
La SOCORIDKO tient sa toute première assemblée générale ordinaire le 22 août. Que représente cette échéance pour la coopérative, quel est l'ordre du jour et quelles décisions attendez-vous des délégués ?
C'est un rendez-vous important pour nous. Nous faisons l'effort de réunir nos membres chaque année pour rendre compte de nos activités. L'ordre du jour prévoit les allocutions, la présentation de la coopérative, puis le bilan moral et financier. Nous aborderons ensuite les difficultés auxquelles nous sommes confrontés et nous y proposerons des solutions. J'exhorte les délégués à venir massivement, afin que nous puissions travailler ensemble et échanger sur nos perspectives.
Beaucoup de nos lecteurs découvrent votre coopérative. Quand a-t-elle été créée, combien de riziculteurs compte-t-elle aujourd'hui, sur quelles localités, et quelle place y occupent les femmes et les jeunes ?
La coopérative a été créée il y a trois ans. Nous comptons aujourd'hui 2 000 riziculteurs, répartis dans vingt-cinq villages. Nous sommes présents dans le département de Korhogo, mais aussi à Dikodougou et au-delà. Les femmes occupent une place prépondérante : elles représentent 80 % de nos membres. Nous comptons également des jeunes.
Nous labourons encore avec des bœufs
Parlons production. Quelles superficies exploitez-vous, quels volumes de paddy récoltez-vous et de quels équipements disposez-vous pour travailler vos parcelles ?
L'année dernière, nous avons exploité 313 hectares, pour une production d'environ 1 000 tonnes. Cette année, nous avons dépassé les 500 hectares, pour une production qui devrait avoisiner 1 500 tonnes. Malheureusement, nous ne disposons pratiquement pas d'équipements. Nous avons un besoin réel de matériel pour travailler et moderniser nos activités. Nous labourons encore avec des bœufs. C'est pénible, et cela ne nous permet pas de maximiser la production ni les superficies. Il y a d'autres terres disponibles, mais nos paysans ne peuvent pas agrandir leurs champs : cela demande beaucoup de moyens.
Où va votre riz une fois récolté, qui sont vos acheteurs et comment supportez-vous la concurrence du riz importé sur les marchés du Nord ?
Une fois récolté, notre paddy part vers les usines pour être transformé, puis nous le mettons à la disposition de la population. Dans le département de Korhogo, notre riz est très apprécié, et la demande est forte à Abidjan. 90 % de ce que nous produisons est consommé dans la région du Poro et à Abidjan. Faire face au riz importé reste difficile : il arrive par millions de tonnes et nous n'avons pas les moyens de produire davantage. La règle est simple : si nous produisons plus, nous pouvons baisser le prix de vente et mettre le riz à la portée de tout le monde. Avec les moyens insuffisants dont nous disposons, le peu que nous réussissons à produire doit se vendre à un certain prix, parce que les engrais et les produits phytosanitaires ne sont pas toujours accessibles aux agriculteurs.
Une coopérative ne vit pas sans argent. Comment financez-vous vos campagnes, quel rôle jouent vos partenaires, notamment la SIAAO et BIO+, et quels appuis recevez-vous de l'État à travers l'ADERIZ ou le FIRCA ?
Ce n'est pas facile. Nous avons mis en place une cotisation des membres et, en tant que président du conseil d'administration, je suis pour l'instant obligé de faire face à la majorité des dépenses, le temps que tout se mette en place et que nous trouvions des partenaires. Nous nous sommes constitués en coopérative précisément parce que nous avons besoin d'aide et que nous voulons produire davantage. La SIAAO, à travers son produit BIO+, qui est un engrais organique, est pour nous un partenaire clé. Nous avons signé ce partenariat cette année. Notre ambition est de produire un riz qui soit local et biologique, avec l'espoir de labelliser ce riz de Korhogo, 100 % bio et 100 % local. Nous comptons sur leur expertise et leur expérience pour mener ce plan à bien.

Au delà de cette structure qui vous accompagne, avez vous d'autres partenaires ?
Cela fait trois ans que nous travaillons et nous avons vraiment besoin d'un accompagnement. Les années précédentes, j'ai sollicité plusieurs structures sans obtenir de suite. Au FIRCA, nous avons adressé une lettre d'invitation et une demande d'assistance et de partenariat, et nous attendons toujours une réponse. Nous approchons tout le monde, mais ce n'est pas facile. Avec l'ADERIZ, nous avons obtenu une faucheuse, qui permet de couper le riz beaucoup plus vite que le petit couteau utilisé d'ordinaire. Nous l'avons confiée au village de Gbénavogo. Nous aimerions en avoir d'autres, pour récolter sereinement tout ce que nous cultivons. Une coopérative qui regroupe 2 000 personnes et qui s'est donné pour objectif de développer le riz mérite d'être soutenue.
Un million de francs d'engrais pour dix hectares
Quelle est aujourd'hui votre principale difficulté ?
Le premier problème, c'est le coût de l'engrais. Nous utilisons le NPK et l'urée. Le sac coûte 19 000 francs CFA. Quand on sait qu'il en faut en moyenne cinq à l'hectare, on arrive déjà à près de 100 000 francs. Celui qui veut faire dix hectares est à près d'un million de francs, rien qu'en engrais. C'est un vrai problème, dans un pays dont l'économie repose sur l'agriculture depuis des décennies. Le second, c'est le manque de matériel : sans mécanisation, nous ne pouvons pas étendre les superficies.
La Côte d'Ivoire s'est fixée l'objectif de l'autosuffisance en riz. Quelle contribution le département de Korhogo peut-il y apporter, et quels investissements réclamez-vous en priorité ?
Nous croyons à cet objectif, et c'est pour cela que nous avons décidé de nous mettre ensemble pour relever le défi. La première des choses, c'est d'augmenter la production. Si la production locale augmente, les importations diminuent. Pour cela, il faut la mécanisation, à travers un appui en tracteurs, et il faut l'engrais. Ce sont les deux leviers forts. Nous avons lancé un défi dans la région du Poro : doubler la production de riz en cinq ans. Nous sommes très alignés sur l'objectif de l'État. Pour y parvenir, il nous faut des investissements en matériel agricole, des tracteurs, des engrais et une usine de transformation. L'élément prépondérant reste la semence, mais ce volet est en train d'être réglé dans le Poro : nous avons de très bonnes semences qui viennent de Daloa, Gagnoa et Yamoussoukro. Notre coopérative dispose par ailleurs d'une parcelle de 5 000 mètres carrés. Ce qui nous manque, c'est l'unité de transformation qui rendra la SOCORIDKO autonome.
Votre assemblée se tient sous le haut patronage de l'Honorable Coulibaly Madjara Tiégbana. Qu'attendez-vous de ce parrainage, et quel message adressez-vous aux jeunes du département qui hésitent encore à s'engager dans la riziculture ?
Notre marraine, la députée Coulibaly Madjara Tiégbana, a été la première à croire en nous. C'est grâce à elle que la SOCORIDKO est née, et nous espérons que c'est grâce à elle qu'elle prendra son envol. Nous souhaitons qu'elle continue de nous accompagner comme elle l'a toujours fait. Aux jeunes de Korhogo qui hésitent encore à se lancer, je dis que la terre nourrit son homme. La consommation de riz est forte : celui qui cultive le riz ne peut pas échouer. Je les encourage à s'engager dans les activités liées à cette culture, qui touchent plusieurs domaines : la production, la transformation et la commercialisation. C'est une voie vers l'autonomie financière.
Entretien réalisé par
Yacouba DOUMBIA