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Sa carrière, ses rêves, clashs entre Didi B et Himra… : Bomou Bassa (Artiste et père de Didi B) fait le grand déballage !

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Bassa Bomou Aboubakar alias Abou Bassa ou encore Bomou Bassa, artiste, compositeur et metteur en scène, a décidé de faire un grand déballage sur sa longue et riche carrière musicale. Mais aussi, celui qui est connu pour être le père de l’artiste rappeur, Didi B, nous dévoile, dans cette interview accordée à Lavenir.ci à sa résidence de Bingerville, ses rapports avec son fils, sa position vis-à-vis des clashs entre les artistes de la nouvelle génération, ses regrets face aux autorités… non sans oublier son envie de transmettre toutes ses connaissances acquises. 

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre début au village Kiyi ? 

Au village Kiyi, c’était en 1989, je crois où je suis allé passer l'audition. Et puis voilà, on m'a retenu. Parce que, Wêrê (Wêrê Wêrê Liking, Ndlr) qui disait qu'on sent la volonté en toi mais tu n'as pas vraiment le niveau qu'il faut mais bon, on te prend et on te met à l'essai. Et moi ça, dans ma vie, c'est ce que j'adore, qu'on m'essaye. Parce que comme j'aime travailler, j'aime bosser et j'aime aimer, donc je me suis plié en quatre. Et au bout de deux semaines seulement, Wêrê m'a appelé et m'a dit non c'est bon. Considère que tu es pris. Donc c'est comme ça que ça s'est passé. Et le Village Kiyi, franchement, c'est le plus bel endroit au monde où je pouvais atterrir à ce moment précis. Parce que j'arrive, c'était rempli, il y avait du tout. Tu tournes ici, il y avait du tam-tam, tu regardes ici, il y a la sculpture, tu regardes là, il y a la peinture. Tu regardes là, il y a la danse, il y a le chant, il y a les marionnettes, il y a les masques, il y avait tout. C'était comme si je baignais dans un océan de savoir.

« Je suis un homme accompli »

 Qu'est-ce qui vous a marqué là-bas concrètement ? 

Au village, j'ai appris tout ce que je sais aujourd'hui. Et ce n'est pas en une heure que je vais pouvoir relater, mais franchement, je suis un homme accompli, je suis un homme heureux. Parce qu'il y a des endroits où tu vas pouvoir apprendre un métier, ou une chose, ou telle chose, tu vois. Mais au village Kiyi, Wêrê Wêrê Liking ne formait pas que des danseurs, que des chanteurs, que des percussionnistes, on formait des Hommes. C'est dans la plénitude de la formation, c'est ce que je peux retenir du village. Quand tu sors du village Kiyi, tu es quelqu’un. 

« Au village Kiyi, Wêrê Wêrê Liking ne formait pas que des danseurs, que des chanteurs, que des percussionnistes, on formait des Hommes »

Comment se passaient vos relations avec Wêrê Wêrê Liking et comment elles se passent aujourd’hui ? 

Ça se passe toujours ! Bon, il y avait beaucoup de différentes organisations au village. Il y avait le comité des fondateurs, il y avait le co-fondateur, il y avait le comité des sages, il y avait le comité du travail, il y avait les familles. Et donc, il y avait beaucoup de différentes cellules qui s'étaient créées pour pouvoir résoudre les problèmes. Parce que Wêrê disait que chaque problème spécifique a sa cellule spécifique. Donc, on fonctionnait ainsi. Et ce qui a fait que, bon, on est beaucoup plus éloigné. Parce que chacun est parti de son côté. Mais, il y a des liens qui restent. Et moi, déjà au village, moi j'étais l'enfant spirituel de Wêrê. Et ça tombait bien parce que son ethnie, elle est Bassa du Cameroun. Et moi, je m'appelle Abou Bassa (rire) donc le choix s’est fait tout seul. 

Sinon Wêrê, c'est ma mère spirituelle. On est toujours en contact. Et quand j'ai besoin de quelque chose, je l'appelle et vice-versa. Mais comme un grand enfant, on va de moins en moins voir la maman parce qu'on est un peu fier. On se dit qu’on est assez mû mais, n'empêche que de temps en temps, on a besoin de retourner ‘’téter’’ un peu (rire). 

