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Can Maroc 2025: 1/4 de finale Egypte- Cote d’Ivoire : Les Éléphants pour en finir avec la bête noire égyptienne

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© Droits réservésLe reste se jouera sur la pelouse 90 minutes, peut-être plus, pour briser enfin le signe indien. (PH:DR)
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À la veille d’un Égypte–Côte d’Ivoire qui s’annonce aussi tendu que symbolique, c’est moins un simple quart de finale que les Éléphants s’apprêtent à disputer. C’est un rendez-vous avec leur histoire. Au stade d’Agadir, les champions d’Afrique en titre défieront l’équipe qui, depuis plus de deux décennies, incarne leur « bête noire » continentale.

Entre souvenirs douloureux, respect mutuel et détermination retrouvée, les mots de Faé Emerse et d’Odilon Kossounou en conférence de presse, le vendredi 9. Janvier 2026,  tracent la feuille de route ivoirienne. Tourner la page, briser le signe indien et avancer vers la demi-finale. Le sélectionneur ivoirien, Faé Emerse, n’a pas esquivé la dimension émotionnelle de l’affiche, ni son clin d’œil personnel à l’histoire. Retrouver Hossam Hassan, désormais sur le banc égyptien, lui arrache un sourire. « Pour l’instant, il mène 1–0, donc j’ai bien l’intention d’égaliser demain et de qualifier l’équipe pour la demi-finale», promet-il. La formule est légère, mais le fond est grave. L’enjeu dépasse les individualités, il concerne la capacité de la Côte d’Ivoire à transformer la récurrence des déceptions face aux Pharaons en moteur de performance.


Les Éléphants arrivent à Agadir forts d’un huitième de finale convaincant face au Burkina Faso, mais aussi d’une préparation maîtrisée : récupération, gestion des petits bobos, travail tactique progressif. Faé l’assure. « Tous les joueurs seront aptes et à 100 % demain». Le déplacement, toutefois, n’a pas été neutre. Là où l’Égypte a installé sa base, accumulant repères et habitudes, la Côte d’Ivoire a dû « changer d’hôtel, de ville », s’adapter rapidement à un nouvel environnement. 


Une contrainte transformée en défi 


« Quel que soit le chemin, nous allons nous adapter et tout faire pour continuer à voyager», soutient-il car l’adversaire n’est pas n’importe qui. La description du sélectionneur est précise, empreinte d’expérience. L’Égypte a « deux visages », parfois nonchalante en apparence, toujours prête à piquer au moment décisif. Faé convoque sa première CAN en 2006. Les maillots changent, les joueurs aussi, mais « l’Égypte reste l’Égypte ». Une équipe capable de subir, de déjouer, puis de punir sans pitié. Solide défensivement, généreuse dans l’effort, portée par un duo offensif de classe mondiale Salah, Marmoush  elle incarne à la fois le danger permanent et le prestige du football africain le plus titré.


Ce respect n’est pas de la crainte, mais de la lucidité. Odilon Kossounou le rappelle. Venir trop confiant contre l’Égypte est la première erreur à ne pas commettre. Les statistiques, une seule victoire ivoirienne en neuf confrontations de CAN, parlent d’elles-mêmes. Pourtant, le défenseur refuse le poids écrasant du passé. « Demain, on remet les compteurs à zéro», previent Kossonou. Il y a une coupe à défendre, un statut à assumer. Pour gagner, il faut battre les grandes nations et battre l’Égypte est presque devenu un passage initiatique.
Sur le plan interne, le groupe ivoirien vit bien, et cela se sent. La complicité dans la défense centrale entre Kossounou et Ndicka, l’émergence d’une jeunesse insouciante Ahmad Diallo, Yann Diomandé et la montée en puissance du prometteur Christ Oulaï traduisent une équipe où l’âge importe moins que l’état d’esprit. Faé rejette tout clivage artificiel : l’important n’est « ni l’âge ni l’expérience », mais ce que chaque joueur peut apporter au projet commun. Dans ce collectif, Oulaï incarne la fraîcheur et l’avenir ; le sélectionneur ne cache pas son espoir. « J’attends son premier but : j’aimerais qu’il nous fasse gagner demain», espère le sélectionneur national.


Faire fi de l’arbitrage


Cette harmonie interne s’accompagne d’une sérénité face aux éléments extérieurs. Arbitre marocain ? Terrain « quasi-domicile » pour l’Égypte ? Faé balaie les polémiques inutiles. Il préfère se concentrer sur ce qu’il maîtrise : préparer son équipe, gérer les états de forme, affûter les ressorts mentaux. L’arbitrage, dit-il, sera à la hauteur de l’enjeu et le grand gagnant devra rester « le football africain ». C’est aussi une manière de fixer le cadre psychologique : pas d’alibi, pas d’excuse. La Côte d’Ivoire vient pour gagner.
Reste le cœur du message : la volonté de rompre le cycle. Les Éléphants n’ignorent rien de ce que représente l’Égypte : la défaite au Cameroun en 2022 après un premier tour brillant, les éliminations passées, la frustration récurrente. Mais ils ont aussi une force nouvelle, celle des champions d’Afrique, celle d’un groupe qui a traversé l’adversité et qui a appris à aller au bout. Comme à Yamoussoukro lors de la CAN 2023, où ils avaient « délogé » le Sénégal installé sur son terrain, ils espèrent rééditer le scénario en bousculant l’équipe supposée chez elle et renverser la logique.


À Agadir, la Côte d’Ivoire ne jouera pas seulement un quart de finale. Elle jouera contre un miroir où se reflètent ses limites d’hier et ses ambitions de demain. Si les Éléphants veulent défendre leur couronne, ils doivent apprivoiser ce symbole, faire mentir l’histoire, transformer la « bête noire » en souvenir. Faé le dit sans détour. « L’objectif est d’aller en demi-finale demain en gagnant, et nous allons défier l’Égypte»,  a-t-il déclaré sans détour. Entre respect et défi, prudence et confiance, tout est désormais prêt.

Olivier YEO, Envoyé spécial à Agadir-Maroc