
En 2025, la France a recensé 704 mineures victimes de prostitution. C’est 43 % de plus qu’il y a quatre ans. Malgré les plans gouvernementaux, l’exploitation sexuelle des enfants ne faiblit pas. Elle change de visage, et elle progresse. Le constat, publié le 10 avril par l’Observatoire national des violences faites aux femmes, est sans appel . 94 % des victimes sont des filles, souvent très jeunes, issues de milieux fragiles, parfois déjà suivies par l’aide sociale à l’enfance. Du côté des forces de l’ordre, on distingue 416 situations liées à du proxénétisme et 288 liées à la prostitution.
Derrière cette hausse, il y a un moteur , le numérique. L’association l’Amicale du Nid le confirme : 86 % des jeunes qu’elle accompagne ont été mises en contact avec des clients via Snapchat ou des sites internet. Les « lover boys » rodent sur les réseaux, font miroiter de l’argent facile et installent rapidement leur emprise. La rue n’est plus le seul terrain de chasse, les appartements loués à la journée compliquent le travail des enquêteurs.
Face à cette évolution, la ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a réagi avec fermeté : « L’exploitation sexuelle, loin de reculer, se reconfigure. La prostitution des mineurs en est aujourd’hui l’une des manifestations les plus alarmantes. » Certains acteurs de terrain refusent d’ailleurs l’expression « prostitution des mineurs », qu’ils jugent trop édulcorée. Sur les réseaux sociaux, une internaute le rappelle crûment : « Un mineur ne se prostitue pas. Il est corrompu, exploité, violé. » Le contraste est frappant, si environ 40 000 personnes se prostituent en France, le nombre de majeures a baissé de 8 % depuis 2021, tandis que celui des mineurs explose. Les condamnations pour proxénétisme ont doublé entre 2017 et 2024, mais les clients, eux, restent peu inquiétés, seulement 1 442 contraventions en 2025.
Malgré la loi de 2016 et les stratégies lancées en 2021 et 2024, l’exploitation sexuelle des mineurs continue de grimper, dopée par le numérique et des clients du quotidien. Une réalité qui pose une question brûlante. Nos dispositifs de protection sont-ils encore adaptés ? L’urgence, elle, est déjà là.