Politique

Le naufragé Affi

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Le 9 août 2021, à la tribune du Palais de la culture de Treichville, Laurent Gbagbo a réglé en une phrase sept ans de bataille judiciaire : « Laissons Affi avec l'enveloppe qu'il détient. » Les camarades sont partis avec les militants, les cadres et l'histoire du parti. Pascal Affi N'Guessan est resté avec le sigle et le papier à en-tête. Cinq ans plus tard, l'enveloppe n'existe plus que de nom. Il n'y a plus rien dedans.

Il faut se souvenir d'où il vient pour mesurer la pente. Premier ministre en 2000, président du FPI en 2001, candidat de son parti à la présidentielle de 2015 avec 9,29 % des voix. En 2020, candidat qui appelait au boycott de sa propre élection, 31 986 voix, soit 0,99 %. En 2025, il n'a même pas atteint la ligne de départ : le Conseil constitutionnel n'a retenu que 16 908 parrainages valables sur les 37 412 exigés. Aux législatives du 27 décembre 2025, le président du FPI ne s'est pas présenté, un « acte politique délibéré », a-t-il expliqué ensuite. Quand on ne joue plus, on ne perd plus. C'est une façon de voir les choses.

Entre-temps, le lion du Moronou a perdu jusqu'à sa tanière. Aux régionales de 2023, le RHDP, son partenaire d'alors, lui avait laissé le champ libre chez lui. Il a été battu par la candidate du PDCI-RDA.

Un an plus tard, le 7 septembre 2024, il rompait ce partenariat. Dans les quarante-huit heures, son fidèle Koulibaly Seydou rendait son tablier. Son secrétaire général Issiaka Sangaré et ses vice-présidents Diabaté Beh et Pierre Dagbo Godé contestaient à leur tour : coup de balai le 23 septembre. Au congrès de Yamoussoukro, en novembre 2024, les frondeurs ont pris cinq ans de suspension et le président a été réélu avec plus de 99 % des voix. Un score de plébiscite dans une salle qui se vidait.

Puis la vidange a continué. Août 2025 : des responsables du FPI d'Adjamé, Traoré Drissa en tête, passent au RHDP. Octobre 2025 : la vice-présidente Rausch Anie Gueï est limogée pour des contacts avec le même RHDP. Janvier 2026 : le secrétaire général adjoint Aka Boni Marc démissionne avec les 45 membres de son cabinet politique, secrétaires nationaux et secrétaires de section compris, en invoquant des divergences devenues irréversibles.

 Dagbo Godé, suspendu mais toujours lucide, parle alors d'une vague de démissions sans précédent et pose la seule question qui vaille : que font ceux qui ont les responsabilités pour l'éviter ? La direction répond que les partants n'occupaient pas de postes clés. Quand les postes clés sont déjà vides, l'argument est imparable.

Alors, pour exister encore, Affi N'Guessan s'est emparé d'une autre enveloppe. Le 7 mai 2026, l'assemblée générale de la CAP-CI l'a porté à la présidence de la coalition. Encore fallait-il regarder qui restait autour de la table. Simone Ehivet Gbagbo et son MGC étaient partis. Tidjane Thiam et le PDCI-RDA aussi. Charles Blé Goudé et le COJEP également. La Coalition pour l'alternance pacifique a été « relancée » devant la presse le 4 juin 2026 à Cocody, avec le FPI pour principal, et presque unique, locataire. Un capitaine de plus pour un navire sans équipage.

Le plus étonnant dans cette trajectoire, ce n'est pas la chute. En politique, tout le monde tombe un jour. C'est la constance avec laquelle l'ancien Premier ministre choisit, à chaque carrefour, le chemin qui mène vers moins. Moins de militants, moins de candidats, moins d'alliés, moins de voix. Le 31 janvier 2026, à la cérémonie des vœux, il demandait à ses troupes de rompre avec le providentialisme et de ne plus attendre leur salut d'un homme providentiel. Ses troupes l'ont pris au mot. Elles n'attendent plus rien de lui.

Il lui reste un sigle, un siège aux Vallons, un titre de président de coalition et une enveloppe. C'est à croire que Pascal Affi N'Guessan a un attrait pour les choses insignifiantes. À ce rythme, le naufragé n'aura bientôt même plus de radeau à présider.

Yacouba DOUMBIA