
Quand commence la musique pour Anslo Ganslo ?
Ma musique a commencé depuis que j'étais très petit parce que mon père disposait d'une bibliothèque à la maison. Et on écoutait énormément de vinyles. En ce moment, il y avait les 45 tours et après, les 33 tours... Donc c'est cette époque qui a fait naître ma passion pour la musique. Après, lorsque j'ai grandi, la musique est restée en moi et j'ai pris conscience que c'est ce que je devais faire toute ma vie. Toutefois, tout a officiellement commencé à la première édition du MASA. J'ai vu sur Fraternité Matin que le projet s'annonçait. En ce moment, c'est l'écrivain ivoirien, Zadi Zaourou qui était encore ministre de la Culture.
Mes amis m’ont encouragé à postuler. C’est ainsi que je me suis lancé. J’ai pour cela marché de Marcory jusqu’au Plateau, au siège du MASA, parce que je n’avais pas d’argent. Une fois sur les lieux, on me dirige dans un bureau d’une dame du nom de Maïmouna Coulibaly et une autre avec beaucoup de cheveux, c’était Agnès Kraidy. La dame demande qu'on s'occupe de moi...
Et qu’est-ce qui se passe après ?
Il y avait des dossiers à fournir. Il y avait une fiche à remplir aussi. En tout cas, j'ai suivi tout le processus pour me donner toutes les chances pour être retenu. Il n'y avait personne pour me coacher. Je suis allé moi-même au Plateau sans aucune expérience mais uniquement avec quelques conseils d’amis. Une semaine après, le journal officiel sort et mon nom y figure. Et en ce moment, je ne m'appelais pas encore Anslo Ganslo. C'était Anplo Gane et Original Devo. Et c'est à partir de là que je suis allé recruter les musiciens. Le premier gars que je rencontre, il s'appelait, paix à son âme, Pepito Didier. C'était un batteur dans mon église à Sainte Thérèse de Marcory. Il était effrayé par le niveau de l'événement. Je lui ai donc demandé d'organiser les choses pour moi...
De façon concrète, quelle a été la suite ?
J'ai été programmé pour ma première prestation dans un stade qu'on appelait Stade de la Force, qui n'existe plus. C'était dans la commune d’Adjamé. Après, j'ai été programmé à Koumassi sur la Place des Arts et au Centre culturel d'Abobo ainsi qu’au Nandjelé à Cocody. Lorsqu'on a fini, ce n'était pas le MASA qui nous payait. C'était la ville d'Abidjan, à la Recette municipale. On nous payait comme il se devait, à l'image du pays.
On s’imagine que cette sélection au MASA a dû vous ouvrir des portes, n’est-ce pas ?
Après cette époque-là, je me suis plongé dans la nature à cause de mon oncle qui était en Angleterre. Il était venu monter une radio qu'on appelle Jam. J'étais son assistant. Il y avait également un monsieur qu'on appelait René Williams, un métis, que les gens appelaient ‘’Parrain’’ parce qu'il faisait venir beaucoup d'artistes internationaux ici en Côte d'Ivoire. Il avait une structure de production qu'on appelait DC Productions. Nous avons ainsi commencé à réaliser la série ‘’Les Guignols’’, avec des noms comme Gohou Michel, Nastou, Amélie Wabehi. Et c'est à partir de là que ces derniers ont commencé à avoir la consécration internationale.

A côté de cela, on réalisait également des clips vidéo de certains artistes. En vrai, on a travaillé dans le sens de la révélation des artistes comme Alpha Blondy, Mory Kanté, etc. En ce moment, il y avait les clashs entre des artistes comme Almighty et Stezo. Il y avait aussi des artistes comme Petit Denis, Mêlêkê, Poussins Chocs... pour qui, on a réalisé les clips. Ça m'a vraiment pris beaucoup de temps. J'ai vraiment beaucoup appris à ses côtés. Et c'est dans ces mêmes moments que j'ai rencontré Oumou Sangaré, qui est devenue ma mère artistique, même si elle n'a jamais réalisé sa promesse quelle m'avait faite...
« Oumou Sangaré avait promis de me produire »
Comment se fait votre rencontre avec Oumou Sangaré et quelle est la promesse qu’elle n’as pas pu tenir à votre endroit ?
