
Dans un plaidoyer, son président, Dr Adjélou Christian Arnaud, a rappelé que les déchets toxiques continuent de violer les droits humains et a appelé à la pérennisation du mandat du Rapporteur spécial de l'ONU sur les substances toxiques. Genève a retenti aux accents d'Abidjan. Devant les instances onusiennes des droits de l'homme, le Conseil National des Droits de l'Homme de Côte d'Ivoire (CNDH) a livré un réquisitoire implacable contre l'impunité environnementale dans les pays en développement. C'était à l'occasion d'une session consacrée aux conséquences des substances toxiques et des déchets dangereux sur les droits humains.
Un plaidoyer porté par le président du CNDH
Porté par son président, Dr Adjélou Christian Arnaud, le CNDH a choisi de replacer le drame du Probo Koala au centre du débat international, vingt ans après les faits.
En août 2006, le déversement de 528 tonnes de déchets toxiques provenant du navire Probo Koala, affrété par Trafigura, sur plusieurs sites d'Abidjan et de sa périphérie, avait provoqué un traumatisme national. Bilan officiel : 17 morts, plus de 40 000 intoxiqués selon les autorités sanitaires de l'époque, des hôpitaux débordés, et une contamination durable des sols, des nappes phréatiques et de la chaîne alimentaire.
Les plaintes continuent de pleuvoir
Le CNDH affirme continuer de recevoir des saisines liées à cette catastrophe. Des plaintes qui portent sur la gouvernance opaque des indemnisations, sur la non-exécution de décisions de justice et sur l'accès toujours difficile à des soins spécialisés pour les victimes présentant des pathologies chroniques respiratoires et dermatologiques.
« Le stockage, le déversement et la prolifération de ces produits constituent une atteinte directe à la dignité humaine », a martelé le Dr Adjelou. Pour lui, l'enseignement majeur du Probo Koala est qu'un drame environnemental « génère des conséquences sur les droits humains qui perdurent bien audelà de la crise initiale ».
Au-delà du Probo Koala, trois bombes à retardement
Le président du CNDH n'a pas voulu limiter son intervention au seul passé. Il a alerté sur trois menaces environnementales actuelles, qui reproduisent, à plus petite échelle, les mêmes logiques de violation des droits fondamentaux. Notamment l'orpaillage clandestin, les déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) et les pesticides obsolètes.
Un plaidoyer pour maintenir la pression internationale
Sur le plan diplomatique, le CNDH a pris une position claire. Alors que le mandat du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les implications pour les droits de l'homme de la gestion et de l'élimination écologiquement rationnelles des produits et déchets dangereux arrive à échéance, l'institution ivoirienne plaide pour son renouvellement.
Ce mandat, reconduit en 2023 par la résolution A/HRC/RES/54/10 du Conseil des droits de l'Homme, est jugé indispensable. Pour le CNDH, il est le seul mécanisme permettant un suivi international indépendant, une alerte précoce et une coopération durable entre États du Nord et du Sud. Pour terminer, le CNDH a articulé ses recommandations à trois niveaux : à la communauté internationale, appliquer rigoureusement les conventions de Bâle, Rotterdam et Bamako pour bannir les transferts illicites de déchets ; aux États, financer la transition vers une économie circulaire sûre et créer des mécanismes pérennes d'accompagnement des victimes ; aux entreprises, intégrer le devoir de diligence et les droits humains tout au long de la chaîne de valeur.