« Wêrê, c'est ma mère spirituelle »

Comment se fait la rencontre avec Péoula Zéréhoué, la mère de vos enfants ? 

On avait des périodes d'appels à auditions. Et donc, je me souviens, c'est Zadito et Lémy qui sont allés dans une sortie. Ils sont allés au Nandjélé, à l'époque c'était le coin de Houon Pierre (défunt père du défunt artiste DJ Arafat, Ndlr) et puis ils l'ont vu là-bas. Ils lui ont demandé, puisqu’elle danse bien, de venir passer une audition. Bon, en ce moment, il n’y avait pas encore de téléphone portable. 

Voici comment elle est venue au village pour passer son audition. Et moi, j'étais assis comme tout le monde, on a regardé passer l'audition. Mais waouh ! Mais moi, c'est une boule de feu que j'ai vu sur scène. Péoula, c'est une boule d'énergie. Elle peut te faire bouger même quand tu as l'impression que tu es mort. Et là, la flamme s'est allumée entre nous. Et puis c’est parti…

C’est parti tellement loin qu’il y a eu des enfants. Mais comment avez accueilli sa disparition ?

Comme on le sait, pour les personnes chères, c'est un vide qui ne se comblera jamais. Et de toute façon, on ne cherche même pas à combler, on ne cherche pas à fermer. C'est un vide qu'on accepte comme ça, c'est l'œuvre de Dieu. Mais c'est là où ça fait le plus mal, c'est quand il y a des fruits à récolter. Tu te dis que si elle avait été là, tu ne serais pas seul à manger. Parce que, quand on mettait ces enfants-là en route, on se parlait, on se disait des choses.

Vous avez beaucoup voyagé. Et parmi vos nombreux voyages, il y a un qui vous a particulièrement marqué. Celui des Jeux de la Francophonie au Niger. Vous nous en parlez ? 

En 2005, j'étais un collaborateur de Souleymane Koli. Je m'occupais des musiques du Koteba. Et c'est comme ça, quand il a eu le contrat pour la mise en scène de la cérémonie d'ouverture des 5e Jeux de la Francophonie, automatiquement, il m'a confié la musique. Voilà, j'étais avec Cheick Tidjane Seck. Mais comme lui, son programme aussi ne lui permettait pas parce qu’il était en France. Et moi, cette expérience humaine, vraiment, elle m'a marqué à vie. Et je crois que je suis fait pour ça.

Ce sont des choses que je demande encore plus dans ma vie. Puisqu'après ça, on a dû aller faire la même chose au Togo. C'était un spectacle grandiose. Le genre de spectacle qu'on appelle fresque où vous avez près de 600 personnes sur scène ; il y a 200 danseurs, il y a 200 chanteurs et musiciens, il y a des marionnettistes, il y a des acrobates. Ce sont des gigantesques tableaux qui se passent. Et moi, j'avais la charge de la section chant et musique. Alors, je découvre les Peulh, les Touareg du Niger, les Hausa, les Armas, les Beriberi… et ce qui était merveilleux, c'est qu'il faut travailler avec tous ces gens. Et tu n'es pas à Abidjan. À Abidjan, tout le monde parle français. Même celui qui n'est pas allé à l'école parle français. 

Au Niger, le français n'est pas parlé dans la rue comme ça. Alors, on est passé par plusieurs difficultés. Oh, au début, c'était difficile ! Mais moi, j'aime ça. J'aime ce défi. C'est humain. On m'a envoyé quatre traducteurs au début. Après, j'ai vu que le travail prenait du retard. Alors, un matin, j'ai décidé de demander à la direction de renvoyer les traducteurs.

Ils m'ont demandé comment tu vas faire ? J'ai dit que je vais me débrouiller. Alors, je vais auprès des gens et je demande comment dit ‘’levez-vous !’’ ? Ils me disent. Je demande comment on dit ‘’écoutez !’’, j’écris. Donc, j'ai choisi les mots clés, des groupes de mots, avec des gestes. Au départ, c'était difficile, mais au moins, une chose était sûre, c'est que c'est moi qui disais ce que je voulais aux gens. 

