Politique

Décès de Georges Taï Benson: Ferro Bally politise, Inabo Zouzoua recadre

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Quelques heures après la disparition de la légende de la RTI, vendredi 25 septembre 2026, le journaliste Ferro Bally a transformé le deuil en procès contre l'État et la « culture de l'oubli ». Barthélemy Inabo Zouzoua, compagnon de plusieurs décennies du disparu, lui a opposé deux exigences : le respect et la préparation.

Georges Taï Benson s'est éteint vendredi 25 septembre 2026, en fin d'après-midi, à l'Institut de cardiologie d'Abidjan. Il avait 80 ans. L'information a circulé sur les réseaux sociaux avant d'être confirmée par la famille. Le soir même, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, saluait « un producteur, présentateur et animateur émérite, grande figure de la télévision et de la culture ivoiriennes ». Très vite aussi, le journaliste Ferro Bally publiait sur sa page Facebook un texte au titre sans détour : « Culture de l'oubli ».

Le texte commence par un hommage. GTB « a supporté avec humour le régime alimentaire que lui imposait son état de santé », il « était optimiste », écrit Ferro Bally. Puis le propos bascule. « La Légende, qui a marqué, de son empreinte, l'histoire de la RTI et de la Côte d'Ivoire va, sans reconnaissance nationale, rejoindre tous les autres monuments de notre pays dans l'anonymat et l'indifférence quasi-générale », poursuit-il. Suit le réquisitoire : « Nos pays, en effet, cultivent bien la culture de l'oubli. » L'Afrique n'a pas de Panthéon, pas de nécropole nationale, et « c'est le sauve-qui-peut ».

Le corps de GTB n'avait pas quitté l'Institut de cardiologie que la République était déjà mise en accusation. Aucun programme d'obsèques n'avait été rendu public. La famille n'avait pas encore parlé. Ferro Bally, lui, avait déjà conclu.

Un homme honoré de son vivant

Les faits résistent mal à la thèse. Georges Taï Benson était Chevalier de l'Ordre national, Officier du Mérite sportif, Chevalier du Mérite agricole, et il a été élevé au grade de Grand Officier du Mérite culturel. La France lui a remis la Médaille d'or de la Jeunesse et des Sports. Il a servi comme chargé de mission à la présidence de la République. Le Super Prix des RTI Music Awards porte son nom. En janvier 2019, ses pairs lui ont consacré un hommage public. Ses soixante ans de carrière ont été fêtés au tournant de l'année 2025, alors qu'il aurait préféré, disait-il, quelque chose de plus sobre.

Surtout, GTB avait lui-même tranché la question que Ferro Bally agite aujourd'hui. « Je veux des hommages à titre costume et non à titre posthume », répétait-il. La formule était sa marque. Il voulait être honoré vivant, devant les siens, et il l'a été. Le pleurer en dénonçant une absence de reconnaissance nationale, c'est lui refuser, dans la mort, ce qu'il a obtenu de son vivant.

« Nous ne sommes pas des adeptes des buzz »

La réponse est venue de la famille professionnelle du disparu, et elle est tombée là où il fallait : en commentaire, sous la publication même de Ferro Bally. Barthélemy Inabo Zouzoua, animateur vedette de la RTI et collaborateur de GTB pendant des décennies, y a remis les pendules à l'heure en quelques lignes. « Nous sommes des professionnels. Pour rendre un hommage digne du Boss, il nous faut un minimum de préparation. GTB aimait les improvisations préparées », écrit-il.

Il précise ensuite le contexte : « Nous avons tous refusé, sans concertation, l'invitation de Didier Bléou pour une émission hommage dans la précipitation. » Tamo, Bouba « et d'autres » anciens de la maison ont décliné, eux aussi. Non par indifférence, mais par respect. « GTB a été notre maître. Nous avons vécu des moments difficiles avec lui pour ses derniers moments. S'il vous plaît, nous ne sommes pas des adeptes des buzz, nous sommes des professionnels. » Et de conclure : « Mais nous sommes disponibles pour la suite. »

Le commentaire ne nomme pas l'auteur du texte qu'il vient corriger. Il n'en a pas besoin : l'adresse suffit. Ceux qui ont accompagné GTB jusqu'au bout demandent du temps : celui de préparer un hommage à sa hauteur, celui d'organiser des obsèques dignes, celui du recueillement. À ceux qui se sont précipités pour tirer de sa mort un procès contre le pays, Inabo Zouzoua oppose la méthode de GTB lui-même : préparer avant de parler.

Le débat sur un Panthéon ivoirien est légitime. Il se tiendra le moment venu, et GTB, qui aimait les grands formats, aurait eu son mot à dire. Mais la nation n'a pas oublié Georges Taï Benson. Elle l'a décoré, célébré et écouté pendant soixante ans. Ce qui menace sa mémoire, ce week-end, ce n'est pas l'indifférence de l'État. C'est la précipitation de ceux qui parlent à sa place.

Yacouba DOUMBIA