Économie

Commerce d’agoutis : Les clés pour réussir sans « taper poteau »

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L’élevage de l’aulacode, abusivement appelé agouti, est une activité porteuse. Mais avant de s’y engager, il importe d’en connaître les clés en se formant.

Inspecteur de l’ensei­gnement primaire, Amon Kouassi Ernest est venu de Bondoukou pour suivre une forma­tion sur l’élevage d’agouti, qui se tient ce 4 juillet dans une école primaire de Yo­pougon, dans les environs de l’église Saint Pierre. 

Fonctionnaires en fonction ou à la re­traire s’y lancent

« Cette activité peut être une source de revenu addi­tionnel qui peut nous aider à améliorer notre condition de vie, nous autres qui sommes encore en fonction et aimons l’élevage », justi­fie-t-il son choix d’effectuer une si longue distance pour prendre part à la formation. « Je pense que cette acti­vité peut être très rentable parce que, jusque dans les plus petits hameaux de Côte d’Ivoire, la viande d’agouti est prisée », se convainc-t-il. Aussi a-t-il ar­rêté l’élevage de poulets, puis de lapins pour explorer désormais l’aulacodicul­ture. 

Il n’est pas le seul à être venu de l’intérieur du pays pour la même formation. Le pasteur Beu Bernard est venu, lui, de Divo, le même jour. « C’est quelque chose que j’attendais depuis long­temps. J’ai pris le car à 5h30 et à 7h30, j’étais déjà à Abidjan. C’est dire que ça me tenait à coeur. Pour moi, cette formation est une au­baine. », confie-t-il à l’issue de la session. Pour lui, l’acti­vité vaut qu’on s’y intéresse. « Il y a d’abord le fait que ce sont des animaux qu’on peut nourrir sans trop dé­penser. Je vois qu’on dé­pense moins mais on gagne plus », explique-t-il. « Après cette formation, je me rends compte qu’on ne peut faire l’élevage d’aulacode sans s’être au préalable formé », retient pour sa part Traoré Malamine, fonctionnaire à la re­traite. 

On peut passer de 3 agoutis à 80 en 20 mois 

Avant de se lancer dans l’élevage d’agoutis, il importe, en effet, d’avoir une bonne connaissance des contours de l’activité. On peut la débuter avec un trio d’agoutis, constitué de deux fe­melles et un mâle. Les femelles mettent bas deux fois dans l’année et font de 4 à 17 bébés aulacodes appelés au­lacodaux, par portée. 20 mois après le démar­rage de l’activité, l’éle­veur peut se retrouver avec au minimum 80 agoutis, avec une por­tée minimale de 4 aula­codaux. C’est à ce moment qu’il peut vrai­ment envisager de ven­dre les mâles destinés à la consommation. Ceux-ci devront être, au préa­lable, engraissés pour être suffisamment dodus pour rapporter gros. 

Mais pour en arriver là, il faudra réunir les condi­tions pour une produc­tion gagnante. Cela commence d’abord par la confection d’un habitat adapté, c’est-à-dire à l’abri du froid et des bruits persistants (près des maquis), tout en étant aéré et éclairé. « Le premier totem des aulacodes, c’est le froid », insiste le formateur du jour, Toikeusse Achille Kpan. Aussi des dimen­sions précises sont-elles requises pour leurs cages. Outre les cages, il faut prévoir des abreu­voirs et mangeoires pour le volet alimentation. 

Comment les nourrir

Leur alimentation est également une condi­tion du succès de cette activité. Les agoutis se nourrissent à 70% d’herbe, appelée four­rage, et 30% de complé­ments alimentaires c’est-à-dire les aliments autres que l’herbe. Ils mangent le bambou de chine, les feuilles et le coeur de palmier, etc. On peut aussi les nourrir avec du manioc, du maïs, de la banane, du riz, bref, presque tout ce que nous consommons. 

Concernant les mâles qu’on destine à la vente, il faut leur donner 70% de compléments alimentaires et 30% d’herbes. Mais pour s’as­surer de bien mener la production, il faut sur­tout veiller à la santé du cheptel. A cet effet, il convient de les mettre à l’abri de toute source de stress, d’appliquer des mesures d’hygiène en procédant notamment à l’enlèvement régulier de la laitière. En cas de stress par exemple, leur administrer une eau su­crée et citronnée. En cas d’affections respira­toires, leur donner une infusion de clou de gi­rofle. S’ils sont constipés ou ont la diarrhée, leur donner à boire un mé­lange de charbon de bois écrasé avec une pincée de sel. 

Eviter le péril de la consanguinité

Il faut également pren­dre certaines précau­tions. La plus importante, c’est d’éviter la consan­guinité en faisant s’ac­coupler un mâle et une femelle issue de la même descendance. Cela peut décimer le cheptel. « Pour éviter les problèmes dus à la consanguinité, il faut commencer avec au minimum deux trios », conseille le formateur. Par ailleurs, pour éviter des réactions agressives du mâle ou son refus de s’accoupler avec la fe­melle, il faut éviter de le déplacer vers la cage où se trouve la femelle ; tout comme il est contreproductif de met­tre plusieurs femelles dans la cage d’un mâle. Il faut plutôt opter pour un mâle pour une fe­melle par cage. Ce sont là des connaissances es­sentielles à savoir avant de se lancer dans l’aula­codiculture, qui reste une activité rentable. « En aulacodiculture, on ne tape jamais poteau (on ne perd jamais, NDLR) », assure le forma­teur.