Donc, cela a pris juste une semaine, et puis après, ça a roulé. Il y a des gens même qui m'aidaient. Ils apprenaient à savoir ce que je veux dire et donc, ils anticipaient. Et vraiment, ça a fait que, finalement, les gens se donnent à fond dans la création. Parce qu'il y a une relation humaine qui s'est créée. Donc, ils aiment ta façon de leur parler. Et, sans s'en rendre compte, ils aiment ce que tu fais. Ils n'ont pas l'impression d'être dirigés. Ils ont l'impression de participer à une création. Et là, c'est encore plus humain. Moi, j'adore beaucoup mon travail. C’est l’émotion. Mais je t'ai dit que le président Tanja, à l'époque, lors de l’une de nos répétitions, il est descendu. Il est venu me saluer dans la main. Il s'est levé et il est venu me saluer dans la main. Tu vois, ce sont des choses qui te marquent. À ce moment-là, j'aurais bien voulu avoir un photographe pour immortaliser ce moment.  

Mais chaque fois que je parle de ça, les gens ont l'impression que c'est un frustré quelque part. Non !  Il y a une chose qu'il faut remarquer. J'ai dit toujours aux gens, je suis allé représenter le pays. C'est vrai que c'est mon gombo à moi. Mais je suis un musicien et le travail que j'ai fait là-bas, qui honore le pays, qui honore mon nom, le nom de la Côte d'Ivoire, le pays n'a pas reçu la retransmission de ça. Et pour ça, pour rire, souvent, je me dis, si j'étais allé préparer un coup d'Etat, ça se saurait. Parce que quelques années plus tard, les mêmes musiciens du Niger, ils viennent en Côte d'Ivoire pour faire la francophonie, et ils ne me voient nulle part. 

Alors que ce que j'ai laissé comme trace là-bas, pour eux, c'est comme un Dieu. Et puis, ils viennent dans son pays, où il y a la francophonie, lui-même, il n'est même pas balayeur d'une salle pour dire qu'au moins je suis quelque part. Mais ça, c'est dû au fait qu'il n'y a pas de trace. Ce sont nos Etats qui sont ainsi. Moi je ne peux pas m’en plaindre mais c’est un fait que je relève. 

« L’une des choses même qui m'a poussé hors de l'école, c'est l'Histoire »

Qu'est-ce que, concrètement la musique ou la culture a apporté à Bomou Bassa ? 

Mon être ! Le métier que je fais, il m'a forgé. Et ça m'a donné tout. Ça m'a donné moi. Tout ce que je fais. Quelle que soit la manière dont je fais les choses. Quelle que soit la manière dont je pense. C'est mon métier. Et j'ai laissé, à part parler le français, peut-être, j'ai laissé tout ce que j'ai appris à l'école normale, comme on dit là entre guillemets. Parce que l’une des choses même qui m'a poussé hors de l'école, c'est l'Histoire.

C'était en 3e et on était dans un cours d'Histoire et puis j'ai commencé à ne pas comprendre. Mais en fait, je ne savais pas que la révolte qui était en moi, c'était quelque chose de précis. Parce que j'ai commencé à me révolter. Parce qu’en 3e, notre classe était en retard. On a été en retard parce que notre prof de maths est venue deux mois après la rentrée. A l’époque, les professeurs étaient des Français blancs. Et le Professeur principal arrive dans la classe et nous dit que notre prof est là, mais qu'elle a droit à une semaine pour s'acclimater avant de venir à l'école. Mais moi, c’est là que les choses ont commencé pour moi. J'ai dit mais c'est n'importe quoi. La pauvre dame, elle n'en a plus pour son grade. Elle n'avait rien fait dans l'affaire. C'est la coopération qui existe entre nos deux pays. 

J'avais envie d'exprimer quelque chose. C'est comme ça que le déclin à l'école normale a commencé. Mais bon, parler le français, ça c'est quelque chose qui est dans notre famille. Même si tu n'es pas allé à l'école, mon père c'était un conteur. Chaque soir, après le repas, mon père prenait son livre. Il y avait un gros livre qui nous racontait les histoires de Takenga, les contes de la forêt… L’art oratoire, le père avait ça. Je me souviens encore, un de ses passages où il disait, il plongea au fond, tout au fond, bien au fond… il s'arrête et puis il nous dit, vous voyez la différence entre les blancs et les noirs. Pour montrer vraiment la profondeur, on utilise trois mots pour te faire descendre, on dit au fond, tout au fond, bien au fond. 

