.