Politique

Le point culminant : tentative d’explosion de la chambre à gaz Foxtrot

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Avagou, neuf kilomètres de Jacqueville. Nuit du jeudi 23 au vendredi 24 octobre 2025, l’avant-veille du vote. Des hommes approchent de la chambre de transfert de gaz de Foxtrot International, premier producteur de gaz naturel du pays, dont les champs en mer alimentent les centrales thermiques d’Abidjan. Ils ont des cocktails Molotov. Le feu ne prendra pas.

Le vendredi 24, le procureur de la République, Oumar Braman Koné, publie un communiqué : « Fort heureusement, cette tentative, qui aurait eu des conséquences incalculables si elle avait abouti, s’est soldée par un échec. » Il parle d’un « acte de terrorisme, d’une particulière gravité », qui « s’ajoute aux nombreuses infractions commises depuis l’interdiction, par le préfet d’Abidjan, de la marche projetée le 11 octobre 2025 par deux formations politiques ». Depuis cette interdiction, écrit-il, des partisans de ces formations ont « appelé à l’insurrection, à la haine et à la xénophobie ». Il ne nomme pas les deux partis. Il n’en a pas besoin.

Le 19 novembre, second communiqué. Au terme d’une enquête de la gendarmerie, sept individus ont été interpellés à Sassako-Bégniny, dans la commune de Jacqueville. Tous « ont reconnu leur participation aux faits ». Le chef se nomme Lobo Tevy Degny Germain, alias « Volcan », « commanditaire principal et acteur des faits ». Il a décrit le mode opératoire : « mettre le feu aux installations de la société Foxtrot au moyen de cocktails Molotov ». Puis le but, en deux temps. Enflammer la chambre de transfert, « ce qui aurait entraîné la propagation de l’incendie à la plateforme en mer à Vridi ». Et « provoquer une situation de terreur, en vue d’empêcher la tenue de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 ».

Empêcher la tenue de l’élection. Le front commun et ses alliés ne disaient pas autre chose depuis deux semaines, avec d’autres mots : « on bloque », « occuper les rues », « sept jours pour libérer la Côte d’Ivoire ». Le soir du vote, Pulchérie Gbalet le dira encore : « On a dit qu’il n’y aura pas d’élections. » Volcan, lui, avait pris le mot d’ordre au pied de la lettre.

Les sept sont déférés le jour même devant la Section antiterroriste du tribunal d’Abidjan et placés sous mandat de dépôt : actes terroristes, attentat et complot contre l’autorité de l’État, atteinte à l’ordre public, tentative d’incendie d’installation. L’enquête se poursuit pour mesurer l’étendue du réseau.

Ensuite, l’addition remonte. Damana Pickass, coordonnateur général du front commun, est écroué le 6 novembre, notamment pour « actes terroristes » et « atteinte aux opérations électorales ». Le procureur avait prévenu dès le 24 octobre : auteurs, « complices et commanditaires, quelle que soit leur qualité, seront recherchés, interpellés et jugés ». Un an plus tard, l’avertissement court toujours. Justin Koné Katinan est écroué le 11 septembre 2026. Le 16, un mandat d’arrêt vise Me Habiba Touré, qui signait, le 10 octobre 2025 : « La marche du 11 octobre 2025 aura bel et bien lieu. » Qui signe, répond.

Volcan voulait empêcher l’élection. Il a eu la Section antiterroriste. Le front commun, lui, devait retrouver les urnes le 27 décembre, pour les législatives. Il n’y est pas allé ensemble. Nous y viendrons.

Yacouba DOUMBIA