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Burkina Faso : Des soldats enterrés en secret à Fada N’Gourma

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À Fada N’Gourma, une troisième vague de soldats issus des Eaux et Forêts doit sera enterrée ce mardi 3 mars 2026 dans la plus grande clandestinité, loin des hommages officiels et loin des regards.

Selon plusieurs sources locales, les autorités de Ouagadougou ont ordonné que ces inhumations se fassent discrètement pour ne « pas éveiller de soupçons ». Déjà 41 corps ont déjà été enterrés lors des deux précédentes vagues, sans cérémonie, sans annonce publique, et sous la menace implicite du silence : familles interdites de filmer, de publier, ou même de poser des questions. Ce mardi donc, une troisième vague viendra s’ajouter à cette série de funérailles fantômes, dans un climat où la peur rivalise avec l’indignation.

Le récit qui remonte du terrain a de quoi glacer. Parmi les soldats tombés, figurent plusieurs jeunes, des recrues nées en 2004, formés en 45 jours et envoyées en mission dans des conditions qualifiées d’« indignes » par des proches. Selon des témoignages, les jeunes éléments ont été abandonnés sur le terrain, sans armes lourdes, la veille de l’attaque, après le retrait inattendu et précipité d’une unité militaire. Les garçons avaient supplié qu’on leur laisse les armes lourdes. En vain. Plus troublant encore : le commandant de l’unité impliquée dans cet abandon présumé, une unité que des sources appellent déjà « fantôme » tant son rôle demeure opaque, a été convoqué par les autorités militaires. Il ne s’est jamais présenté.

Dans les milieux sécuritaires, l’affaire suscite colère, gêne et malaise. Dans les familles, elle renforce le sentiment que les morts officiels sont célébrés, mais que les morts gênants sont enterrés dans l’ombre. Dans le pays, elle ajoute une pierre à l’édifice d’un climat où la vérité semble de plus en plus difficile à exhumer… Tout comme les corps qu’on enterre en silence.

Yacouba Doumbia