Quelle est la relation avec vos enfants aujourd'hui ?

Oui, c’est chic ! Une ambiance bon enfant. J'essaie de reproduire ce que mon père a fait avec moi, parce que je n'ai rien à redire de son éducation qu'il m'a donnée. Au passage, je lui dis merci. Mon père était doux et chaud avec nous en même temps. Il manipulait bien la carotte et le bâton, comme on peut dire (rire). En fait, il y a des valeurs qu'il nous a inculquées. Il n'aimait pas le mensonge, il n'aimait pas le vol. Quand tu as réussi à t'éloigner de ces deux choses avec mon papa, tu marches bien. Parce que quand il rentre à la maison, il dit, qui a déplacé mon verre ? Si c'est toi, il faut tout de suite l’avouer. Et quand tu l’avoues, ça divise sa colère par deux. Mais si tu n'avoues pas tout de suite, là, ça va chauffer…

« Je suis un père comblé ! »

Parmi vos enfants, il y a Didi B. Didi B, qui depuis plusieurs années, d'abord avec son groupe Kiff No Beat et puis après, il s'est lancé dans une carrière solo qui ne s'arrête plus. Qu'est-ce que, en tant que père, vous ressentez aujourd'hui lorsque vous voyez votre fils Didi B au sommet de son art ?

Je suis un père comblé ! Je suis un père comblé, je suis un père fier. C'est vrai que comme de nos jours, comme les achats en ligne, souvent la livraison n'est pas identique à la commande qu'on a passée, mais souvent aussi, la livraison est au-delà. Moi, quand mon père me regarde sur scène, il me dit, waouh ! Parce que lui aussi, il a été sur scène. À un moment de la vie, il faut faire un choix. Parce mon père était sur les routes, il était sur la planche. Mais pour bâtir une famille, il a dû s'arrêter. S'arrêter dans une ville.

Aujourd’hui, mon père serait fier de Didi B ! Vous savez, tous les parents... Ce ne sont pas les choses qu'un enfant achète. Ce n'est pas le bien matériel qui apaise le cœur d'un parent. C'est le bien humain. Quand un enfant est humain, il est devenu homme. Il n'est plus un gamin. Il n'est plus à se traîner dans la boue. Il n'est plus un bandit. Tu vois, il n'est pas... Il... Tu sais qu’on ne va pas te dire un jour qu’il a frappé quelqu’un ou bien il a insulté quelqu’un… toutes les choses qui ne plaisent pas aux parents, quand ton enfant s'éloigne de tout ça, c'est là pour toi qu'il devient un homme. Parce que tu n'auras pas à aller le chercher derrière un comptoir de police demain. Parce qu'il aura grugé quelqu'un, ou parce qu'il aura insulté, ou parce qu'il se serait battu. Il est devenu un homme. Il est devenu sage, il est devenu posé. Et il regarde vers l'avenir. 

Parce que toi, ça te donne l'assurance de celui qui va assurer ta petite fille, tes petits-enfants. Alors, comme on le dit, ton demain, ta lignée, est assurée. Parce qu'on ne peut pas s'arrêter aux biens matériels, ce n’est rien. Les gens diront qu’il t’a acheté une voiture, c'est bien beau, c'est vrai. C'est vrai qu'on ne chie pas dessus. Mais ce qui fait le goût de ça encore meilleur, c'est quand ton enfant est devenu un homme. C'est ça, la vraie fierté. 

« Aujourd’hui, mon père serait fier de Didi B ! »

Aujourd’hui, votre fils a grandi. Il est devenu un homme comme vous le dites. Mais comme vous aux côtés de Wêrê Wêrê Liking, est-ce que Didi B vient pour téter de temps en temps ? 

Oui ! Lui, il vient même tout le temps. On n'est pas encore arrivés à là (rire). Et on ne se refuse rien. Il a envie de manger. On a nos plaisirs entre nous. Je ne dirais pas tout parce qu'il y a des animaux qu'on a envie de manger ensemble. Il y a des sons qu'on a envie d'écouter ensemble. Il y a des trucs où il m'appelle pour me dire ‘’ papa tu te souviens ? Il y avait tel son…’’. On a des souvenirs. Il y a toujours ça. Et c'est encore tout frais. Ça ne fait même pas dix ans qu'on se sépare. 

