
C’est le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, qui a lancé les choses, mardi 25 août, lors d’un dialogue ministériel de haut niveau consacré à la résilience face à la sécheresse.Son message est clair : il faut arrêter de subir, et commencer à anticiper. « Nous devons passer d’une logique de réponse à la sécheresse à une logique de gestion du risque de sécheresse », a-t-il insisté. Pas question non plus de continuer avec des projets éparpillés et sans lien entre eux. Le ministre prône une action territoriale intégrée, et surtout, un vrai passage des promesses aux résultats mesurables.
Derrière ce discours, il y a une feuille de route bien précise pour la Côte d’Ivoire. Quatre piliers. D’abord, anticiper : renforcer les services climatiques, les systèmes d’alerte précoce, la surveillance agrométéorologique et les mécanismes d’action anticipatoire. Ensuite, sécuriser l’eau sur le long terme. Cela passe par la protection des bassins versants, la création de retenues d’eau et de forages adaptés, mais aussi par la promotion d’une irrigation plus économe.
Troisième axe : restaurer les terres et les écosystèmes. L’ambition affichée est de porter le couvert forestier à 20 % du territoire national d’ici 2030,notamment grâce à un programme de plantation de 300 millions d’arbres. Enfin, et c’est peut-être le plus important, les populations doivent être placées au cœur du dispositif. Petits exploitants, éleveurs, femmes, jeunes : tous doivent avoir un meilleur accès au financement, des filets sociaux adaptatifs et des solutions agricoles capables de résister à la sécheresse.
Ce plaidoyer n’est pas sorti de nulle part. Même si la Côte d’Ivoire n’est pas un pays désertique, ses zones de savane, au Nord, ressentent de plus en plus les effets du changement climatique : précipitations erratiques, périodes sèches qui s’allongent, sols et ressources en eau sous pression. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2000 et 2010, près de 3,55 millions d’hectares, environ 11 % du territoire national, ont subi une dégradation des terres.
Mais Abou Bamba ne s’arrête pas aux frontières ivoiriennes. « L’Afrique n’a pas besoin d’une succession de projets pilotes isolés. Elle a besoin d’un véritable changement d’échelle », a-t-il martelé. Concrètement, il appelle à des financements plus accessibles et plus prévisibles, à un renforcement du Mécanisme mondial de la CNULCD, à une mobilisation ferme des banques multilatérales de développement et à une coopération Sud-Sud renforcée.
Et pour donner une traduction concrète à cette ambition continentale, la Côte d’Ivoire pousse également une initiative : la création d’une Coalition africaine contre l’exploitation minière illégale et la dégradation des terres. L’objectif ? Renforcer la coopération politique et technique, accélérer la réhabilitation des espaces dégradés et mobiliser les ressources nécessaires pour enfin passer à l’échelle.