Politique

Koné Katinan n'est pas un ancien ministre

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Tribune du PPA-CI le jeudi 3 septembre, plainte du RHDP déposée au parquet le lundi 7, audition à la préfecture de police le mercredi 9, puis garde à vue. Et ce jeudi 10, une conférence de presse où le parti de Laurent Gbagbo sort son dernier argument : on ne traite pas ainsi un ancien ministre.

Encore faudrait-il que ce titre existe. L'unique fonction ministérielle de Justin Koné Katinan date de décembre 2010. Le 28 novembre, Laurent Gbagbo perd le second tour de la présidentielle. Le 2 décembre, la Commission électorale indépendante proclame Alassane Ouattara élu avec 54,10 % des voix. Le lendemain, le Conseil constitutionnel de Paul Yao N'Dré inverse le résultat. Le 4, Gbagbo prête serment ; le 5, il nomme Gilbert Aké N'Gbo Premier ministre. Katinan y entre comme ministre délégué auprès du ministre de l'Économie et des Finances, chargé du Budget. Ministre délégué, pas de plein exercice, dans un gouvernement que ni l'ONU, ni l'Union africaine, ni la CEDEAO n'ont reconnu.

Ce gouvernement a duré quatre mois, le temps d'une guerre. Le 14 avril 2011, trois jours après la chute de Laurent Gbagbo, l'ordonnance n° 2011-007 déclare nulles et non avenues toutes les décisions prises depuis le 4 décembre 2010 sous son autorité, nomination du gouvernement comprise. Le 4 mai, le même Conseil constitutionnel proclame Alassane Ouattara élu sur la base des résultats de la CEI. Pour la République, il n'y a jamais eu de gouvernement Aké N'Gbo. Sur la chronologie officielle du ministère de l'Économie et des Finances, Charles Koffi Diby va d'avril 2007 à novembre 2012 sans la moindre parenthèse.

Katinan connaît ce texte mieux que personne. En juin 2023, à la tribune du PPA-CI, il le qualifiait d'« ordonnance illégale ». On peut contester une ordonnance ; on ne peut pas, dans le même souffle, réclamer le titre qu'elle a effacé. La courtoisie des « rédactions bleues », qui l'appellent encore « ancien ministre », n'a jamais fait un décret.

Reste ce qui est : un vice-président de parti qui a porté en public de très graves accusations contre le parti au pouvoir et s'en explique devant des enquêteurs, avec son avocat, comme n'importe quel citoyen.

Les conférenciers ont aussi présenté la diffamation comme une affaire civile. Autre erreur. En droit ivoirien, la diffamation est un délit : le Code pénal de 2019 la réprime, la loi de 2017 sur la presse la range sous un chapitre intitulé « Sanctions pénales », celle de 2013 sur la cybercriminalité la poursuit quand elle transite par un système d'information. Une affaire civile s'ouvre par une assignation devant le tribunal ; elle ne passe ni par le procureur, ni par la police, ni par une garde à vue.

Le PPA-CI réclame les égards dus à une fonction, tout en récusant l'ordre juridique qui a jugé qu'elle n'avait jamais existé, et plaide le civil dans un dossier que le procureur a confié à la police. C'est à la République de dire qui a été ministre. Elle l'a dit le 14 avril 2011.

Yacouba DOUMBIA