
Très vite, la sidération a cédé la place à la colère dans les capitales régionales. Réunis en urgence, les États du Conseil de coopération du Golfe ont dénoncé une violation flagrante de leur souveraineté et promis de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour protéger leurs populations.
Or, dans les faits, Téhéran cible principalement des installations militaires américaines en Arabie saoudite, au Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Koweït et au Qatar. Toutefois, certaines frappes ont également touché des infrastructures civiles et énergétiques, fragilisant l’image de stabilité que ces monarchies s’efforcent de projeter depuis des décennies. Certes, les systèmes de défense aérienne et l’évacuation anticipée de certaines bases ont limité les pertes humaines. Mais le choc psychologique, lui, demeure profond.
Ainsi, les monarchies du Golfe se retrouvent face à un choix cornélien. D’un côté, maintenir un canal de dialogue avec l’Iran, malgré ses limites, pourrait éviter une escalade incontrôlée. De l’autre, renforcer leur alignement sécuritaire sur Washington risquerait d’exposer davantage leurs territoires aux représailles iraniennes. Car Téhéran a prévenu : toute base utilisée contre lui deviendra une cible. Pourtant, le régime insiste ne pas vouloir l’affrontement direct avec ses voisins.
Parallèlement, des voix s’élèvent pour appeler à la désescalade. Oman, fidèle à son rôle de médiateur traditionnel, tente de maintenir un fil de discussion. Les Européens du groupe E3 affichent leur soutien sécuritaire aux alliés du Golfe, tandis que Washington durcit le ton. Dans ce contexte, les capitales régionales redoutent autant l’escalade militaire que l’hypothèse d’un effondrement incontrôlé de l’Iran, synonyme de chaos durable et de volatilité sur les marchés énergétiques.
Par ailleurs, cette crise met en lumière les limites du parapluie sécuritaire américain, tout comme celles des timides tentatives de rapprochement avec Téhéran. Entre solidarité stratégique et prudence régionale, les États du Golfe avancent désormais sur une ligne de crête, conscients que chaque pas pourrait les rapprocher d’un basculement historique.