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Francophonie : Kinshasa et Kigali, duel diplomatique pour la direction de l’OIF

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La bataille pour la direction de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) prend des allures de confrontation diplomatique entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.

Alors que les tensions militaires persistent dans l’est congolais, Kinshasa et Kigali projettent leur rivalité sur la scène internationale en soutenant des candidatures concurrentes pour un poste hautement stratégique.  En effet, la candidature de la Congolaise Juliana Lumumba, fille du héros de l’indépendance Patrice Lumumba, s’oppose à celle de Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale de l’OIF et candidate à un troisième mandat. D’un côté, Kinshasa défend l’idée que Juliana Lumumba incarne le poids démographique et culturel croissant de l’Afrique francophone. Avec près de 100 millions d’habitants, la RDC est aujourd’hui le premier pays francophone au monde en nombre de locuteurs. De l’autre, Kigali plaide pour la continuité, mettant en avant le bilan de Mushikiwabo depuis 2018 et son rôle dans la modernisation de l’institution.

Cependant, cette confrontation ne se limite pas à une simple compétition institutionnelle. Elle s’inscrit dans un climat de méfiance marqué par les combats dans l’est de la RDC, où Kinshasa accuse Kigali de soutenir les rebelles du M23. Le Rwanda, de son côté, rejette ces accusations et appelle à préserver le caractère multilatéral de l’OIF, loin des tensions bilatérales. Par ailleurs, d’autres candidatures venues de Mauritanie et de Roumanie viennent compléter le tableau, mais l’affrontement entre Kinshasa et Kigali reste au centre des attentions. Le processus de désignation du secrétaire général, basé sur le consensus des chefs d’État et de gouvernement, reflète une règle non écrite : privilégier une personnalité issue du Sud, souvent africaine, mais avec l’appui décisif des principaux contributeurs financiers, notamment la France et le Canada.

Ainsi, au-delà des rivalités nationales, l’enjeu est considérable. L’OIF, qui rassemble plus de 90 États et gouvernements, joue un rôle clé dans la promotion de la culture, de l’éducation et de la coopération économique. La bataille pour sa direction illustre combien la francophonie est devenue un terrain d’influence diplomatique, où se croisent ambitions nationales et équilibres géopolitiques.