Politique

Mamadou Touré : « Nous sommes un parti ouvert à toutes les personnes qui partagent la même vision...»

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© DRMamadou Touré, qui vient par ailleurs d’être réélu député dans sa circonscription de Daloa, évoque pour Jeune Afrique les défis de la gouvernance et de l’inclusivité en Côte d’Ivoire
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Mamadou Touré, qui vient d’être réélu député dans sa circonscription de Daloa, évoque avec Jeune Afrique, les défis de la gouvernance et de l’inclusivité en Côte d’Ivoire.

Le RHDP s’est imposé de manière écrasante lors des législatives du 27 décembre dernier, en remportant 197 des 255 sièges de l’Assemblée. Que répondez-vous aux opposants qui craignent que cette situation ne rapproche le pays d’un retour au parti unique ? 

L’opposition ne peut pas nous rendre responsable de ses échecs et de ses incohérences, elle qui a artificiellement créé une atmosphère de chaos et de peur pendant toute la période électorale. Le RHDP, quant à lui, est un parti qui se construit depuis longtemps : il s’est structuré et modernisé au fil des années et a élargi sa base électorale sur l’ensemble du territoire national. Depuis 2018, que ce soit lors des élections municipales, régionales ou législatives, nous avons renforcé notre présence partout dans le pays, là où l’opposition a accusé un net recul. Cela tient à notre organisation, certes, mais aussi au bilan positif du chef de l’État, président du parti. Chaque formation politique aspire à disposer d’une majorité confortable pour gouverner et mettre en œuvre les réformes et les projets pour lesquels elle a été portée au pouvoir. L’opposition, qui sera quand même représentée à l’Assemblée par 32 élus, n’a, elle, présenté aucun projet et s’est enfermée, pour une frange, dans une logique de boycott. Ces législatives sont pour elle une sanction.

Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo ont tous les deux été exclus des listes électorales, pour des raisons différentes, et dans l’incapacité de se présenter à la présidentielle. Le premier, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), estime que le pays fait face à un « recul de la démocratie » ; le second, à la tête du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), dénonce un « climat sociopolitique délétère », évoquant l’arrestation de plusieurs de ses cadres. Comment réagissez-vous à ces critiques ? 

Il est regrettable que ces leaders politiques perdurent dans le populisme, dans la manipulation et dans le mensonge. Cela veut dire qu’ils n’ont tiré aucune leçon de leur échec.

Pensez-vous qu’un retour du PDCI au sein du RHDP serait souhaitable pour la stabilité et la gouvernance du pays ? 

Cette question n’est pour l’heure pas d’actualité, mais le RHDP est un grand rassemblement des houphouëtistes. Nous sommes un parti ouvert à toutes les personnes qui partagent la même vision et les mêmes ambitions que nous pour le pays, qu’elles soient du PDCI ou d’un autre parti. 

il revient aux acteurs politiques, au niveau local, de travailler à cette remobilisation des électeurs.

Le scrutin législatif a été marqué par un faible taux de participation, de 35,04 %, qui chute à 18 % dans le district d’Abidjan. Comment expliquez-vous cette abstention élevée et quelles stratégies proposez-vous pour remobiliser les électeurs ? 

D’abord, ces chiffres sont à relativiser. Il ne faut tirer aucune conclusion hâtive puisqu’ils restent, au niveau national, dans la moyenne de ceux observés depuis plusieurs décennies. Maintenant, il revient aux acteurs politiques, au niveau local, de travailler à cette remobilisation des électeurs.

Je ne vois pas comment l’électrification d’une localité pourrait profiter uniquement aux militants du RHDP

Le pays affiche de bons résultats économiques. Certains Ivoiriens s’inquiètent cependant de la répartition inégale des richesses et d’une exclusion en fonction de l’appartenance politique ou ethnique. Comment les rassurer ? 

Tout cela relève de la manipulation et de mensonges orchestrés par une petite partie de l’opposition. Aujourd’hui, lorsque l’on examine la stratégie de développement portée par le président Alassane Ouattara et le niveau des investissements, on constate que l’ensemble de la population, dans toutes les régions du pays, en bénéficie. Je ne vois pas comment l’électrification d’une localité pourrait profiter uniquement aux militants du RHDP, au détriment des sympathisants d’autres partis. La couverture nationale en électricité est passée de 33 % en 2011 à 97 % aujourd’hui, et l’inclusivité est bien plus grande qu’avant le premier mandat du chef de l’État. De même, lorsque l’on met en place des infrastructures – centres de santé, routes, approvisionnement en eau potable… –, tout le monde en bénéficie, sans distinction politique, religieuse ou ethnique. Autre exemple, les différents programmes mis en place par le ministère de la Jeunesse couvrent sans distinction l’ensemble des régions et des territoires, qu’ils soient en milieu urbain ou en milieu rural. Même si certains rechignent à le reconnaître, et même s’il reste des efforts à faire, la pauvreté et les inégalités ont reculé au cours de ces quinze dernières années. C’est là aussi le rôle d’un État, et cet effort se poursuivra dans les prochaines années. Ceux qui avancent de tels arguments ont eu l’occasion de gérer ce pays, avec pour bilan l’accroissement de la pauvreté et des inégalités. Ils n’ont aucune leçon à nous donner.

Lors de son investiture, Alassane Ouattara a réitéré sa promesse d’une transmission générationnelle. Comment cela va-t-il se traduire ?

Depuis quelques années, le président de la République attache une importance particulière à la promotion des jeunes et des femmes à tous les niveaux. Nous constatons que de plus en plus de jeunes occupent des responsabilités dans l’administration, dans le secteur privé, ainsi que dans les domaines de la culture et du sport. Le chef de l’État a rappelé, lors de son discours à la nation, que cette démarche vise à accompagner l’émergence de profils et de personnalités à tous les niveaux et dans tous les secteurs : des jeunes compétents et intègres, qui placent l’intérêt général au-dessus de tout. En ce qui concerne le RHDP, j’ai eu la responsabilité de coordonner la campagne « jeunes » pendant la présidentielle. Dans ce cadre, nous avons mis en place plusieurs structures, notamment une direction centrale des jeunes cadres : elle regroupe plusieurs centaines de jeunes qui occupent des fonctions importantes dans l’administration et le secteur privé. Ils ont animé quotidiennement des panels sur les actions du chef de l’État de 2011 à 2025, en fonction de leurs domaines de compétence. Cela a également été l’occasion d’échanger sur le programme que le président compte mettre en œuvre au cours des cinq prochaines années. Ce dispositif constitue un véritable vivier de profils très compétents au service de notre grand parti.

Comment le RHDP envisage-t-il l’après Alassane Ouattara ? 

Quelques mois avant la présidentielle, lors du congrès du parti, le chef de l’État a été réélu pour un mandat de cinq ans à la tête du RHDP. Plusieurs textes ont été modifiés dans un souci de modernisation du parti et de renforcement de ses structures. La question de l’après Alassane Ouattara n’est pas du tout à l’ordre du jour au sein du parti. Le président travaille à la mise en place d’un grand parti capable de gouverner la Côte d’Ivoire les vingt-cinq prochaines années, à l’image de l’ANC en Afrique du Sud, qui est au pouvoir depuis plus de trente ans.

Source Jeune Afrique