
La Côte d’Ivoire est encore sous le choc. Il y a quelques jours, un douanier perdait la vie à Yamoussoukro, et les images de la bagarre qui a précédé le drame continuent de tourner en boucle sur les réseaux sociaux. L’émotion est vive, les débats houleux et les questionnements sur l’existence des Gnambros semblent avoir pris le dessus. Même plusieurs personnalités politiques s’y mettent en livrant leur lecture des faits.
C’est sous un soleil de plomb, ce mardi 18 août 2026, que notre équipe de reportage arrive dans les gares de Treichville, puis Adjamé et la Riviera 2. Nous sommes tout de suite accueillis par les bruits incessants de klaxon et autres vacarmes des maitres des lieux. Dans cet univers où chacun veut imposer sa loi, nous tombons sur des discussions animées entre Gnambros, tantôt avec le conducteur, tantôt avec l’apprenti, au milieu des véhicules et des passants. Le Gnambro, l’homme de terrain, doit faire sa recette du jour, coûte que coûte, vaille que vaille, semble justifier mon interlocuteur, GK. Qui décide de nous expliquer leur système de travail. Sous le sceau de l’anonymat.
Dans leur monde, explique-t-il, le système repose d’abord sur une hiérarchie claire. Tout en haut, il y a le président des transporteurs du jour. Juste en dessous, le secrétaire général des syndicats et le fameux « Général terrain ». Ce sont eux qui désignent les têtes de lignes, lesquelles installent les Gnambros dans les différentes gares. À chaque niveau, on prélève sa part. Résultat : l’argent est redistribué selon un circuit bien défini, précis et clair, chaque jour. « Vieux-père, nous on a quoi ? On court pour le ‘’Babatchè’’ (Boss), nous on rend compte à notre chef et lui à son tour à son vieux môgô (supérieur) jusqu'à en haut en haut. Ce n’est pas facile, il faut faire la recette sinon, tu n’auras rien le soir arrivé », explique GK dans un français nouchi.
Poursuivant, notre interlocuteur nous confiera que les Gnambros encaissent l’argent auprès des chauffeurs. Ils le remettent ensuite aux têtes de lignes. Celles-ci le transmettent au Général terrain, qui lui rend compte au secrétaire général. Le secrétaire général, à son tour, remet le tout au président des syndicats du jour. Un circuit rodé, qui garantit une redistribution régulière des recettes. Et ce fonctionnement qui est souvent la cause de certaines frictions et autres malentendus. Chaque maillon de la chaine devant faire sa part de travail en présentant la recette adéquate. Du coup, derrière chaque altercation, chaque pression sur un transporteur, il y a une nécessité de remplir sa part de mission. Que ce soit du maillon le plus faible de la chaine en passant par la tête du système.
Si la plupart des ivoiriens considère l’univers des Gnambros comme un milieu désorganisé et à l’origine de plusieurs cas de violence, la compréhension de leur organisation semble être en déphasage avec les maux dont ils sont souvent accusés. Il est clair que cette exigence absolue de ces derniers à vouloir faire recette ou à tout contrôler les pousse à commettre des actes parfois repréhensibles. Toutefois, dans le fond, c’est une organisation pyramidale, avec des rôles précis et un circuit financier bien rôdé. Mais cette organisation, au lieu d’apporter de la stabilité, nourrit la violence et installe un climat d’insécurité permanent dans le transport ivoirien.