Sport

Lignon Nagueu Georges (champion d’Afrique 1992) : « Je me tiens à la disposition de l’Africa pour l’aider à sortir de la Ligue 2 »

lignon-nagueu-georges-champion-dafrique-1992-je-me-tiens-a-la-disposition-de-lafrica-pour-laider-a-sortir-de-la-ligue-2
© Droits réservés
PARTAGEZ
Lignon Nagueu Georges fait partie des héros de Sénégal 1992 qui ont remporté la première CAN de l’histoire des Éléphants. Il a tout remporté sur le continent et en Côte d’Ivoire, avec son club l’Africa Sports. Dans cette interview, il fait des révélations sur sa carrière, ce qu’il a fait avec la villa reçue de l’Etat ivoirien après le sacre, ce qu’il est devenu après avoir raccroché. Il parle, en outre, de son club de cœur l’Africa Sports. 

On vous connait en tant qu’un ancien joueur de l’Africa Sports et vainqueur de la CAN 92 avec les Eléphants sous l’entraîneur Yéo Martial. Pouvez-vous nous dire qui est réellement Lignon Nagueu ? 
Je suis Lignon Nagueu Georges né à Adjamé. J’ai commencé ma carrière en cadet en 1979-1980. Ensuite, en junior et sénior, juste après la débâcle de l’Africa Sports face à Semassi de Sekondé. Il faut dire aussi que l’équipe nationale de Côte d’Ivoire a fait piètre figure à la CAN 84 que nous avons organisée. En outre, comme nous étions des juniors et seniors, on nous a fait monter en séniors et nous avons joué la finale contre le Zamalek d’Egypte. Je souligne que c’était ma première année de championnat où je joue une finale de Coupe d’Afrique des clubs champions et je suis resté en équipe nationale. A l’Africa Sports, j’ai été champion au moins dix fois. 


On constate que vous avez sorti la tête de l’eau suite aux débâcles de l’Africa Sports en Coupe d’Afrique et des Éléphants à la CAN. Peut-on donc dire que ces mauvais résultats de l’Africa et des Eléphants vous ont ouvert les portes de la gloire ? 
Effectivement, on peut le dire. Quand on me recrutait au quartier pour venir jouer à l’Africa Sports, c’était en tant qu’ailier droit. À cette époque, je fréquentais le Collège d’Orientation de Treichville qui est devenu un lycée moderne et j’avais comme entraineur Gohi Marc. C’est lorsque je suis venu à l’Africa Sports que l’entraîneur Milosevic m’a transformé en me faisant jouer dans l’axe, en demi et en milieu de terrain.« Notre force, on venait tous de la catégorie inférieure, junior et cadette. Il y avait Gnaba, Lago Bailly, Lué Ruffin, Obou Arsène »

En défense, vous avez joué pratiquement à tous les postes. Quel était votre poste de prédilection ?
Comme je le disais tantôt, je suis ailier droit à la base. Si vous avez remarqué, tous les buts ou presque de l’Africa Sports, même en tant que latéral, c’est moi qui les provoquais.D’où vient votre sobriquet « un Béthé trois pieds » ? 
(Rire). Non je ne possède pas un troisième pied invisible. Je suis devant vous, est-ce que j’ai un troisième pied ? 
Ce sont mes coéquipiers qui m’ont donné ce surnom parce que je n’acceptais pas d’être dribblé surtout en un contre un. Soit, tu passes et tu me laisses la balle; soit la balle passe et tu restes à terre. Si vous venez à deux ou trois, vous pouvez passer. Mais à un contre un, je n’acceptais pas. A l’époque à l’Africa Sports, quelle était votre force sur le terrain, car on constatait que lors des rencontres vous étiez à fond la caisse ?  
Notre force, on venait tous de la catégorie inférieure, junior et cadette. Il y avait Gnaba, Lago Bailly, Lué Ruffin, Obou Arsène. Nous étions ensemble en équipe nationale junior et les Gouaméné Alain, Obou Marcaire qui étaient nos coéquipiers en équipe nationale sont venus nous trouver à l’Africa Sports, ce qui faisait qu’on était très motivés. 


