
Pour la dernière communication de l’édition 2026 du Forum des radiocommunications, les acteurs du spectre radioélectrique en Côte d’Ivoire ont dressé le bilan d’une gestion optimale du déploiement des réseaux radioélectriques. Et surtout d’une meilleure surveillance de l'exposition aux ondes électromagnétiquesen Côte d’Ivoire. Une feuille de route de la gestion des fréquences radioélectroniques a été établie à l’issu des travaux. Pour parler d’une même voix au niveau de l’État, les acteurs ont produit une déclaration dite " la Déclaration d'Abidjan". Il a produit un diagnostic d'une franchise rare : la peur des ondes n'est plus le principal frein, et les obstacles réels sont ailleurs. Le constat est que les campagnes de 2026 affichent 100 % de sites conformes au règlement des radioélectriques. Mais le ministère en charge de la Transition numérique continue de recevoir des plaintes de populations qui sont inquiètent de la proximité des antenne à leurs domiciles.
Dr Aliou Bamba, directeur de la Gestion nationale des fréquences, pour l'AIGF a d'abord défendu l'AIGF Tour, la tournée annuelle de restitution des mesures qui sillonne le pays depuis cinq ans. C'est selon lui peut-être la meilleure innovation de l'Agence de la dernière décennie, car la perception du public compte autant que la technique. Les populations l'accueillent avec enthousiasme et demandent à la revoir chaque année. Le modérateur a toutefois réclamé un véritable baromètre des radioélectriques en Côte d'Ivoire. Une enquête de satisfaction mesurable d'une édition à l'autre, que l'AIGF n'a pas encore. Surtout, Dr Bamba a livré un constat au niveaux des requêtes des populations. La plutpart des plaintes n'a rien à voir avec les ondes. Sur le terrain, les équipes découvrent le plus souvent des litiges fonciers ou des conflits familiaux autour du terrain d'implantation.
Les opérateurs font le constat du terrain
Gilles Mel, directeur réseaux pour les opérateurs, a confirmé ce diagnostic et en a dressé la cartographie. La peur de l'exposition reste le premier argument avancé. Mais elle se règle presque toujours grâce aux données officielles de l'AIGF. Les préfectures et mairies exigent désormais le document de l'AIGF avant d'autoriser une installation d’équipement de radioélectrique. Un site rapporte un loyer mensuel au propriétaire qui l'accueille, et cette rente attise les jalousies du voisinage. Les arguments sanitaires servent alors souvent de paravent à des rivalités d'intérêts. Pour y échapper, les opérateurs cherchent à s'implanter sur le domaine public. Obtenir un emplacement auprès des mairies ou des districts autonomes relève du parcours du combattant. Pourtant, dans d'autres grandes villes, les antennes installées sur le domaine public se fondent dans le mobilier urbain.
Cinq axes pour une gestion optimale des radioélectriques en Côte d'Ivoire
Dr Bamba a répondu par une stratégie en cinq axes. Le premier est juridique. Au-delà des valeurs limites du décret de 2019, il faut définir en concertation avec les opérateurs un seuil de « point atypique », sur le modèle français, qui déclenche une action correctrice. Le deuxième est la coordination. L'AIGF ne peut régler seule des litiges fonciers ou de voisinage, et doit associer le ministère de la Construction et de l'Urbanisme, les mairies, les collectivités et les sous-préfets, qui sont au contact des populations. Le troisième est d’ordre technique. Passer des mesures ponctuelles à une surveillance continue. Couplée au seuil de point atypique, elle deviendra une surveillance active, capable d'alerter depuis le bureau dès qu'un site sensible, comme l'aéroport, atteint ce niveau. Le quatrième est la communication. Il s'agit d'associer aux campagnes le ministère de la Santé, des épidémiologistes et d'autres scientifiques pour porter le même message avec une autre crédibilité, et de mobiliser les radios de proximité, la télévision et les institutions parlementaires.
L'ennemi, a-t-il insisté, est la désinformation : il a cité un pseudo-expert qui expliquait dans un journal que le réseau « cellulaire » s'appelait ainsi parce qu'il utilisait les cellules du corps humain. Le cinquième axe est la recherche et les partenariats, pour produire une connaissance locale.
Bema Bakayoko