
M. Assalé Tiémoko a toujours porté cette double casquette pour mener des combats citoyens. Des combats qui transcendent parfois les régimes politiques. Libre-penseur, c'est cela qui l'a révélé au public. Il en a été déjà une première fois martyr en goûtant à la prison sous un pouvoir précédent. Une expérience qui l'aura, sans doute, précipité sur le terrain politique pour de bon. Si tous les citoyens doivent jouir de la liberté d'expression consacrée dans le préambule de notre Constitution, l'homme politique est appelé, lui, à en profiter davantage pour la bonne conduite de la société. Même s'il advienne qu'il fasse des erreurs, il mérite d'être traité différemment en tenant compte des circonstances de son discours. Le discours politique étant un art à part qui nécessite une analyse plus froide, tolérante et moins passionnée. A ce titre, taire une personnalité de la trempe actuelle de Antoine Assalé Tiémoko, c'est porter un coup direct et grave à la liberté d'expression.
Convoquer et entendre Assalé Tiémoko sur des aspects de son discours, c'est un fait. Mais, le mettre en garde à vue ou sous un possible mandat de dépôt serait une erreur grave, un coup de canif sérieux contre notre jeune démocratie
Convoquer et entendre Assalé Tiémoko sur des aspects de son discours, c'est un fait. Mais, le mettre en garde à vue ou sous un possible mandat de dépôt serait une erreur grave, un coup de canif sérieux contre notre jeune démocratie. A moins de disposer de preuves de faits ou manœuvres graves dont le peuple, pour la stature de l'homme, mérite d'en savoir. Oui, le droit de savoir pour éviter d'allumer la flamme des spéculations parfois brûlantes et plus graves que les faits eux-mêmes. Auquel cas, s'il n'en tient qu'aux diffamations et démagogies - coutumières du reste dans les discours politiques - la justice peut rappeler à l'ordre leurs auteurs, certes pour servir d'exemplarité. Mais, les portes du bagne ne doivent s'ouvrir pour de simples prises de parole. La liberté de parole doit demeurer le principe dans une démocratie vraie pour construire une société du mérite et de l'équité. La bonne gouvernance en est tributaire. Les hommes politiques et les hommes des médias, les acteurs de la société civile ne sont-ils pas les porteurs principaux de la voix du peuple ?
La liberté de parole doit demeurer le principe dans une démocratie vraie pour construire une société du mérite et de l'équité
Merci donc au Procureur d'Abidjan qui a pris de la hauteur pour affranchir le collègue et acteur politique Assalé Tiémoko de son droit à la parole, et même à la maladresse corrigible dans la prise de parole sans peine de privation de liberté. Osons espérer que la suite se passera juste dans les locaux du tribunal et loin des portiques du pôle pénitentiaire d'Abidjan.
Dieu nous inspire et nous garde
Félix Diby Bony
Journaliste, chroniqueur, analyste politique