Une équipe de l’Africa Sports qui était composée à plus de 90% de joueurs de la même éthnie, quel était votre petit secret ? 
On parlait le Béthé sur le terrain, surtout en défense. Nous avons appris cela avec les clubs maghrébins et ceux de certains pays de l’Afrique de l’Ouest qui parlaient l’arabe et leur langue sur le terrain. Nous nous sommes dit pourquoi ne pas le faire aussi et ça a marché tant en coupe d’Afrique qu’en championnat national. En équipe nationale, surtout en défense, on parlait le béthé. On avait Lago Bailly, Monguehi Guehi, Lué Ruffin, Sacré Abialy, Obou Arsène, rien que des Béthé. Nos trois gardiens étaient des Béthé, à savoir, Gouaméné Alain, Obou Marcaire et Kohon Lucien.« Je remporte la Coupe des vainqueurs de coupe et la Super Coupe d’Afrique. J’ai tout fait à l’Africa Sports »À cette époque, vous aviez comme président un certain Simplice Zinsou qui n’hésitait pas à mettre les moyens à votre disposition, car il était le gendre du président Félix Houphouët-Boigny. Pouvez-vous nous dire dans quelle fourchette se situaient vos salaires et primes de matches ? 
Il faut dire qu’on n’avait rien à envier à un fonctionnaire de l’Etat au temps du président Zinsou.  Je prends mon cas, ma maison était déjà payée sur une période de cinq ans. L’électricité et l’eau étaient au compte du club. J’avais une voiture et un salaire de 300 000 F CFA (trois cent mille). En outre, j’avais un contrat de travail dans une société de la place au nom de l’Africa Sports avec un salaire de 200.000 F CFA. Donc dans le mois, je pouvais avoir un salaire de 500.000 F CFA. C’était motivant et ça nous donnait envie de jouer et on vivait bien. À l’âge de 18 ou 19 ans, on avait un chez soi, une voiture et on était toujours bien habillés.


Est-ce qu’avec tout ce que vous avez gagné en équipe nationale et à l’Africa Sports, vous avez pu réaliser quelque chose pour vos vieux jours ?
Nous avons fait des réalisations. Mais nous préférons ne pas en parler. Nous n’avions pas voulu ressembler aux anciens. En équipe nationale, nous étions payés à 300.000 F CFA même si après, le ministre Ehui Bernard, alors en charge des sports, est venu arrêter ce salaire pour des raisons qui lui étaient propres. En sélection nationale, on avait 200.000 F CFA comme prime de sélection, on était jeune et cela nous permettait d’économiser un peu pour nos vieux jours. Combien de présidents avez-vous connus à l’Africa Sports et que représentait Simplice Zinsou pour vous ?
Simplice Zinsou était mon seul président. J’ai joué sous l’ère Zinsou qui était un père pour nous, qui nous écoutait et qui voulait qu’on joue au football. Je n’ai pas connu d’autres présidents.Plus de dix ans à l’Africa Sports, pouvons-nous savoir votre plus beau souvenir ?
Il faut dire que pour ma première saison à l’Africa Sports, je joue une coupe d’Afrique ici contre le Zamalek où je délivre une passe décisive à Guédé Gba Ignace. Je remporte la Coupe des vainqueurs de coupe et la Super Coupe d’Afrique. J’ai tout fait à l’Africa Sports.« Je jouais crânement, ce qui faisait que j’étais le premier à être pris avant les autres »Et les mauvais souvenirs ? 
Au chapitre des mauvais souvenirs, celui qui m’a marqué, c’est notre défaite ici à Abidjan devant le Zamalek alors qu’on avait tout pour gagner ce match avec une prime de victoire de 25 millions FCFA par joueur.


