
"Le marchand de la mort" ne loue pas seulement une cahute aux plus démunis. Il transforme le risque en marchandise et la précarité en source de profit. Ravins, pentes instables, bassins versants, couloirs de lignes à haute tension : partout où la nature et les règles d’urbanisme interdisent d’habiter, il voit une opportunité économique. Quelques tôles, des planches, des parpaings et des matériaux de récupération suffisent à bâtir des logements précaires, sans fondations adaptées ni réseaux sécurisés. Les investissements sont réduits au minimum, tandis que le coût réel est supporté par les occupants, qui vivent sous la menace permanente de l’éboulement, de l’inondation, de l’incendie ou de l’électrocution.
"Le marchand de la mort" prospère lorsque le désordre urbain devient plus rentable que le respect des règles. Les bénéfices sont privés, mais les conséquences humaines et financières sont assumées par les familles endeuillées et par l’État.
Derrière chaque catastrophe se trouvent des responsabilités multiples. La pauvreté explique pourquoi des familles acceptent ces logements, mais elle ne justifie ni leur construction, ni leur exploitation, ni la tolérance dont bénéficient parfois ces pratiques malgré des dangers parfaitement connus.
"Le parti de la vie" consiste à agir avant le drame. Il faut empêcher que les zones de vulnérabilité deviennent les quartiers précaires de demain. Chaque ravin occupé, chaque bassin versant urbanisé, chaque flanc de colline colonisé annonce une tragédie prévisible.
Cela suppose de replacer la protection de la vie au cœur de l’action publique, en articulant politique du logement, aménagement du territoire, application rigoureuse des règles d’urbanisme et justice sociale autour d’un même objectif : prévenir les risques avant qu’ils ne deviennent des catastrophes.
"Le parti de la vie", c’est aussi renouer avec une politique ambitieuse de logements sociaux, comme ce qui a inspiré la vision et guidé les programmes de la SICOGI et de la SOGEFIHA dans les années 1960 et 1970. Rappelons qu’en 1960, Abidjan comptait environ 350 000 habitants. 20 ans plus tard, sa population avoisinait les 3,5 millions en 1980, soit une multiplication par 10.
Une telle croissance démographique ne pouvait être accompagnée sans une politique volontariste de planification urbaine.
"Le parti de la vie", c’est comprendre que l’urbanisme n’est pas une politique parmi d’autres. Il constitue le socle même du développement durable. Il s’agit de planifier l’expansion des villes, d’offrir des logements accessibles, dignes et sécurisés, et d’empêcher que la misère ne devienne un modèle économique.
"Le parti de la vie", c’est refuser que le risque devienne un marché et que la pauvreté soit exploitée au détriment de la sécurité des populations. C’est protéger les plus vulnérables avant que les catastrophes ne les condamnent.
Il sera toujours plus humain, plus juste et moins coûteux de prévenir les catastrophes que d’en compter les victimes. Gouverner, c’est choisir la prévention plutôt que le deuil, la planification plutôt que l’improvisation, et la protection de la vie plutôt que la gestion des drames.
Dr. Kalilou Coulibaly



