
Cette arrestation résulte d’une opération conjointe menée par l’Unité de lutte contre la Criminalité Transnationale Organisée (UCT), la Direction de la Police forestière et de l’Eau du Ministère des Eaux et Forêts (DPFE-MINEF), ainsi que l’ONG EAGLE-Côte d’Ivoire, qui a apporté une assistance technique. Grâce à cette collaboration, le suspect a été intercepté alors qu’il venait de convoyer l’ivoire depuis Grand-Bassam jusqu’à Abidjan, où il comptait le commercialiser.
Afin d’échapper à la vigilance des forces de l’ordre, il avait pris soin de dissimuler les pointes d’ivoire dans un sac de voyage avant de se rendre dans une enceinte de Yopougon, lieu choisi pour la transaction. Cependant, son stratagème n’a pas résisté à la traque des enquêteurs. Pris en flagrant délit de détention, de circulation et de commercialisation illégale de produits fauniques, le prévenu a été placé en garde à vue à l’UCT le jour même. Trois jours plus tard, le 6 mars, il a été déféré au Pôle pénal et financier d’Abidjan, puis placé sous mandat de dépôt à la prison d’Abidjan (ex-Maca), dans l’attente de son procès.
Selon la loi N°2024-364 du 11 juin 2024 relative à la gestion de la faune, le contrebandier encourt une peine allant de dix à vingt ans de prison, assortie d’une amende comprise entre 10 et 100 millions de francs CFA. Au-delà de ce cas, l’affaire rappelle l’ampleur du trafic d’ivoire. En effet, bien que le commerce international de l’ivoire soit interdit depuis 1989, les populations d’éléphants continuent de décliner. Chaque année, entre 20.000 et 30.000 éléphants sont tués pour leurs défenses, soit l’équivalent de 50 à 80 individus par jour, selon le WWF.
La situation est particulièrement préoccupante en Afrique de l’Ouest. D’après un rapport de l’UICN publié en 2016, la population d’éléphants y oscillerait entre 2.500 et 11.000 individus. En Côte d’Ivoire, on en compterait à peine 200 à 600, dont une centaine dans le parc national de la Comoé. Une population fragile, qui nécessitera plusieurs décennies pour se reconstituer. Deux facteurs majeurs expliquent cette baisse drastique : d’une part, la demande internationale d’ivoire qui alimente le trafic illégal ; d’autre part, la destruction de l’habitat des éléphants, liée à l’agriculture industrielle et aux occupations anarchiques des terres.
Ainsi, l’interpellation de Yopougon illustre à la fois l’efficacité des forces de l’ordre et l’ampleur du défi à relever pour protéger une espèce emblématique, menacée de disparition.