Quoi, 25 millions FCFA par joueur à cette époque ?
Oui, 25 millions F CFA par joueur. À notre âge, avoir 25 millions F CFA, on a doublement perdu, imagine où j’allais investir. Et avec les Eléphants, hormis la CAN 92 remportée au Sénégal, quels souvenirs ? 
Pour la CAN 1992 que tout le monde connait, il faut dire que j’ai été sélectionné pour aller jouer la CAN 1986 au Caire. Tout jeune joueur, pour ma première saison en championnat, je suis sélectionné pour la CAN où on devait affronter des joueurs comme Aziz Bouderbellah. Je ne le savais pas; c’est le soir à la maison que j’ai entendu mon nom à la télévision. J’étais très content.Selon Yéo Martial, vous étiez son premier choix à cause de votre polyvalence, vous étiez le couteau suisse de la sélection...
Vous 
savez, je jouais presque à tous les postes. Je pouvais remplacer un défenseur, un attaquant, un milieu de terrain et même un gardien de but. La raison, c’est que je voulais réussir dans le football. J’ai laissé les études pour le football, donc je me donnais toutes les chances pour réussir, je travaillais dur. Quand on me mettait à un poste, je ne jouais pas pour la forme. Je jouais crânement, ce qui faisait que j’étais le premier à être pris avant les autres.


Après votre carrière de footballeur, vous êtes entré à la Police. Est-ce un don de feu le président Félix Houphouët-Boigny ?
Non ce n’était pas un don de l’Etat ivoirien. J’ai joué la CAN 1986, 1988, 1990 et 1992. Je me suis dit que c’était trop, qu’il fallait céder la place aux autres. Quand nous avons remporté la CAN, nous sommes allés voir le « Vieux » pour lui dire de nous trouver du travail parce que nous étions de vieux joueurs, des joueurs presque à la retraite qui avaient deux ou trois saisons devant eux. Il nous a dit qu’il partait en France pour se soigner et qu’à son retour, il allait se pencher sur notre doléance. Malheureusement pour nous, à son retour, il est décédé. Il faut le dire : nous avons réalisé son rêve de voir la Côte d’Ivoire soulever la CAN. Ses Eléphanteaux étaient devenus des Eléphants. Un matin, je me suis levé avec le petit niveau d’étude que j’avais et je suis allé passer le concours de Police où j’ai été déclaré admis en tant que Sergent. Ensuite, je suis passé Sergent-Chef, Adjudant. Je passe le concours des officiers où j’échoue à deux reprises, la troisième fois, je suis admis et retourné à l’Ecole de Police pour la formation. Je ressors comme Sous-lieutenant et je passe Lieutenant, Capitaine pendant quatre ans et je vais à la retraite.« Le football, pour moi, est une passion, c’est ma vie. Quand j’étais à l’Ecole de police, je passais mes diplômes d’entraineur. J’ai passé le diplôme C »


Une carrière professionnelle bien remplie comme au football ?
Oui, j’ai servi l’Etat ivoirien et l’Etat de Côte d’Ivoire m’a tout donné.Lorsque vous avez remporté la CAN 92, l’Etat ivoirien vous a remis à chacun une villa. Que sont devenues ces maisons ? On dit que certains ont vendu les leurs ? 
Je possède la mienne, elle me sert toujours. Non, ils n’ont pas vendu leurs maisons. Certains ne travaillant pas, ils ont mis leur villa en location. D’autres ont cédé les leurs pour acheter une maison qui leur convient et faire des affaires avec le reste de l’argent. On raconte dans le milieu de la formation des policiers, puisque vous étiez un formateur à l’Ecole de police, que vous étiez très sévère ?
Non, je n’étais pas sévère, mais j’aime la discipline, le travail bien fait. J’ai passé dix-sept ans au niveau de la formation à l’Ecole de police. J’ai formé votre frère le Commandant Dou Heston Sinclair, qui est venu me retrouver après à la formation, vous pouvez lui demander. Il est un modèle dans la formation au niveau de la Police de Côte d’Ivoire.