Le succès, ça attise beaucoup de détracteurs. Le Doyen a sans doute remarqué ces derniers temps, dans le milieu de la musique ivoirienne, spécifiquement au niveau du Rap Ivoire, il y a cette guéguerre qui est là. Qu'est-ce que vous en pensez concrètement ? 

Ce que vous appelez la guéguerre, les comparaisons... Moi dans ma famille, j'avais deux oncles, un qui était Africa et un qui était Asec. On était à Sinfra. L’autre, quand son équipe gagne, il prend le drapeau, il traverse la ville à pied. Il marche jusqu'à l'atelier de l'autre. C’étaient des frères. Cette façon de supporter une personne et pas l'autre, ça a toujours existé. Ce qui n'est pas bien, qui est même très dangereux, et je pense que les pouvoirs publics font une grave erreur en regardant ça de loin. Ils devraient prendre ça vraiment avec le plus grand sérieux. Parce que l'outil internet, ce n’est pas nous qui l'avons créé. Il est venu nous dépasser. Il faut rapidement prendre le contrôle.  

Parce qu'une affaire, si on parle du ‘’game’’, répondez-moi, une affaire entre Didi B et Himra, moi, qu'est-ce que j'ai à avoir dessus ? Quand tout le monde me connait pour mon art, je fais de la poésie, quand je fais un post où je commente un tableau, quelque chose de beau, et que quelqu'un vient écrire en bas : ‘’Le vieux, nous, c'est Chétté nous on kiffe’’. Est-ce que c'est poli ? Déjà, il y a une volonté d'impolitesse envers un aîné. Parce que celui qui a écrit ça, ce n'est pas mon ami. S'il était mon ami, il n'aurait pas écrit ça, parce qu'on aurait été d’une autre pensée. 

« Une affaire entre Didi B et Himra, moi, qu'est-ce que j'ai à avoir dessus ? »

Maintenant, le fait que tu aimes Himra, mais tu le soutiens, tu écoutes ses musiques, tu achètes ses produits. Vous êtes dans mes posts en train de dire à longueur de journée ‘’J'aime Himra, c'est Chétté on kiffe’’. Chétté, le pauvre, il fait un concert au Parc des Expositions, on ne voit personne. Ce que je veux dire, ce n'est même pas les artistes qui amènent ça. C'est la population qui commence à avoir un amour développé pour la haine. 

« C'est la population qui commence à avoir un amour développé pour la haine »

Parce qu'il faut que les gens fassent attention. C'est ce que je veux montrer. Ce dont je veux parler là, ce ne sont pas les fans de Didi B qui dérangent, ou les fans de Himra qui dérangent. C'est comme dans une guerre. Quand les deux camps commencent à s'affronter, il y a des gens qui profitent de la marmaille pour aller voler. Il faut justement retirer ces gens. Il faut les localiser. Les pouvoirs d'État qui ont le pouvoir de faire ça, il faut les localiser tous ceux qui sont, de par leurs posts, en train de créer de la haine ou des tensions, il faut les localiser. 

« Ce ne sont pas les fans de Didi B qui dérangent, ou les fans de Himra qui dérangent »

Parce que quand tu vas sur Internet, tu as 30.000 j'aime ou 50.000 ‘’machettes’’. Mais quand on va au Parc des Expositions, on te demande 10.000 places seulement. On ne vous voit pas. Parce que quand tu aimes un artiste, tu montres ça par l'achat de ses œuvres. Ce n'est pas en allant déranger quelqu'un que tu aimes un artiste. Tu vois comment c'est biaisé. 

« Je me dis qu'il est temps de transmettre »

Revenons à votre événement intitulé ‘’Comment créer une musique de spectacle’’. Il s'agit de quoi exactement et pourquoi une telle initiative maintenant ? 