Nous nous sommes rencontrés à la 2ème édition du MASA à l'hôtel Ibis. Et depuis ce moment, je suis resté auprès d'elle comme son enfant. Elle m'a également pris comme son enfant. Oumou Sangaré avait promis de me produire. Si ma carrière a été ainsi, sans visibilité, c'est parce que je comptais sur sa promesse. Parce que sa promesse, c'est comme lorsqu'une maison internationale te produis, tu auras forcément de la visibilité à 100%. Elle m'a dit : "Mon fils, je te promets qu’après Nabintou (sa cousine qui est choriste), je te produis". Mais j'ai espéré cette production qui n'est jamais venue.
« Si ma carrière a été ainsi, sans visibilité, c'est parce que je comptais sur sa promesse »
Avez-vous essayé de la relancer et discuter avec elle pour savoir ce qui n’a pas marché ?
(Rire). Maman tu vas m'excuser mais je vais parler... J'ai même des vidéos de toutes ces rencontres mais que je ne vais les transmettre à personne. Sinon, elle m'avait dit et redit... mais ce n'est pas ‘’gâté’’. Je prends mon mal en patience. De mon côté, chaque fois que je fais des productions, je lui envoie et je reçois en retour ses félicitations. Alors que ce n'est pas ça que je veux.
« Je prends mon mal en patience »
Si vous devez adresser un message à Oumou Sangaré, ce serait lequel ?
A Oumou Sangaré, je veux simplement lui dire que j'ai besoin d’elle dans ma carrière. Il lui demande également de venir comme elle me l'avait promis. Je suis prêt à aller vers elle, mais j'attends seulement son signal.
« A Oumou Sangaré, je veux simplement lui dire que j'ai besoin d’elle dans ma carrière »
De toutes vos participations au MASA, laquelle des éditions vous a le plus marqué ?
Véritablement, c'est lorsque j'ai participé au MASA 2022 que j'ai pu avoir des opportunités d'aller en Europe. J'ai été invité en Europe par un festivalier qu'on appelle Lat Souk N’Diaye, un Sénégalais qui est le Directeur de Festival international de guitare et d’art de la scène (FIGAS), qui se déroule chaque année à Blois en France. C'était en accord avec le Directeur général du MASA d'alors. Mais il faut rappeler que cette année-là, mon guitariste et moi n'avions pas vite eu notre visa. Donc nous n'avons pas pu voyager. C'est finalement en 2023 que je suis allé seul.
« Pour des artistes méconnus comme moi, lorsqu'on t'invite à un festival en Europe, on ne te prend pas au sérieux »
Et comment se passe le voyage ?
Il faut savoir que la mobilité, les frais de déplacement, c'est moi-même qui m'en occupe. Pareil pour ce dernier festival auquel j'ai participé récemment. Ce n'est plus comme avant. Les temps ont changé. C'est nous-mêmes qui payons notre propre billet d’avion et c’est lorsqu'on arrive sur les lieux qu'on nous héberge, nourrit et c'est tout. En gros, pour des artistes méconnus comme moi (rire), lorsqu'on t'invite à un festival en Europe, on ne te prend pas au sérieux.

Lorsqu'on invité un artiste pour un évènement en Europe, il y a normalement un cachet qui est prévu pour lui ainsi que des conditions validées en amont, n’est-ce pas ?
Oui, mais souvent, on ne te donne même pas ce cachet. Surtout si c'est un africain qui gère l'événement. Et avec tout ce que j'ai vu, ce sont des noirs qui géraient, donc…
Comment l'artiste s'arrange alors pour rentrer au pays dans ces conditions ?
Il faut savoir que lorsque tu vas en Europe pour la première fois, tu ne maitriseras pas certaines choses. C’est la seconde fois que tu t'apprêtes en conséquence. Et c'est ce qui m'est arrivé. On peut te dire que dans le contrat, tu auras par exemple 1000 euros ou plus lorsque tu seras présent. Mais une fois sur les lieux, si l'événement est géré par un africain, tu risques de ne rien avoir. Parce qu'il va t'expliquer qu'il a un problème de budget...
Vous étiez pourtant récemment en Europe...
