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Accusé de viols en série : « Coach Medhi » remis à la justice ivoirienne par le Mali

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Deux mois après son interpellation en territoire malien, l'influenceur Medhi Sabraoui, visé en Côte d'Ivoire par des plaintes pour viols, agressions sexuelles et violences, est désormais entre les mains de la justice ivoirienne. Dix-sept femmes ont été accueillies par le ministère de la Femme dans ce dossier.

Les autorités maliennes ont remis à la justice ivoirienne le nommé Medhi Sabraoui, connu sous le nom de « Coach Medhi », a appris LAvenir.ci ce jeudi 29 octobre 2026. Le créateur de contenus, visé par plusieurs plaintes pour des faits présumés de viols, d'agressions sexuelles et de violences, avait quitté le pays après l'éclatement de l'affaire, à la fin du mois d'avril. Interpellé au Mali autour du 20 août grâce à la coopération policière entre Abidjan et Bamako, il était depuis détenu par les autorités maliennes, le temps que la procédure de remise aboutisse.

L'affaire remonte au 24 avril 2026, date des premières dénonciations selon le ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfant. En quelques jours, plusieurs jeunes femmes ont décrit face caméra, sur les réseaux sociaux, un même scénario fait de harcèlement, de viols et de violences physiques et psychologiques. Le contraste avec le personnage public était saisissant : sur TikTok comme sur les plateaux de la NCI, « Coach Medhi » prodiguait des conseils sur les relations amoureuses et la vie de couple, et se présentait encore, peu avant le scandale, dans l'émission « Les femmes d'ici », comme un homme incapable de tomber amoureux depuis une infidélité subie.

Dix-sept femmes prises en charge

Dès le lendemain des premières révélations, le ministère dirigé par Nassénéba Touré a condamné les agissements présumés, saisi la justice et activé des cellules d'écoute et d'accompagnement psychologique et juridique. Dix-sept femmes ont été accueillies par ses services, selon le communiqué du 22 août, et une plainte collective a été déposée au nom des victimes prises en charge. Le procureur de la République a également été saisi par la Ligue ivoirienne des droits des femmes (LIDF), qui réclamait début août des nouvelles de l'avancement du dossier, de crainte qu'un long silence n'entame la confiance des plaignantes dans la justice.

L'interpellation au Mali avait suscité un premier soulagement, vite tempéré. Après avoir annoncé le 22 août que le mis en cause était « à la disposition des autorités judiciaires compétentes », le ministère précisait le lendemain qu'il demeurait aux mains des autorités maliennes, dans le cadre de la procédure en cours. Deux mois ont donc été nécessaires pour que la remise devienne effective. « Aucune violence, aucun viol ne demeurera impuni », avait promis le ministère, tandis que la LIDF, par la voix de Marie Bénédicte Kouadio, voyait dans l'arrestation « un premier pas en vue de rassurer les victimes ».

Le mis en cause, qui s'est exprimé lors de directs TikTok avant son arrestation, conteste les faits et affirme ne pas connaître la plupart des plaignantes. Il bénéficie de la présomption d'innocence, et le ministère lui-même a rappelé qu'il revenait à la justice, dans le respect de son indépendance, d'établir les responsabilités. Les articles 403 et 404 du Code pénal punissent le viol de cinq à vingt ans d'emprisonnement, la peine pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement à vie dans les cas aggravés prévus par la loi.

Le dégel entre Abidjan et Bamako se vérifie sur le terrain judiciaire

Au-delà du dossier lui-même, cette remise en dit long sur l'état des relations entre la Côte d'Ivoire et le Mali. Depuis l'arrestation de 49 soldats ivoiriens à Bamako en juillet 2022, dont 46 condamnés à vingt ans de prison avant d'être graciés en janvier 2023, puis la sortie du Mali de la CEDEAO en janvier 2025, les rapports entre les deux capitales s'étaient durablement dégradés. Les canaux policiers et judiciaires n'ont pourtant jamais été totalement coupés : les deux pays restent liés par des accords de coopération en matière de justice, qui prévoient notamment la remise réciproque des personnes poursuivies. Le réchauffement observé ces dernières semaines, marqué à la mi-octobre par la visite annoncée à Bamako du patron du renseignement extérieur ivoirien, Vassiriki Traoré, à l'invitation de son homologue malien, trouve ici une traduction concrète : un suspect de droit commun réclamé par Abidjan a été livré sans heurt.

Pour les plaignantes, l'essentiel se joue désormais devant les juridictions ivoiriennes. Le mis en cause devrait être présenté aux magistrats en charge du dossier, à qui il reviendra de décider des suites, de l'ouverture d'une information judiciaire à l'éventuel placement en détention. Six mois après les premiers témoignages, l'affaire « Coach Medhi » entre dans sa phase judiciaire, la seule qui puisse départager les accusations des dénégations.

Yacouba DOUMBIA