
Le sujet était au programme du « Petit-déjeuner de l'Innovation », organisé le jeudi 8 octobre 2026, à Abidjan-Marcory, sur le thème : « Orpaillage en Côte d'Ivoire : de l'urgence environnementale aux solutions innovantes et durables ».
Le secrétaire général du FONSTI, Dr Sangaré Yaya, a ouvert les échanges en rappelant que le secteur minier pèse environ 5 % du PIB ivoirien en 2025. À côté, l'orpaillage illégal progresse et, selon lui, pèse lourdement sur les sols, l'eau et les écosystèmes.« Comment restaurer durablement les milieux déjà affectés ? Comment réhabiliter les terres dégradées et dépolluer les eaux et les sols ? », a-t-il demandé, avant d'ajouter que les textes et la répression ne suffiront pas à répondre à ces questions. Pour lui, il faut désormais sortir les résultats de recherche des laboratoires. « Notre préoccupation majeure, c'est d'arriver à produire des connaissances et à valoriser l'émergence de solutions innovantes pour adresser les problèmes du développement économique et social de la Côte d'Ivoire », a-t-il déclaré.
Parmi les travaux présentés, ceux du Dr Sandotin Lassina Coulibaly, maître de conférences à l'École des Mines et de l'Énergie de l'Université de Man, ont retenu l'attention. Son équipe étudie une plante locale, Chrysopogon nigritanus, présente dans de nombreux agrosystèmes ivoiriens, pour réduire l'arsenic dans les sols. Les chercheurs ont analysé des échantillons prélevés sur des sites d'orpaillage à Korhogo, Boundiali, Tengréla, Hiré et Angovia. Pour l'arsenic, les concentrations dépassent les seuils de toxicité étudiés, alors que plusieurs autres éléments analysés restent en dessous. Après 180 jours d'essais sous serre, l'arsenic a été mieux éliminé dans les sols traités à l'acide citrique. D'après les chercheurs, cette plante pourrait servir à remettre en état d'anciens sites d'orpaillage, avec un traitement qui s'étalerait sur plusieurs années.
Autre piste : réutiliser les résidus miniers dans la construction. Des travaux menés sur des résidus venus de Daoukro, Oumé et Kocoumbo montrent qu'ils peuvent entrer dans la composition de mortiers. Certaines formulations atteignent des résistances compatibles avec plusieurs usages dans le bâtiment, et les tests de lixiviation n'ont pas détecté plusieurs des éléments recherchés. Pour le FONSTI, ces deux études suivent la même logique, partir d'un problème environnemental pour proposer une solution scientifique utilisable sur le terrain.
La conférence inaugurale était présidée et modérée par le Professeur Toh Alain, socio-anthropologue du développement à l'Université Félix Houphouët-Boigny. Les discussions ont aussi porté sur les dimensions sociales et territoriales de l'orpaillage. Le Professeur Yapo Ossey, directeur général du CIAPOL, des universitaires, des chercheurs et des acteurs institutionnels ont également pris part aux débats. À l'issue de la rencontre, le FONSTI défend une idée simple : interdire les activités illégales ne règle pas tout, il faut aussi réparer les terres abîmées. Le Fonsti cherche des moyens de redonner une utilité aux zones marquées par l'orpaillage.