Je me dis que je m'arrête à mi-parcours, je regarde derrière, je vois le travail abattu, je vois la connaissance amassée, je prends acte de ce que j'ai reçu comme don. Je me dis qu'il est temps de transmettre. On n'est pas devin. On ne sait pas le jour où on partira. Je ne veux pas que cette phrase à mon niveau, où on dit un vieil Africain qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Le peu que j'ai appris de ce que j'ai aimé faire, je veux transmettre ça. C'est vraiment le besoin et l'envie de transmettre.

Il faut dire une chose, il y a trois ans, j'étais pour un atelier au Sénégal. La dame qui a son école, qu’on appelle ‘’Ecole des Sables’’, Germaine Acogny. J'étais pour un atelier avec une Américaine et Germaine Acogny était surprise. Elle m'a demandé d'où je venais. J'ai dit que je venais de la Côte d'Ivoire. Elle m'a demandé si je résidais sur le continent. Elle m'a dit que c'est la première fois que je vois un musicien Africain composer pour la danse contemporaine. Ça m’a fait tic ! J’étais surpris ! Demandez à toutes les compagnies de danse contemporaine que vous connaissez. 90% des compagnies des groupes africains, ils vont prendre des CD des musiques déjà faites et puis ils dansent dessus. Mais les gens qui appellent un musicien qui regarde la danse et qui crée une musique en fonction de ce qu'il voit : Abou Bassa ! C'est sûr que je vais le transmettre. Parce que c'est un art ! Ce n'est pas faire du bruit quand quelqu'un danse. C'est comprendre sa gestuelle. C'est danser avec lui. C'est ce que je vais transmettre. 

Concrètement, comment ça va se passer ? 

Ceux qui ne seront pas présents, ce serait dommage pour eux.  Parce que je ne peux pas vous dire comment ça va se passer (rire). Sinon, ça serait intéressant ! Ça serait enrichissant ! Pour ceux qui voudront bien apprendre une technique, je ne dis pas que j'ai la meilleure technique, mais vraiment, j'ai l'une des techniques qui a le plus fonctionné. J'ai fait combien d'années de tournée avec la compagnie Tchétché avec Souleymane Koly, parce que j'ai fait la musique pour ses pièces de théâtre. J'ai fait la musique pour les pièces de théâtre de Sidiki Bakaba. J'ai fait la création de la musique de la cérémonie d'ouverture du 5e Jeux de la francophonie. C'est affûté. Parce que j'apprends aussi. 

« J'ai fait la création de la musique de la cérémonie d'ouverture du 5e Jeux de la francophonie »

Tout au long de ma carrière, j'apprenais à faire ça. Avec beaucoup de recul, une personne derrière moi et non des moindres, m'a dit, tiens, tiens, c'est la première fois que je vois un musicien africain. Effectivement, je viens à Abidjan ici, je regarde ce qu'il se passe et il n'y en a pas. Même si tu en trouves deux ou trois aujourd'hui, ils vont te dire qu'ils ont vu Abou Bassa faire. Donc, mon devoir aussi est de les aider. Ceux qui sont déjà sur le chemin, je veux qu'ils viennent pour que je puisse aussi ajouter. Parce que quand quelqu'un a fait quelque chose avant toi, il a sûrement un moyen plus rapide d'y arriver. De par ses erreurs, de par ses errements, de par ses trébuchements. Donc, c'est ça que je veux donner.

Est-ce qu'après ça, il y a d'autres qui sont prévues ? 

Il y a Wêrê Wêrê Liking qui disait : quand l'élève est prêt, le maître apparaît. Moi, j'ai pris l'initiative. Ça, c'est la première formation. Il y avait déjà des gens qui m'ont appelé il y a deux ou trois ans pour aller au Mali. Je suis allé au Mali et j'ai donné une formation. Ça, c'était un organisme blanc qui m’a dit de venir faire la formation. Moi, je suis allé voir l'Institut Goethe pour nous soutenir pour cette formation. C'est une ébauche, c'est un premier pas. À défaut de créer une école spéciale pour ça, ça va susciter beaucoup d'autres moyens. Alors si ponctuellement, il y a un groupe qui se réunit, nous, chaque deux mois, on a un peu d'argent on a pu réserver une salle, on vient et on donne la formation. Il faut créer aussi l'envie. C'est pour ça qu'il ne faut pas déborder les gens avec mille formations. 

Arsène Lohouré