Etant à la Police, le virus du football était toujours en vous puisqu’après, on vous retrouve en tant qu’entraineur certifié de la FIF et de la CAF et vous avez coaché les équipes de l’Africa Sports, de la SOA et du Sporting club de Gagnoa que vous avez conduites en Coupe d’Afrique...Le football, pour moi, est une passion, c’est ma vie. Quand j’étais à l’Ecole de police, je passais mes diplômes d’entraineur. J’ai passé le diplôme C. À notre temps, les diplômes CAF n’existaient pas. C’est quand nous sommes arrivés en A FIF qu’on nous dit de passer la Licence A CAF et en 2016, avec les Haidara Souahilo, Akessé Lewis et d’autres, nous avons passé le test pour avoir nos Licences A CAF. Après, j’ai entrainé l’Africa Sports, mon club de cœur, la SOA et le Sporting club de Gagnoa.« J’ai quatre enfants, deux filles et deux garçons, je ne veux pas qu’ils jouent au football. Aujourd’hui, au football, ce n’est plus le talent du joueur qu’on privilégie »Pourquoi le choix de ces trois équipes alors que vous aviez eu des sollicitations pour entrainer d’autres équipes ?
Je voulais dire un grand merci au passage au député-maire de Gagnoa, l’Honorable Yssouf Diabaté, alors président du Sporting Club de Gagnoa qui m’a coopté pour être un chapeau de son coach Oussou Israël, parce que j’avais la Licence A CAF. Aujourd’hui, coach Israël est en train de passer la Licence A CAF, je suis fier de son parcours, c’est un jeune rigoureux qui n’est jamais satisfait, qui veut toujours apprendre et comprendre le pourquoi, le comment. Pour l’Africa Sports, j’étais là volontairement pour sauver les meubles. J’ai entrainé la SOA et Yopougon FC, deux clubs que j’ai envoyés en première division. Actuellement, je suis à la Fédération Ivoirienne de Football en tant que Commissaire au match de la Ligue 2.


L’Africa Sports est en Ligue 2 depuis cinq ans, et souffre encore en occupant la dixième place au classement. Avez-vous des contacts avec Me Zébé, le nouveau président et pourquoi n’aidez- vous pas votre club de cœur ? 
La descente de l’Africa Sports en Ligue 2 nous fait tous mal. Nous voulons apporter notre savoir-faire, mais nous ne sommes pas sollicités, notre formation professionnelle et familiale ne nous permet pas de forcer les choses. Pour le moment, je suis là, j’attends qu’on me responsabilise. J’ai déjà fait la proposition au président actuel, je lui ai dit que je suis là, à la disposition du club, s’il a besoin d’un coach, d’un directeur sportif, de quelqu’un pour aider l’Africa Sports, je suis là.Mais actuellement au niveau des dirigeants, ce n’est pas l’amour parfait, que préconisez-vous pour que la paix revienne ?
L’Africa est un club de référence qui a dominé l’Afrique, la Côte d’ivoire et maintenant nous nous retrouvons en Ligue 2. Il faut que les dirigeants soient unis pour faire avancer l’équipe, quitter cette ligue 2 en recrutant de bons joueurs. Mettre un comité de recrutement, faire comme au temps de Zinsou, aller chercher les bons joueurs et mettre les moyens.


Avez-vous des nouvelles de vos coéquipiers de Sénégal 92 ?
Oui, hormis ceux qui sont décédés comme Alain Doumbouya, Kassi Kouadio Lucien, nous qui sommes vivants, nous nous fréquentons, certains sont devenus entraineurs comme moi, d’autres sont en Europe, ou sont à leurs propres comptes. Chacun mène sa petite vie avec sa famille. 
  
Le football vous a tout donné, aimeriez-vous que vos enfants jouent au football ? 

Non. J’ai quatre enfants, deux filles et deux garçons, je ne veux pas qu’ils jouent au football. Aujourd’hui, au football, ce n’est plus le talent du joueur qu’on privilégie, il faut toujours avoir une connaissance pour vous pousser alors que je ne veux pas intervenir pour mes enfants comme je refuse qu’on vienne me voir pour prendre un joueur parce qu’il est le fils ou le protégé d’un tel. Chez moi, c’est le talent, le mérite. DOU Nicaise