
Voyons les faits qui motivent ce vocabulaire. Depuis le 12 octobre, la section antiterroriste du tribunal d'Abidjan entend des cadres du PPA-CI et du PDCI-RDA : Sébastien Dano Djédjé, Koua Justin, Georges-Philippe Ezaley, Roger M'Bia. Tous ont été inculpés, placés sous contrôle judiciaire et sont rentrés chez eux, avec leurs avocats. Le dossier, ce sont les violences de la présidentielle d'octobre 2025 : 11 morts, dont un officier de gendarmerie tué à Agboville, 71 blessés, des sites de la CEI incendiés, une tentative d'incendie d'une installation gazière à Jacqueville la veille du scrutin. Mardi, le parquet a annoncé l'inculpation et l'incarcération de douze personnes pour la mort de cet officier. Un État qui instruit la mort d'un gendarme ne verrouille rien. Il fait son travail.
Le « verrouillage des Institutions » vise, lui, la réforme de l'organe électoral. La CEI a été dissoute en mai 2026, ce que l'opposition réclamait depuis des années. Le ministère de l'Intérieur a invité les partis à faire des propositions. Le 5 octobre, M. Affi faisait partie de la délégation qui a remis les siennes au général Vagondo Diomandé. Le 12 octobre, l'opposition a écrit au Premier ministre. Le texte ira ensuite au Parlement, et c'est là que le bât blesse : le RHDP y détient 196 sièges sur 255. Mais qui a choisi de rester à l'écart des législatives du 27 décembre 2025 ? Le FPI. On ne déserte pas une élection pour se plaindre ensuite de la composition de l'assemblée qui en est sortie. Le PDCI, lui, y siège avec 31 députés.
Le mot « verrouillage » mérite d'ailleurs qu'on s'y arrête, car M. Affi en est un praticien. C'est devant les tribunaux qu'il a gardé le nom, le sigle et le logo du FPI face aux partisans de Laurent Gbagbo, qui ont fini par fonder le PPA-CI en 2021. C'est avec 99 % des voix qu'il a été réélu à la tête du parti en novembre 2024, un score que ses propres dissidents jugent illégitime. Quand on ferme sa maison à double tour, on évite de donner des leçons de portes ouvertes.
Reste la « Résistance », majuscule comprise. Le mot a une histoire chez M. Affi. Le 20 septembre 2020, l'opposition lance un mot d'ordre de désobéissance civile. Le 2 novembre, son porte-parole, un certain Pascal Affi N'Guessan, annonce la création d'un Conseil national de transition chargé de remplacer un président élu. Bilan de cette résistance-là, selon le gouvernement : 85 morts et 484 blessés. Arrêté dans la nuit du 6 au 7 novembre 2020, poursuivi pour actes de terrorisme et complot contre l'autorité de l'État, il est libéré le 30 décembre. Sept semaines. En 2021, reçu au Palais présidentiel, il déclare à la presse : « Nous sommes toujours disponibles et le chef de l'État peut compter sur nous. » Le 2 mai 2023, au Sofitel Hôtel Ivoire, il signe un accord de partenariat avec le RHDP, dans la perspective, ce sont ses mots, d'une « gestion conjointe de l'État ». L'accord est enterré fin 2024, après la perte du conseil régional du Moronou. Résistant en 2020, partenaire en 2023, résistant de nouveau en 2026, une fois écarté de la présidentielle. La résistance de M. Affi épouse la courbe de ses ambitions.
Venons-en à l'« impératif catégorique ». Kant le formule ainsi : agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse devenir une loi universelle. Faisons le test. En décembre 2000, M. Affi est Premier ministre. Les militants du RDR qui contestent l'élection d'octobre sont raflés par centaines, les 4 et 5 décembre, et entassés à l'École nationale de police de Cocody. Human Rights Watch consacre à cette période un rapport intitulé « Le nouveau racisme ». Le charnier de Yopougon vient d'être découvert ; les huit gendarmes jugés pour ces faits sont relaxés le 3 août 2001, sous son gouvernement. Personne, au FPI, ne parle alors de devoir civique de résistance.
Quant à l'union de l'opposition, M. Affi en a dressé le constat lui-même, le 31 décembre 2025 : « Les partis politiques de l'opposition ont échoué. » Après le dépôt du 5 octobre, le PPA-CI a tenu à préciser qu'il n'avait pas signé la proposition commune ; le PDCI a déposé la sienne de son côté. L'impératif est catégorique. L'union, elle, reste hypothétique.
M. Affi peut continuer d'écrire. Personne ne l'en empêche. Ses propos et actes antérieurs ruinent sa crédibilité.
Yacouba DOUMBIA