Effectivement, j’étais récemment en Europe. Il s'agissait de faire la reconnaissance du festival FIGAS, qui m'avait permis d'aller en France pour la première fois. Il m'a permis de rencontrer l'artiste Aïna Rack sur un autre festival qu'on appelle FESTIVER. C'est un festival qui a rassemblé beaucoup de pays. L'événement s'est tenu du 17 au 22 juillet 2026. Il y en a qui ont joué en live. Il y en a qui ont joué en showcase comme nous, parce qu'on n'est pas parti avec des musiciens. Ce serait trop difficile de faire des répétitions. J'ai assuré mon showcase. J'ai chanté deux titres dont un avec Aïna Rock et un autre de mon maxi single.
Votre rencontre avec Aïna Rack a effectivement accouché d’un bébé ‘’OVI7’’. De quoi parle cette chanson ?
Le titre parle de l'enfant. Quand un enfant est éduqué à la maison, au dehors, l'éducation est différente. C'est donc à lui d'être respectueux envers ses parents. A l'école, il faut aussi qu'il écoute le pédagogue. Il ne doit pas compter sur ses parents pour s’en sortir dans la rue. Il doit se battre pour réaliser ses rêves. Cette chanson a été chantée dans en Goun, une langue royale béninoise et en Malgache. C'est moi-même qui arrange mes chansons. Je suis également le producteur de mes œuvres. Toutes les sonorités que vous entendez dans ce titre, c'est moi qui les transmets. A travers la sonorité du Zaouli, la techno et autres, c'est moi-même qui gère tout. J'ai même déplacé trois flûtistes dans mon studio puis accorder la musicalité pour un titre parfait.

Entre le premier MASA, le voyage et la volonté d’avoir une véritable carrière professionnelle, Anslo Ganslo a décidé de le faire à travers un style de musique : le World Groove Zaouli Beat. C'est quoi exactement ?
Ça a été créé parce que j'ai été stupéfait de voir un masque de ma région, dans la Marahoué, le masque Zaouli, danser sur la musique techno. J'ai donc réfléchi et j'ai fait comme d'autres africains de renom pour en faire un métissage culturel. C'est-à-dire que c'est le Zaouli qui s'exporte. Le Zaouli est énergétique et dynamique. Donc c'est le World Groove Zaouli Beat parce que ma musique est dynamique et le Zaouli est énergétique.
« Si je ne suis pas présent sur beaucoup de scènes en Côte d’Ivoire, c'est parce que chaque promoteur a ses choix »
Anslo Ganslo, malgré ses nombreux voyages à l'étranger demeure très peu connu dans son pays. Qu'est-ce qui peut expliquer cela ?
Si je ne suis pas présent sur beaucoup de scènes en Côte d’Ivoire, c'est parce que chaque promoteur a ses choix. Le temps où les hommes de médias propulsaient les artistes en devenir est aujourd'hui révolu. Les choses ont changé radicalement. Soit on fait avec ce qui est là, c’est-à-dire, ce qui est consommé par les Ivoiriens ou soit on va dans une autre dimension mais qui est d’essayer d’exporter notre culture.

Aujourd'hui, on constate que notre valeur culturelle de l'industrie musicale est en train de nous échapper. Mais on est là, on joue de la frime. Alors que tu ne vois pas un nom de manager ivoirien sur le carré de l'échiquier international. C'est effrayant ! Pourtant, la Côte d'Ivoire est un carrefour de la musique. Les seuls artistes ivoiriens que tu verras sur des festivals de valeur en Europe, ce ne sont qu’Alpha Blondy, Tiken Jah, Magic System. Et si tu veux parler de la planète, c'est seulement Alpha Blondy que tu verras. Mais tu ne peux pas dire que tu es ivoirien et que tu es en train de faire la promotion des autres peuples, des autres pays. Ce n'est pas normal ! On a tellement avantagé les autres que les enfants adoptifs ont plus de valeur que l'industrie musicale de notre pays.
« Les seuls artistes ivoiriens que tu verras sur des festivals de valeur en Europe, ce ne sont qu’Alpha Blondy, Tiken Jah, Magic System »
Combien d'œuvres revendiquez-vous à ce jour ?
J'ai au moins une dizaine de singles, un album (World Groove) et deux maxi singles (Nkloho et I’am from Sinfra). Je suis actuellement en train de boucler le montage de "Kada Weman", une chanson dans laquelle j'appelle au vivre-ensemble parce que l'outil avec lequel on enterre le riche, c'est avec ce même outil qu'on enterre le pauvre.
Réalisée par Arsène LOHOURE