
Christophe Gleizes est derrière les barreaux en Algérie depuis mai 2024. Il a écopé de sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » alors qu’il travaillait sur un reportage consacré à l’histoire de la JS Kabylie, l’un des clubs les plus suivis du pays. Ce journaliste sportif français est devenu, sans l’avoir cherché, le symbole d’une affaire qui dépasse largement le cadre judiciaire et qui renvoie une image peu flatteuse du régime algérien.
Aujourd’hui, toutes les voies de recours judiciaires sont épuisées. La seule issue possible, c’est une grâce présidentielle. Et c’est exactement ce que réclame Gianni Infantino. « Il y a une chaise vide dans cette salle, et elle est réservée à un journaliste français, Christophe Gleizes, le seul journaliste sportif actuellement emprisonné dans le monde », a-t-il déclaré, donnant à cette affaire une résonance internationale.
Il a poursuivi en expliquant que Gleizes avait une accréditation et une place qui l’attendait. « J’ai invité ses parents à venir voir le match France-Sénégal, mais j’espère sincèrement que, dans un grand geste d’humanité, il bénéficiera d’une grâce présidentielle et pourra même nous rejoindre ici pendant la Coupe du monde. En attendant, sa place reste réservée », a-t-il ajouté. Ces quelques mots ont suffi à propulser l’affaire sur le devant de la scène mondiale. Et du même coup, ils ont mis l’Algérie dans l’embarras, alors que le pays participe au Mondial 2026 après avoir raté les éditions 2022 et 2018. Tout ça arrive au moment où le monde entier célèbre le lancement du plus grand événement footballistique de la planète, avec des milliers de journalistes présents pour couvrir la compétition.
L’appel public de Gianni Infantino place les autorités algériennes dans une situation délicate, et pourrait bien accélérer la libération du journaliste. Jusqu’ici, l’affaire Christophe Gleizes était surtout suivie dans les cercles diplomatiques, médiatiques et chez les défenseurs de la liberté de la presse. Désormais, elle est portée devant la presse sportive mondiale, au cœur du plus grand show sportif de la planète. Et un seul nom revient sans cesse : l’Algérie. Le pays s’offre donc une bien mauvaise publicité au pire moment possible, et se retrouve face à un vrai dilemme : réagir, ou garder le silence et voir son image se dégrader encore un peu plus. D’un côté, maintenir Gleizes en détention risque d’alimenter les critiques internationales et d’associer durablement le nom de l’Algérie à une affaire aussi choquante qu’invraisemblable, vu la lourdeur des accusations. De l’autre, une grâce présidentielle pourrait être vue comme un recul après une procédure judiciaire qui s’est conclue par la confirmation de la peine.
Pour mémoire, une affaire similaire de détention arbitraire avait déjà entaché l’image de l’Algérie. Elle s’était terminée par la publication d’un livre très sévère envers le système algérien, signé Boualem Sansal. Cet écrivain franco-algérien avait été emprisonné dès son arrivée en Algérie en novembre 2024, après avoir déclaré dans une interview à un média français, un mois plus tôt, que certaines régions aujourd’hui algériennes avaient historiquement appartenu au Maroc avant le découpage colonial.
L’écrivain de 81 ans, condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale », avait finalement été gracié en novembre par le président Abdelmadjid Tebboune après un an de détention, dans le cadre d’un rapprochement entre l’Algérie et la France après une crise diplomatique. « J’ai écrit à Tebboune quand j’étais en prison, je lui ai dit : "Si vous me libérez, je vous attaque en justice." Et je vais attaquer M. Tebboune, parce que c’est lui qui m’a condamné », a déclaré l’écrivain en marge d’un événement à l’Assemblée nationale française, annonçant son intention de saisir la justice internationale.