
Hausse des ressources du Conseil régional, relance de la caféiculture, arrivée d’unités industrielles, infrastructures routières, électrification rurale et équipements sociaux : les chantiers engagés témoignent d’une région en profonde mutation, même si plusieurs défis restent encore à relever. Longtemps meurtrie par les crises militaro-politiques qui ont profondément affecté l’ouest ivoirien, la région du Cavally s’est progressivement engagée dans une dynamique de reconstruction portée conjointement par les investissements de l’État et ceux du Conseil régional présidé par la ministre d’État Anne Désirée Ouloto-Lamizana.
Un budget multiplié par quatre
L’évolution des finances régionales montre cette montée en puissance. Le budget primitif du Conseil régional est passé de moins de deux milliards de francs CFA au début de la mandature à plus de huit milliards en 2025. L’objectif affiché est d’atteindre au moins dix milliards de francs CFA avant la fin du mandat en 2028. Lors de sa session de mai 2026, l’institution a adopté un programme d’investissements de 13,6 milliards de francs CFA couvrant les départements de Guiglo, Bloléquin, Toulépleu et Taï. À cette date, sur les 101 projets programmés, 33 étaient entièrement achevés et 60 autres en cours d’exécution.
Le retour de la caféiculture
L’agriculture demeure le principal levier économique de la région. En avril 2026, le Projet de promotion de la caféiculture (2PCC) a été relancé à Bloléquin afin de redonner au Cavally sa vocation historique de bassin caféier. Le programme accompagne déjà 1 000 producteurs et prévoit la mise en culture de 1 000 hectares supplémentaires sur trois ans, avec l’appui de l’ANADER et du Conseil du Café-Cacao. Dans le même temps, près de 300 coopératives agricoles font l’objet d’un programme de diagnostic et de restructuration destiné à améliorer leur performance économique.
La transformation industrielle s’accélère

La stratégie régionale vise également à créer davantage de valeur ajoutée localement. L’ouverture du marché de gros de Doké, la mise en service d’une unité de transformation de manioc à Bloléquin ainsi que les projets d’implantation de nouvelles unités de transformation du maïs et du gombo à Guiglo, Taï et Toulépleu traduit cette orientation. Quatre unités industrielles sont annoncées, avec des retombées attendues en matière d’emplois pour les jeunes et d’autonomisation économique des femmes.
Les grands travaux de désenclavement

Les infrastructures structurantes restent principalement financées par l’État. Le nouveau pont de Guiglo sur la rivière N’Zo constitue l’un des principaux symboles de cette politique. Construit pour un coût de 8,2 milliards de francs CFA, cet ouvrage de 111,77 mètres remplace un pont datant de 1958 et améliore désormais les échanges entre Guiglo, Bloléquin, Toulépleu et Taï. Les travaux de bitumage des axes Bloléquin-Toulépleu et Zouan-Hounien-Toulépleu progressent également. Tous les chantiers n’avancent toutefois pas au même rythme. En revanche l'accès aux services de base constitue un autre axe de cette transformation. Le département de Taï, qui ne disposait d’aucun village électrifié en 2011, affiche aujourd’hui un raccordement de l’ensemble de ses vingt-deux villages au réseau national. Le programme triennal 2027-2029 du Conseil régional, doté de 13,610 milliards de francs CFA, prévoit de poursuivre les investissements dans l’électrification rurale, l’hydraulique, l’entretien routier, mais aussi la construction de 67 écoles primaires ainsi que de 15 centres de santé et maternités.
La stabilité comme levier de développement
Les autorités régionales misent également sur la consolidation de la paix comme condition du développement économique. L’organisation du Forum du Grand Ouest pour la paix ainsi que le projet de création d’une Académie de la paix s’inscrivent dans cette stratégie de réconciliation et de stabilité destinée à favoriser les investissements. Pour 2026, les priorités portent sur l’accès à l’eau potable, l’amélioration des services de santé et d’éducation, l’autonomisation des femmes et l’insertion professionnelle des jeunes à travers notamment la deuxième phase du programme THIMO.
Les défis demeurent, mais les réalisations aussi
Le foncier rural, le chômage des jeunes, certaines infrastructures encore attendues et le renforcement de la cohésion sociale restent des défis permanents qui ne sont pas seulement propres au Cavally. Ils ne résument pas à eux seuls la situation de la région. À l’heure où les appréciations politiques divergent sur le bilan du développement local, les données budgétaires, les investissements engagés et les nombreux chantiers réalisés ou en cours montrent qu’au-delà des discours, le Cavally poursuit une transformation économique et sociale dont les effets deviennent progressivement visibles sur le terrain.
Yacouba DOUMBIA