
Le 14 mai 2023, le stade d'Adjouffou était noir de monde. Des milliers de militants sous une trentaine de bâches, des heures de discours et de danse pour présenter Justin Koné Katinan, candidat du PPA-CI à la municipale de Port-Bouët. Le candidat, ce jour-là, devait cette mobilisation à son fédéral, Ismaël Boliga. Trois ans plus tard, le même Ismaël Boliga demande à sa direction de ne plus viser les stades. Selon nos informations, informé que le lancement des tournées de vulgarisation du Pacte social est envisagé dans sa commune, le fédéral a accueilli la nouvelle avec enthousiasme. Puis il a mis en garde : « le parti ne pourra pas faire le plein d'un des espaces de meeting à cause de la démotivation des militants ». Sa proposition tient en une phrase : « l'utilisation du grand préau de la mairie d'une capacité de mille cinq cents (1 500) places, afin d'éviter la honte au parti ».
Mille cinq cents places dans un fief
L'aveu vaut diagnostic. Port-Bouët passe, dans le discours du parti, pour un fief. En mai 2023, Koné Katinan assurait à ses partisans que l'électorat de la commune était acquis à Laurent Gbagbo. Le 2 septembre 2023, la municipale a donné tort au candidat. Depuis, le parti a boycotté les législatives, s'est retrouvé sans le moindre député et a vu son président écarté de la présidentielle de 2025. Voici maintenant que le responsable local, celui qui connaît les comités de base section par section, fixe lui-même la jauge : mille cinq cents personnes. Pas davantage, sous peine de « honte ». Le contraste avec la mise en scène du Pacte social est cruel. Dévoilé le 25 juin 2026 dans un communiqué de quatre pages, précisé en conférence de presse le 2 juillet, le texte de Laurent Gbagbo devait être porté dans toutes les régions et jusqu'à la diaspora par des tournées d'information et de dialogue. Depuis le 14 juillet, les ambassadeurs des sept piliers se succèdent au siège de Cocody-Riviera Bonoumin, Konaté Navigué sur le pouvoir d'achat, Fabrice Lago sur l'emploi des jeunes, sous l'autorité du commissaire général Gervais Tchéidé. Conférences de presse, vingt propositions, un « livre noir » annoncé pour la mi-septembre. Et dans la commune pressentie pour le coup d'envoi, la première question qui se pose n'est pas celle du contenu, mais celle de la taille de la salle.
Une bulle à la Riviera
Ce Pacte social est né dans un parti qui n'a plus de scrutin devant lui. Exclu de la présidentielle, absent du Parlement, brouillé avec le PDCI-RDA après l'échec du front commun, le PPA-CI a passé l'été à se réorganiser : délégation de pouvoirs du 10 août à cinq cadres, Assoa Adou, Hubert Oulaye, Emmanuel Ackah et Justin Koné Katinan nommés vice-présidents, Sébastien Dano Djédjé installé à la tête du Conseil stratégique et politique, sur fond de rivalités de personnes entre les cadres. Dans ce contexte, le Pacte social remplit une fonction que ses sept piliers ne disent pas : il occupe les cadres. Il leur donne des tribunes, des titres d'ambassadeurs, des tournées à programmer, et il entretient chez eux l'illusion qu'un projet de reconquête du pouvoir d'État est en marche.
Cette illusion a un centre. Autour de Laurent Gbagbo, 81 ans, le cercle le plus proche, où sa compagne Nady Bamba et Me Habiba Touré tiennent une place centrale, continue de lui renvoyer l'image d'une popularité intacte auprès des populations. Dans cette bulle, l'ancien chef de l'État nourrit encore l'idée d'une revanche sur 2011, d'un retour au Palais, avec une Première dame à ses côtés. Le message qui remonte de Port-Bouët raconte autre chose : le militant ne vient plus. Le fédéral l'écrit sans détour, et il a trouvé la formule juste : il s'agit d'« éviter la honte au parti ». La honte, ce serait de découvrir en plein jour, sur un terrain d'Adjouffou ou de Vridi, que le peuple des grands meetings s'est dispersé. Un préau de mairie a au moins cet avantage : on y voit moins les chaises vides.
Yacouba DOUMBIA