
D’abord, tout est parti d’un « flagrant délit » constaté sur les réseaux sociaux. Les élues anti-esclavagistes Mariam Mint Cheikh et Ghamou Achour ont été inculpées pour « atteinte aux symboles de l’État » après avoir diffusé en direct des critiques virulentes contre Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et son gouvernement. Ensuite, la levée de leur immunité parlementaire, permise par une loi sur la cybercriminalité, a ouvert la voie à leur incarcération sans vote de l’Assemblée nationale.
Par ailleurs, cette loi, censée encadrer les infractions numériques, s’avère être un outil redoutable : elle permet de qualifier d’« insultes aux institutions » de simples propos critiques. Ainsi, la notion de flagrant délit devient une arme juridique pour accélérer les procédures et neutraliser les voix dissidentes. En outre, la situation prend une dimension humaine dramatique . Mariam Mint Cheikh est détenue avec son nourrisson de trois mois. Ce détail, loin d’être anodin, choque l’opinion et accentue la perception d’une répression implacable.
Enfin, l’opposition dénonce une « campagne de stigmatisation » visant à réduire au silence les militantes issues de la communauté haratine. Elle y voit une attaque frontale contre la démocratie, d’autant plus paradoxale que le pouvoir évoque depuis des mois l’ouverture d’un dialogue national.
Le dossier a déjà été transmis au tribunal correctionnel, les deux élues devraient être jugées dans un délai de vingt-neuf jours. Mais pour beaucoup, le verdict politique est déjà tombé . En Mauritanie, critiquer le président peut désormais mener tout droit derrière les barreaux.